Les ressources manquent pour surmonter les embûches

Les ressources humaines pour venir en aide aux jeunes qui ont des problèmes de santé mentale sont insuffisantes.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Les ressources humaines pour venir en aide aux jeunes qui ont des problèmes de santé mentale sont insuffisantes.

Quand tout a été essayé. Quand la famille ne tient plus. Quand la peur du pire s’immisce insidieusement dans le quotidien… Quelles sont les ressources pour les familles dont un enfant souffre de troubles mentaux sévères ?

C’est l’hôpital ou le centre jeunesse… « Pour être hospitalisé, le jeune doit vivre une crise aiguë : tentative de suicide, psychose compensée ou être un danger pour les autres », affirme Martine Jacob, responsable de la santé mentale au Centre jeunesse de Montréal. Comme les hôpitaux manquent cruellement de lits en pédopsychiatrie, les jeunes ne restent souvent pas hospitalisés longtemps et obtiennent leur congé sans avoir un suivi adéquat. C’est ce qu’on appelle les « portes tournantes ». Ils reviendront en urgence à la prochaine crise.

« Il y a un problème d’accès pour le suivi psychiatrique. Il n’est pas rare que les parents arrivent au centre jeunesse, découragés, disant qu’ils ont essayé d’obtenir de l’aide et que ça n’a pas marché », raconte Mme Jacob.

Certains parents voient le placement volontaire de leur enfant en centre jeunesse comme l’ultime solution pour obtenir des services. « C’est particulier de parler de placement volontaire sous la Loi de la protection de la jeunesse alors que ces jeunes devraient obtenir des soins psychiatriques d’un centre hospitalier », estime Mme Jacob, qui constate la diminution croissante de lits en pédopsychiatrie dans les hôpitaux.

Il existe quelques ressources d’hébergement dans la communauté, mais elles n’ont pas le personnel spécialisé pour répondre aux jeunes souffrant de troubles mentaux. Au Petit Patro, à Sainte-Thérèse, l’équipe d’intervenants ne peut accueillir que neuf jeunes de 12 à 17 ans en crise d’adolescence qui ont besoin d’une pause familiale. « On constate une forte augmentation des jeunes qui souffrent de troubles anxieux, de dépression, de trouble de personnalité limite ou de trouble de déficit d’attention avec ou sans hyperactivité [TDAH] », avance Renée Brosseau, directrice générale de l’organisme.

Elle se désole de devoir refuser des jeunes parce que les ressources humaines manquent pour faire face à cette demande. Même son de cloche au Regroupement des Auberges du coeur du Québec où, selon une étude interne, 40 % des jeunes hébergés ont un diagnostic de troubles mentaux. Une situation inquiète particulièrement : l’automédication des jeunes par les drogues. « C’est un cocktail dangereux de consommer des drogues, même du cannabis, quand on souffre de problèmes mentaux. On constate une hausse des psychoses toxiques, liées à la consommation de drogues », affirme Isabelle Gendreau, coordonnatrice aux communications pour le regroupement.

La catastrophe en centres jeunesse

En centres jeunesse, la santé mentale des jeunes est catastrophique, selon Mme Jacob. « On aimerait avoir plus de ressources en psychiatrie. » Dans certains établissements, un psychiatre assiste aux réunions multidisciplinaires pour discuter des jeunes ayant les problématiques les plus lourdes. « Cette pratique réduit les hospitalisations et le recours à l’urgence », constate Mme Jacob.

Un rapport publié en mars dernier par l’Association des centres jeunesse du Québec et le CHU Sainte-Justine dresse un portrait sombre de la santé des jeunes hébergés en centres jeunesse au Québec. Sur 315 jeunes de 14 à 17 ans, 70 % étaient placés pour des problèmes du comportement. Près du tiers des filles et 13 % des garçons hébergés souhaitaient consulter pour leur santé mentale. Le tiers des filles et 20 % des garçons rapportaient avoir fait au moins une tentative de suicide dans la dernière année. C’est trois fois plus que chez les adolescents en général. La moitié des filles et le quart des garçons avaient un diagnostic de santé mentale, excluant le TDAH.

