Québec n’investira pas un sou de plus

Les établissements de santé, qui assurent ces services, peinent déjà à répondre à la demande.
Photo: Katarzyna Bialasiewicz iStock Les établissements de santé, qui assurent ces services, peinent déjà à répondre à la demande.

Pour faire face au vieillissement de la population, Québec veut augmenter de 15 % le nombre de personnes qui reçoivent des soins à domicile d’ici cinq ans. Mais bien que le manque de ressources en soins à domicile ait été dénoncé par la protectrice du citoyen l’automne dernier, le ministère de la Santé estime pouvoir offrir plus de services sans injecter plus d’argent.

Dans son plan stratégique 2015-2020, le ministère de la Santé et des Services sociaux reconnaît que « le vieillissement de la population, l’augmentation de la prévalence des incapacités et l’anticipation de besoins plus grands en matière de soins de longue durée » doivent se traduire par une augmentation des soins à domicile.


« Au cours des dernières années, des efforts additionnels ont été consentis en matière de soutien à domicile. Toutefois, des actions doivent se poursuivre, notamment en augmentant le nombre de personnes desservies. Cela permettra aux personnes qui le désirent de demeurer à domicile ; en contrepartie, on pourra réserver les ressources d’hébergement à la clientèle présentant un profil de besoins plus lourd. »

Pour 2020, on vise donc une augmentation de 15 % du nombre de personnes desservies en soutien à domicile de longue durée. On souhaite également que 90 % des bénéficiaires de ces services aient une évaluation mise à jour et un plan d’intervention.

Vieillissement de la population

Questionné sur la façon dont la cible a été fixée, le ministère répond que l’augmentation est calculée en fonction du vieillissement de la population. « Le MSSS a retenu l’hypothèse que les besoins croissent au même rythme que la population, afin de maintenir la proportion de personnes desservies en soutien à domicile. L’établissement de la cible tient compte du fait que l’intensité des services est semblable à ce qui est observé actuellement. Elle permet de maintenir, pour les cinq prochaines années, la même proportion d’adultes desservie en soutien à domicile », précise la porte-parole du ministère, Noémie Vanheuverzwijn.

Quant à l’application du plan, il devra se faire à coût nul, confirme Mme Vanheuverzwijn. « Le plan stratégique 2015-2020 et les choix qui en découlent doivent être mis en oeuvre à l’intérieur des ressources mises à la disposition du réseau de la santé et des services sociaux. Donc les objectifs doivent être réalisés sans l’ajout de ressources supplémentaires. L’atteinte de la cible de 15 % est réalisable dans le cadre d’amélioration dans l’ensemble du continuum de soins et services. »


Insuffisance des ressources

Pourtant, les établissements de santé, qui assurent ces services, peinent déjà à répondre à la demande. En septembre dernier, la protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, dénonçait « l’insuffisance des ressources » qui obligeait les responsables du soutien à domicile à répartir les services entre les usagers, donnant un minimum à chacun « sans toutefois fournir le soutien nécessaire aux personnes visées ». Elle donnait l’exemple d’une dame de 84 ans qui s’occupe de son mari en lourde perte d’autonomie qui s’est plainte de ne recevoir que 13,5 heures de services de soutien à domicile par semaine, alors que le centre de santé et de services sociaux a évalué qu’elle devrait plutôt en recevoir 37,5.

« Le Protecteur du citoyen constate que l’offre de services en soutien à domicile tarde à se développer et à se consolider et que des disparités régionales demeurent. En effet, les plaintes reçues au cours de la dernière année confirment que les usagers restent aux prises avec des problèmes de réduction des services, de délais d’attente et d’épuisement des proches aidants. »

Compressions

Non seulement les ressources sont insuffisantes, mais les établissements doivent encore couper dans ces soins en raison de la dernière vague de compressions, comme le révélait Radio-Canada le 17 décembre dernier. Dans un reportage exclusif, on affirmait que la moitié des centres de santé et de services sociaux (CSSS), regroupés aujourd’hui en CISSS, avait réduit les budgets consacrés aux soins infirmiers à domicile ou aux services à domicile, obligeant plusieurs aînés à aller à l’hôpital pour recevoir des soins qu’ils recevaient auparavant à domicile. En entrevue, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, répondait à Radio-Canada qu’il n’y avait aucune consigne de couper dans les soins à domicile et qu’il interviendrait si cela s’avérait nécessaire.

En campagne électorale, les libéraux s’étaient pourtant engagés à investir 750 millions sur 5 ans dans ce secteur, à raison de 150 millions par année.

Avec son assurance autonomie, qui visait à maintenir un plus grand nombre de personnes âgées à domicile, l’ancien ministre péquiste Réjean Hébert prévoyait pour sa part un investissement de 1,3 milliard sur 15 ans.

L'offre de services en soutien à domicile tarde à se développer et à se consolider et des disparités régionales demeurent

25 commentaires
  • Daniel Lemieux - Inscrit 29 décembre 2015 04 h 06

    Vieillir au temps de l'austérité

    Une société qui planifie le vieillissement de sa population « à coût nul » est malade, déconnectée de la réalité. Est-ce là la seule reconnaissance que l'État québécois puisse accorder à ses aînés? Il y a des limites à la parcimonie.

