Une étude «simpliste et réductrice» au ton «éditorialiste»

Le code de déontologie des médecins ne peut, à lui seul, déterminer les politiques sociales du Québec, selon le Dr Charles Bernard.
Photo: Getty Images Le code de déontologie des médecins ne peut, à lui seul, déterminer les politiques sociales du Québec, selon le Dr Charles Bernard.

Les ordres professionnels se défendent d’abandonner leur mission de protection du public à la faveur de certains intérêts corporatistes et remettent en doute les conclusions du rapport de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), dont Le Devoir faisait état mardi.

« Le Collège des médecins du Québec dénonce les conclusions de cette étude, qui sont uniquement basées sur des impressions et des données partielles sur la question des frais accessoires sans avoir pris la peine d’analyser en profondeur une question si complexe », dénonce le président du Collège des médecins, le Dr Charles Bernard.

« Les chercheurs de cette étude concluent que le Collège des médecins n’a pas veillé à faire appliquer les articles de son code de déontologie concernant les frais facturés aux patients, préférant négocier des remboursements avec les patients qui formulent des plaintes. Au contraire, […] le Collège a posé plusieurs actions dans ce dossier afin de mieux protéger les patients. »

Selon lui, l’étude est « simpliste et réductrice », notamment parce qu’elle se base sur des articles de journaux et les rapports annuels du Collège sans avoir consulté ce dernier pour interpréter les données. Il ajoute que le code de déontologie des médecins ne peut, à lui seul, déterminer les politiques sociales du Québec. « Il faudrait calibrer les attentes des groupes de pression qui pourraient souhaiter que le Collège, au moyen de la déontologie, défende la couverture globale publique des frais de services médicaux. Si telle est l’attente, elle nous apparaît irréaliste et inopportune. »

 

Travailleurs sociaux

Du côté de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec, on s’étonne du « ton éditorialiste » de la note socioéconomique de l’IRIS, « qui laisse planer un doute sur la façon dont [l’Ordre] s’acquitte de [son] mandat de protection du public ».

L’IRIS avançait que l’Ordre des travailleurs sociaux avait fait des représentations pour que la sienne soit la seule profession autorisée à faire des évaluations psychosociales dans le cas de mandats d’inaptitude, ouvrant la porte à un « marché florissant » dans le privé, au détriment de l’intérêt public. « Les chercheurs ont certainement mal compris le processus qui a amené l’État à désigner un certain nombre d’activités réservées dans le domaine de la santé mentale et des relations humaines », affirme le président de l’Ordre, Claude Leblond, en entrevue au Devoir.

C’est un comité d’experts, mandaté par l’Office des professions, qui avait jugé que ces activités étaient à risque de préjudice pour la population « donc en lien direct avec la protection du public », précise M. Leblond. C’est dans ce cadre uniquement que l’ordre a fait valoir ses compétences.

« On laisse entendre que le fait que ce soit une activité réservée fait en sorte qu’on s’en va davantage vers la privatisation. Ce n’est pas ça qui fait que les travailleurs sociaux exercent moins dans les CLSC, ce sont les coupes de l’État qui sont responsables du manque de ressources. Là-dessus, nous n’avons aucun contrôle. La preuve, c’est que nous dénonçons depuis longtemps le glissement du public vers le privé, on n’arrête pas de dire que l’État se désengage de sa mission sociale. Alors, on fait plus qu’exercer notre mandat de protection du public en veillant aux bonnes pratiques de nos membres, on joue notre rôle social. »

L’Ordre des ingénieurs du Québec et l’Office des professions, également pointés du doigt dans le rapport de l’IRIS, n’ont pas souhaité émettre de commentaire mardi.

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