Le rapport déplore le manque de suivi en santé mentale pour les jeunes hébergés dans les centres jeunesse. Isabelle Gendreau, des Auberges du coeur, croit aussi que ce type de services pour les enfants est défaillant au Québec. « Des ressources pour les aider à long terme, il n’y en a pas », se désole-t-elle.

D’ailleurs, tant au Centre jeunesse de Montréal que dans les Auberges du coeur, on s’inquiète de ce qui arrivera de ces jeunes une fois devenus adultes. « Quand il va avoir 18 ans, il va quitter le centre jeunesse et on va le perdre ! Il faut arrimer les services en santé mentale pendant qu’ils sont hébergés pour assurer un suivi lorsqu’ils seront sortis », réclame Mme Jacob.

Pour aider la famille

Par ailleurs, il existe certains organismes communautaires qui apportent leur soutien aux proches de personnes souffrant de troubles mentaux. On les accompagne, on leur permet aussi de décompresser, de pleurer et de se défouler. Oasis santé mentale, en Estrie, offre d’abord ces services aux adultes. « Combien de parents vivent avec des enfants qui sont sortis des écoles, qui ont été expulsés pour leurs troubles de comportement ? Ces parents doivent quitter leur emploi et sont en détresse eux-mêmes », soutient la directrice de l’organisme.

Elle voit chaque jour des parents démunis, à bout de ressources, qui hésitent à parler de la maladie mentale de leur enfant de crainte d’être jugés. « Un diagnostic de bipolarité à 13 ans ne signifie pas que cet enfant n’a pas de bons parents ! »

Face à un nombre croissant de parents qui doivent gérer des crises quotidiennes ou de la violence physique de leurs enfants, Oasis Santé mentale a développé des outils pour la famille. « Le diagnostic, c’est une chose, mais il faut aussi trouver la souffrance… On va décortiquer toute cela et travailler sur des aspects », explique la directrice. Renée Brosseau, du Petit Patro, remarque que les parents réussissent à obtenir un diagnostic pour leur enfant, mais en savent peu sur la réalité de la maladie. « Il n’y a pas de plan d’intervention, il n’y a pas de suivi pour mieux comprendre la maladie. »

Parfois, il faut plus que du soutien moral ou des outils pour apprendre à mieux gérer la maladie. Il faut que quelqu’un puisse prendre la relève. Pour quelques jours seulement…

Quand il va avoir 18 ans, il va quitter le centre jeunesse et on va le perdre! Il faut arrimer les services en santé mentale pendant qu'ils sont hébergés pour assurer un suivi lorsqu'ils seront sortis.

Selon Martine Jacob, responsable de la santé mentale au Centre jeunesse de Montréal, les hôpitaux manquent cruellement de lits en pédopsychiatrie.

 
2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 7 décembre 2015 08 h 06

    Une culture de république de bananes

    On préfère tout offrir aux minières, on est téteux ou on ne l'est pas, ne dit-on pas qu'une photo vaut mille mots, ne dit on pas également que la misere charrie toutes sortes de maladies

  • Jacques Morissette - Inscrit 7 décembre 2015 08 h 44

    Quand le doute s'installe.

    À comparer, il y a des jeunes plus près de leur nature que certains adultes qui, sur le tas, ont décidé de s'adapter à l'air du temps. Il y a l'adaptation à la société, d'accord, mais j'aimerais plus d'objectivité quand vient le temps d'analyser ce type de situation. C'est trop facile de parler ou de douter de la santé mentale des gens quand il s'agit de constater dans quelle mesure ils ne sont pas capable de s'adapter. L'histoire parle de pays qui ont été facile à douter de la santé mentale de certaines gens qui n'arrivaient pas à donner la même heure que celle de la majorité. C'est souvent la fragilité qui les empêche parfois, je parle de ceux dont la santé mentale est douteuse, de comprendre ou de se comprendre.