Premiers pas vers la réduction du nombre d’embryons défectueux

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Une équipe de recherche du CHUM vient de lever le voile sur l’un des principaux écueils des techniques de fécondation in vitro (FIV), soit le processus à l’origine des anomalies présentes dans environ 50 % des embryons générés lors de traitements de l’infertilité.

Dans une recherche publiée lundi dans Proceedings of the National Academy of Sciences, le Dr Greg FitzHarris, auteur principal de l’étude, et son équipe ont réussi à démontrer lors de tests réalisés sur des souris que les embryons défectueux, aussi appelés embryons en mosaïque, étaient issus de cellules contenant un micronoyau au tout début du processus de division cellulaire.

« Après plus ou moins trois jours, il y a création d’un micronoyau dans les cellules ou apparaîtra plus tard l’aneuploïdie, c’est-à-dire l’anomalie du nombre de chromosomes dans la cellule. Quand les embryons sont transférés dans l’utérus, ces anomalies peuvent ensuite mener à des fausses couches ou d’autres problèmes », explique le Dr FitzHarris.

Ce phénomène, qui survient au tout début du processus de division cellulaire, a pu être observé à l’aide de puissants microscopes.

À l’heure actuelle, il est toutefois difficile de savoir avant le transfert dans l’utérus lesquels des embryons générés par la FIV se développeront normalement ou pas, à moins de pratiquer une biopsie cinq jours après la FIV, avant l’implantation. Cette technique, coûteuse, invasive et controversée, n’est pour l’instant utilisée que chez les femmes considérées comme à très haut risque d’échec et de fausses couches, chez les femmes âgées et chez celles atteintes de maladies génétiques.

Si le mécanisme de division cellulaire observé chez les souris se révèle identique chez l’homme, l’élimination dès les premiers jours des embryons comportant un micronoyau pourrait permettre d’éliminer l’implantation de ceux atteints de défauts chromosomiques. Le pourcentage d’embryons « anormaux » peut atteindre 80 % chez les femmes de plus de 40 ans. « Notre étude démontre qu’il y a un lien entre la création d’un micronoyau et l’apparition de l’aneuploïdie. L’espoir, c’est de pouvoir détecter dès les premiers jours les embryons à risque et de prévenir notamment des problèmes comme la trisomie 21 », ajoute le chercheur britannique, qui a rejoint les rangs du Centre de recherche du CHUM avec trois de ses collègues il y a 18 mois.

Biopsie controversée

Présentement, les biopsies préimplantatoires, destinées à limiter les embryons anormaux, demeurent hautement controversées, affirme le Dr Jacques Kadoch, directeur médical de la Clinique de procréation assistée du CHUM. Bien que peu utilisée au Canada et en Europe, cette technique de sélection des embryons, largement pratiquée dans certaines cliniques américaines, est assimilée à de l’eugénisme. « Pour l’instant, on ne détruit pas les embryons qui comportent des anomalies, car il y a tout un débat scientifique autour de ces anomalies. Est-ce qu’on est en train de jeter des embryons qui deviendraient des enfants parfaitement normaux plus tard ? Certaines anomalies ne peuvent affecter que l’enveloppe de la cellule, certains embryons ont la faculté de s’autoréparer. Le problème, c’est que nous ne pouvons savoir au départ l’impact des embryons en mosaïque », dit-il. Plus encore, de nombreux enfants conçus de façon naturelle présentent des anomalies génétiques qui n’ont aucun impact sur leur santé.

Selon le Dr Kadosh, même si cette découverte n’a pas encore d’application pratique en clinique, elle ajoute un élément clé au savoir du développement embryonnaire qui pourrait éventuellement faciliter la sélection des embryons les plus susceptibles d’être viables.