    Les savants calculs de nos comptables et de nos médecins-politiciens semblent fondés sur des ressources humaines non salariées: les aidants naturels et les bénévoles. Dans les officines gouvernementales, on doit regretter l'époque des communautés religieuses.

    Vieillir à domicile semble ici un concept relevant de la pensée magique, qui doit être mieux harmonisé à un changement de mentalité. Planifier les budgets du vieillissement de la population en idéalisant ainsi le mythe de l'entraide intergénérationnelle relève de l'utopie et il y a là quelque chose de révoltant.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 31 décembre 2015 07 h 14

      On ne parle pas du tout de cela, mais d'un redéploiement des ressources dans le continuum des soins et des services. Ce qui implique que plus d'argent ira vers les soins à domicile. Mais comme il arrive, Le Devoir préfère titrer avec une demi-vérité trois-quarts mensonge.

  • André Jacob - Abonné 29 décembre 2015 05 h 12

    Allons au privé!

    La logique semble toujours la même: faire plus avec moins. Quelles sont les conséquences? Les personnes qui ont besoin de soins domiciles doivent, dans la mesure de leurs ressources, avoir recours à des services privés. Le hic, particulièrement en région, c'est qu'il y a aussi un manque de ressources privées.
    Le sous-financement maintient ainsi un système à deux vitesses; les individus, couples ou familles qui peuvent se payer des services privés arrivent peut-être à trouver des solutions, mais sans ressources humaines ou financières, il faut rester sur la liste d'attente et recevoir les dits services à la miette.
    En vieillissant, les services devraient être adéquats. Ce me semble un droit social à respecter.

  • François Dugal - Inscrit 29 décembre 2015 07 h 53

    Le banquier

    "Les vieux sont inutiles et un fardeau pour la société; le budget de notre gouvernement souffre inutilement de leur présence : amenez-moi ces déchets au dépotoir de l'histoire."

    • Daniel Francoeur - Abonné 29 décembre 2015 11 h 17

      Il ne faut sertainement pas prendre votre commentaore au premier degré!

    • François Dugal - Inscrit 29 décembre 2015 17 h 42

      Vous seriez surpris d'entendre ce qui se dit dans les hautes sphères de nos gouvernements, monsieur Francoeur.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 30 décembre 2015 06 h 33

      Que savez-vous donc tant de ce qui se dit ailleurs que dans les hautes sphères de votre cynisme tout terrain?

      Dans les hautes sphères, le budget consacré à la santé a augmenté de 67% au cours des dix dernières années, soit deux fois et demie l'inflation, une fois et demie l'augmentation du PIB. Pour graisser la patte des médecins? Leurs salaires représentent 17% du budget total du MSSS.

      Dans les hautes sphères, ce qu'on sait, c'est que toute cette belle jeunesse des années soixante pour qui on avait quasiment transformé notre société en école obtiendra tout de suite son diplôme de vieillard et que c'est en hopital qu'on devra reconfigurer les écoles (celles qu'on aura pu réchapper de la négligence des années Bouchard). Rien à voir avec le mépris. Juste la triste réalité. Aucun banquier ne fait ici les chargements pour le dépotoir auquel nos vies sont vouées de toute façon, les leurs comprises.

      Les années à venir vont exiger un redéploiement de notre effort collectif entre les missions de l'État et à l'intérieur de chacune de celles-ci. Cela ne se fera pas à coût nul. Mais il faudra, déficit zéro oblige, que ce qui est gagné ici soit retranché là. Dans le premier cas, ce ne sera jamais que la moindre des choses; dans le second, la preuve patente du mépris des «banquiers».

  • Josée Duplessis - Abonnée 29 décembre 2015 08 h 06

    -En campagne électorale, les libéraux s’étaient pourtant engagés à investir 750 millions sur 5 ans dans ce secteur, à raison de 150 millions par année.

    -Avec son assurance autonomie, qui visait à maintenir un plus grand nombre de personnes âgées à domicile, l’ancien ministre péquiste Réjean Hébert prévoyait pour sa part un investissement de 1,3 milliard sur 15 ans.
    Le ministre Hébert tenait ses promesse lui.
    ''Ses services à coups nuls'' On devrait dire des services nuls à cause du manque de ressources.
    Je suis un peu tarée de lire À coups nuls pour la classe moyenne et les ressources financières d'une grande largesse pour les médecins. Non pas que je ne reconnaisse pas leur travail. Mais ils ne sont pas les seuls à travailler fort et ils pourraient eux aussi être touchés par l'austérité.
    Ensemble nous devrions dire non et refuser le traitement que ce gouvernement impose à la classe pauvre et moyenne.
    Bous méritons mieux que ce gouvernement de menteries.
    Qu'ils prennent les millions promis aux médecins et ceux donnés en trop.

  • André Tremblay - Abonné 29 décembre 2015 08 h 21

    Et le demi-milliard donné en trop aux médecins....

    On pourrait sûrement améliorer les soins à domicile avec cela. Mais charité bien ordonnée commence par ses petits amis, n'est-ce pas monsieur Barette ?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 30 décembre 2015 09 h 23

      Le quatre cents millions n'a pas été donné aux médecins. Il a été occasionné par une augmentation non prévue de la pratique. Vous êtes contre?