Les temps d’attente pour obtenir des soins refusent de baisser

L’Alliance sur les temps d’attente conclut que ces derniers demeurent inacceptables pour la majorité des soins au Canada.
Photo: Michael Monnier Le Devoir L’Alliance sur les temps d’attente conclut que ces derniers demeurent inacceptables pour la majorité des soins au Canada.

Deux études distinctes aux méthodologies différentes en arrivent pourtant au même constat : les temps d’attente pour obtenir des soins de santé au Canada laissent grandement à désirer.

L’Alliance sur les temps d’attente, un organisme créé par de grandes associations professionnelles de médecins, a analysé les données fournies par les ministères de la Santé des provinces. Les chercheurs concluent que les temps d’attente ont été réduits pour certains soins, comme les traitements cardiaques ou la radiothérapie, mais demeurent inacceptables pour d’autres soins.

L’Institut Fraser, de son côté, a commandé un sondage auprès de 2382 médecins spécialistes du pays, afin de déterminer le temps qui s’est écoulé entre le moment où un patient leur est envoyé par un omnipraticien et le traitement proprement dit. Le temps d’attente médian au pays était de 18,3 semaines en 2015, soit à peu près le même que l’année précédente, mais plus de deux fois celui d’il y a 20 ans (1993).

Au Québec, ce temps d’attente médian est passé de 7,3 semaines en 1993 à 16,4 semaines en 2015. Au Nouveau-Brunswick, le temps d’attente médian atteint maintenant près de 43 semaines, alors qu’il était de 12,3 semaines en 1993. Les deux études concluent que les temps d’attente sont les moins importants en Saskatchewan et en Ontario, alors que les patients des provinces de l’Atlantique attendent le plus longtemps pour obtenir les soins requis.

Les auteurs des deux rapports notent toutefois qu’il est difficile de mesurer précisément les temps d’attente au Canada parce qu’il n’existe pas de normes universellement reconnues en cette matière dans tous les ministères et hôpitaux du pays. Mais le constat demeure : tout le système doit être revu et corrigé, estime le docteur Chris Simpson, président de l’Alliance sur les temps d’attente, et ex-président de l’Association médicale canadienne.

Le docteur Simpson rappelle que le problème est multiplié par l’effet domino si l’attente s’allonge à chaque étape des soins de santé — salle d’urgence, hôpital, soins à domicile, centre de soins de longue durée.

« Chaque fois qu’il y a une attente, le reste du système de soins subit des retards », a-t-il expliqué en entrevue téléphonique.

Des succès, quand même

Les deux rapports soulignent par ailleurs les succès obtenus par les provinces afin de réduire les temps d’attente pour cinq chirurgies particulières ciblées en 2004 dans l’Accord fédéral-provincial sur la santé : arthroplastie de la hanche et du genou, chirurgie de la cataracte, pontage aortocoronarien, radiothérapie et imagerie diagnostique.

L’Institut Fraser note ainsi que les temps d’attente médians pour des traitements de radiothérapie et pour des chirurgies cardiovasculaires non urgentes sont parmi les moins longs de toute la liste de soins, à 4,1 et 9,9 semaines respectivement.

Les deux rapports rappellent par ailleurs que c’est la Saskatchewan qui est championne toutes catégories ; l’Institut Fraser soutient même que les temps d’attente médians y ont été réduits de plus de la moitié depuis 2011, passant de 29 à 13,6 semaines. L’auteur de l’étude, Bacchus Barua, économiste principal à l’Institut Fraser, attribue cette performance au partenariat conclu entre la province et le secteur privé, de même qu’à un système qui permet d’envoyer un patient au médecin dont la liste d’attente est la moins longue.

Ces nouvelles façons de faire ont été expérimentées notamment en Allemagne et en Suisse, où le régime universel et public offre des temps d’attente moins longs qu’au Canada, soutient M. Barua.

Le docteur Simpson, quant à lui, estime que le nouveau gouvernement fédéral doit profiter des négociations sur le renouvellement de l’Accord sur la santé, échu en 2014, pour mener la réflexion à ce sujet. À commencer par l’établissement de normes nationales communes afin de mesurer et de comparer les temps d’attente dans les 14 systèmes de soins au pays, a-t-il souhaité.

M. Barua, lui, croit que les chiffres révèlent déjà les lacunes du système et qu’il faut maintenant s’atteler aux solutions.

4 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 9 décembre 2015 10 h 52

    Triage

    J'ai arrêté ma lecture de cette article drette là sur cette image qui frappe mon imaginaire. Le bétail et ses wagons qu'on dirigent à l'abattoir ou au chambre à gas à une époque pas si lointaine.

    La seule différence eux ils auraient préféré attendre encore un peu.

  • Pierre Hélie - Inscrit 9 décembre 2015 11 h 30

    Une solution simple et efficace...qui ne sera pas appliquée

    Il y aurait des solutions simples et vraisemblablement efficaces pour améliorer rapidement le système. Entre autres, éliminer les tests et procédures inutiles. David Newman, directeur de la recherche clinique à la Icahn School of Medicine at Mount Sinai hospital, évalue qu'au États-Unis, il y a pour 210 milliards de $ de traitements médicaux inutiles. D'accord que le Canada a une population plus faible, mais faites un calcul approximatif (peut-être aussi un problème plus grave aux USA compte tenu que la médecine est privée...)

    http://www.wired.com/2014/10/number-needed-to-trea

    Si vous allez voir sur le site web qu'il a cofondé, vous verrez entre autres qu'une procédure courante en cardiologie, la pose d'une prothèse endovasculaire (stent)coronarienne en prévention (vs un traitement médical beaucoup moins onéreux) ne sert essentiellement à rien.

    http://www.thennt.com/nnt/coronary-stenting-for-no

    Mais ne retenez pas votre souffle...

    • Yves Corbeil - Inscrit 9 décembre 2015 17 h 44

      Liser les livres du Dr Nortin Hadler traduit par le Dr Fernand Turcotte et vous allez vous rendre compte qu'il y a biens des choses qui ne tiennent pas debout dans la médecine subventionné d'aujourd'hui et toutes ces pharmaceutiques qui accumulent scandales sur scandales banalisé par les instances gouvernementals complices.

    • Pierre Hélie - Inscrit 9 décembre 2015 20 h 50

      Je les ai lus, et je suis d'acord avec vous. Mais c'est david contre Goliath: par exemple, la deuxième plus grosse compagnie canadienne est Valeant, pas loin derrière la Banque Royale. Inutile de dire qu'ils ont le gros bout du bâton...