Mort à l’urgence faute d’avoir pu être opéré

L’hôpital St. Mary
Photo: Jean Gagnon CC L’hôpital St. Mary

Un homme est décédé d’une rupture d’anévrisme après s’être fait refuser des soins au centre hospitalier St. Mary, révèle le quotidien The Gazette. Les médecins dénoncent une décision bureaucratique liée à la réforme du système de santé qui les a empêchés d’opérer l’homme.

« C’est inacceptable, c’est un manque d’éthique qu’un patient soit mort parce que des bureaucrates ont pris une mauvaise décision empêchant un chirurgien qualifié de possiblement sauver la vie d’un homme », dénonce un professionnel de l’hôpital St. Mary en entrevue à la Gazette.

Le 2 novembre, un homme s’est présenté à l’urgence de l’hôpital St. Mary, se plaignant de douleurs abdominales. Le septuagénaire, qui était alors inconscient, avait subi une rupture d’anévrisme aortique. À cette étape, seule une opération d’urgence aurait pu lui sauver la vie, expliquent différentes sources au journaliste Aaron Derfel.

Le spécialiste qui procède généralement à ces chirurgies était pourtant disponible pour opérer le patient. Appelé à la salle d’urgence, ce dernier a expliqué à l’équipe qu’il n’avait plus le droit de faire ces opérations en raison d’une décision administrative. En effet, dans la foulée de la réorganisation des soins de santé et la fusion de plusieurs établissements, il a été décidé de ne plus procéder à ces chirurgies à St. Mary et d’envoyer les patients à un autre hôpital.

Les médecins de l’urgence n’étaient pas au courant de cette nouvelle directive. Désemparés, ceux-ci ont transféré le patient en ambulance au centre universitaire de santé McGill, mais l’homme est décédé avant de pouvoir être opéré. Quelque 128 médecins ont écrit à la direction pour dénoncer cette situation, rapportait la Gazette.

Compressions

Au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, dont relève l’hôpital St. Mary, on tente de minimiser les faits, sans pourtant les nier. « La littérature médicale indique que le taux de décès lors de la rupture d’un anévrisme de l’aorte abdominale varie entre 80 et 90 %, même si une chirurgie urgente est effectuée », écrit la direction dans un communiqué de presse. L’hôpital offre ses condoléances à la famille et se justifie en affirmant qu’il s’agit d’une décision visant à assurer la qualité des soins. « En aucun temps, l’organisation ne mettra en péril la vie d’un usager pour des raisons administratives ou budgétaires. »

Pourtant, le 23 novembre dernier, la directrice des services professionnels de l’hôpital St. Mary, Louise Ayotte, faisait un lien direct avec la réforme et les compressions dans une lettre dont la Gazette a obtenu copie et que Le Devoir a pu consulter lundi. « La réforme qui a débuté le 1er avril est la plus significative depuis les débuts du système de santé et cela représente un défi supplémentaire pour l’hôpital St. Mary en raison des contraintes budgétaires […] Dans ce contexte, tous les secteurs doivent être évalués de façon objective pour déterminer si des changements sont nécessaires. C’est le cas pour les services de chirurgie vasculaire. »

De son côté, le cabinet du ministre de la Santé refuse toute responsabilité, affirmant que « la loi 10 [sur la réforme du système de santé] n’est pas en lien avec la situation présente ».

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