Les centres de procréation assistée des hôpitaux seraient dans la mire du ministère

Ouverte en 2011 en présence de l’ex-ministre Yves Bolduc, au terme d’investissements publics de 16 millions de dollars, la Clinique de procréation assistée du CHUM aurait dispensé près de 1000 cycles de FIV l’an dernier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Ouverte en 2011 en présence de l’ex-ministre Yves Bolduc, au terme d’investissements publics de 16 millions de dollars, la Clinique de procréation assistée du CHUM aurait dispensé près de 1000 cycles de FIV l’an dernier.

L’avenir de certains centres de procréation assistée (CPA) dans les hôpitaux serait sérieusement remis en cause dans les officines du ministère de la Santé pour l’année prochaine. Depuis l’abolition de la gratuité des traitements de fécondation in vitro (FIV) en novembre dernier, la fermeture menace non seulement les cliniques privées, mais aussi des centres ouverts à grands frais dans les hôpitaux.

L’annonce, vendredi dernier, de la mise à pied d’une quarantaine d’employés à la Clinique Ovo a semé l’inquiétude dans le milieu de la procréation assistée au Québec.

Selon des informations qui circulent depuis le week-end, la précarité de la situation serait similaire à la Clinique de procréation assistée du CHUM, où il est loin d’être acquis que le ministère donnera le feu vert l’an prochain à la poursuite des traitements de FIV. « Le ministère a donné instruction pour que la FIV en centre hospitalier soit dispensée sans déficits. Or, la clientèle moins nantie, plus présente dans les cliniques des hôpitaux, a déjà baissé. Il y a une obligation d’arriver à certains coûts. Il est loin d’être sûr que le ministère donnera son feu vert aux activités pour l’an prochain », a fait valoir une source.

Ouvert en 2011, au terme d’investissements publics de 16 millions de dollars, la clinique du CHUM aurait dispensé près de 1000 cycles de FIV l’an dernier. Mais ces chiffres n’ont pu être validés ni par le CHUM lundi, ni par le directeur médical de la clinique, le Dr Jacques Kadoch, qui pilote le seul laboratoire de FIV à risque viral au Québec. Cette installation très sophistiquée permet d’offrir la FIV aux clientèles plus à risque et plus complexes.

Au CHU Sainte-Justine, on affirme que le tout nouveau CPA du CHU Sainte-Justine, inauguré en 2013 après l’injection de 7 millions de dollars en fonds publics, ne note pas pour l’heure de baisse d’achalandage, malgré le non-remboursement récent des traitements de fécondation in vitro. Même écho au Centre universitaire de santé McGill qui, comme les autres hôpitaux, assure encore le suivi de traitements amorcés avant le changement de règlement.

En novembre 2014, le ministère de la Santé a annoncé l’abandon de projets de cliniques de FIV dans les centres universitaires de Sherbrooke et de Québec « pour des raisons d’équilibre budgétaire ». Lundi, le ministère a fait savoir qu’il « poursuivait sa réflexion » et qu’il n’avait pas encore de chiffres sur la rentabilité des CPA, puisque l’imposition de frais aux patients était trop récente. « Aucun ultimatum n’a été adressé aux CPA », a indiqué par courriel Joanne Beauvais, attachée de presse du ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

Les cliniques privées sous tension

Plusieurs des cliniques privées contactées lundi ont affirmé être plongées dans la précarité et l’incertitude, bien que des licenciements ne soient pas encore envisagés. Plusieurs prévoient des faillites, des fusions, voire des partenariats avec de grands groupes commerciaux américains, comme celui advenu l’été dernier entre la Clinique Procréa et l’entreprise IntegraMed.

« Il est clair que tous les centres privés vont regarder leurs coûts dans les prochains mois. Ovo est le plus important, ils ont donc dû réagir vite, mais il n’y a pas de doutes que d’autres vont suivre. On s’attend à ce que le nombre de cycles de FIV chute de 40 à 50 % dès avril », estime le Dr Neal Mahutte, directeur médical du Montreal Fertility Center, où il s’effectue de 1000 à 1200 cycles par an. La moitié des cliniques privées pourraient fermer leurs portes, estime-t-il.

Même pessimisme à la Clinique Fertilys, ouverte il y a moins d’un an à Laval par le Dr Pierre Miron, qui juge que le retrait de Québec de la gratuité des traitements de FIV va entraîner de nombreux coûts pour le système de santé. « Le gouvernement n’économisera rien, car les couples auront recours à des traitements moins efficaces, comme la chirurgie ou l’insémination artificielle, encore remboursées, qui favorisent la surstimulation hormonale et les risques de grossesses multiples », déplore-t-il. Au bout du compte, tant les contribuables que les couples infertiles en sortiront perdants, ajoute le Dr Miron.

À la clinique Ovo, où le tiers des effectifs partira le 1er mars, le directeur médical et président de la clinique, le Dr François Bissonnette, déplore que son entreprise ait dû se résoudre à regret à ces licenciements. « On anticipait cela, mais on espérait que le gouvernement ait une oreille attentive. Le miracle n’aura pas lieu. C’est la première fois qu’on doit mettre à la porte de gens hautement qualifiés, comme des embryologistes, des généticiens, des infirmières spécialisées. Ces gens-là ne seront pas faciles à replacer », a déploré ce dernier.

1 commentaire
  • Henri-Bernard Boivin - Abonné 12 janvier 2016 14 h 12

    Deux poids, deux mesures

    On abolit la gratuité des traitements de fécondation, mais les avortements à gogo tous azimuts sont financés grassement par l'État sans conditions. On se plaint du cout des traitements de fécondation, mais c'est motus et bouche cousue sur le cout des 30,000 avortements commis au Québec année après année. Deux poids, deux mesures. Société suicidaire qui encourage les avortements mais décourage la procréation. Et nous nous permettons de porter des jugements de valeurs sur d'autres sociétés. On voit la paille dans l'oeil de l'autre, mais pas la poutre dans notre cul.
    Henri-B. Boivin