Le ministre Barrette presse le mégahôpital de respecter le plan de fusion initial

Les discussions se poursuivent entre le CUSM et le ministère pour arriver à une entente sur le financement approprié du budget de l’an 1 du superhôpital.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les discussions se poursuivent entre le CUSM et le ministère pour arriver à une entente sur le financement approprié du budget de l’an 1 du superhôpital.

Le tout nouveau Centre universitaire de santé McGill (CUSM) construit sur le site Glen se dirige vers un déficit de 30 à 40 millions de dollars et des fermetures de lits potentielles pour sa première année d’opération. Une situation qui a donné lieu mercredi à une prise de bec entre l’hôpital universitaire et le ministre Gaétan Barrette, qui presse l’institution de respecter les budgets prévus lors de la fusion en 2007.

Il semble pour l’instant qu’il y ait totale divergence de vues entre le CUSM et le ministre de la Santé. Selon des informations publiées dans The Gazette mercredi, le mégahôpital ouvert il y a huit mois envisage des compressions importantes pour boucler son budget de l’an 1, dont une réduction de 15 % du nombre de ses 832 lits et de la même part de postes. Tout cela en réponse à un avis récent du ministère de la Santé rappelant que l’hôpital sera financé à raison d’un taux d’occupation de ses lits de 85 %.

Or, depuis son ouverture, le CUSM a vu ses lits remplis à 91 %, parfois à 95 %, ce qui a entraîné des dépenses plus importantes que celles prévues. Le CUSM a refusé de commenter cette situation mercredi, mais a fait savoir par courriel que « si la structure de financement demeure inchangée, nous pourrions nous retrouver avec un déficit en fin d’année de l’ordre de 31 à 40 millions ».

Le comité des usagers de l’hôpital et les syndicats ont déjà émis des inquiétudes sur les répercussions que pourraient avoir des compressions futures sur la durée de séjour des patients, les délais d’attente à l’urgence et la charge de travail des employés.

Barrette, intraitable

Interrogé sur les ondes d’ICI Radio-Canada Première, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, s’est montré intraitable quant aux objectifs financiers que devra atteindre l’hôpital d’ici avril 2016.

« On n’a pas construit un CUSM avec trop de lits, on a construit un CUSM [en fonction] d’un plan prévu. Ce qui a été signé, c’est que ce qui a été prévu est plus petit que la somme des hôpitaux fusionnés », a insisté le ministre, qui attribue les déboires du CUSM à la résistance au processus de fusion enclenché en 2007, bien avant la construction du superhôpital.

Depuis la fusion, le nombre de lits du CUSM et de ses composantes est passé graduellement de plus de 1100 lits à 832 lits actuellement. Selon les syndicats, les compressions pourraient faire passer ce nombre sous la barre des 800 lits.

Le ministre Barrette maintient que le plan de fusion prévoyait qu’une part des soins de santé primaires et secondaires ne serait plus dispensée par le CUSM, mais plutôt par des hôpitaux de proximité situés en périphérie, notamment les hôpitaux de LaSalle et de Verdun. Or, il semble que ce transfert de patients ne se soit pas fait au rythme prévu, ce qui expliquerait les taux d’occupation excessifs observés au CUSM.

Quant au financement versé en fonction d’un taux d’occupation de 85 %, le ministre affirme que tous les autres hôpitaux se plient à cette règle et que le CUSM n’y fera pas exception. « Les lits ne fonctionnent jamais au maximum de leur capacité. Aujourd’hui, on se retrouve avec un CUSM qui voudrait avoir un traitement différent des autres [hôpitaux], ça ne changera pas », a-t-il tranché.

L’attachée de presse du ministre Barrette, Joanne Beauvais, affirme que les discussions se poursuivent entre le CUSM et le ministère pour arriver à une entente sur le financement approprié du budget de l’an 1 du superhôpital. « Il n’est pas question de couper du personnel. On essaie toujours que les hôpitaux ne soient pas en surcapacité pour avoir une marge de manoeuvre en cas d’événements, comme une épidémie, dit-elle. Des discussions sont en cours pour tenir compte des coûts de la transition. Il n’est pas question de réduire le nombre de lits, mais de mettre les bons patients à la bonne place. »

À voir en vidéo