Pour un Hôtel-Dieu public

Alice Mariette Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Santé

Le caractère institutionnel de l’Hôtel-Dieu du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) va être préservé, selon le gouvernement du Québec. Celui-ci prévoit y installer une superclinique, ainsi que des directions du ministère, des organismes sous son autorité et l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Une annonce qui ne satisfait pas pleinement le Conseil central du Montréal métropolitain (CCMM-CSN), qui rejette l’idée d’une privatisation des services.

« Le projet de superclinique, de ce que l’on en sait, ne répond pas à nos besoins », lance Dominique Daigneault, présidente du CCMM-CSN. D’abord considéré comme excédentaire, le plus vieil hôpital de Montréal risquait d’être vendu à un promoteur privé et, de fait, d’être délesté de sa vocation hospitalière. Si la nouvelle annonce du gouvernement québécois de le transformer en un « pôle santé » permet de maintenir sa vocation hospitalière, elle n’est pas en complet accord avec les revendications du CCMM-CSN, avec la Coalition Sauvons l’Hôtel-Dieu. « Si une superclinique signifie de fermer des lits et de privatiser le service, il est clair que cela ne va pas dans le sens de ce que nous défendons », déclare Mme Daigneault.

Selon elle, avec près de 50 millions de dollars d’argent public investis dans la rénovation de l’urgence et l’amélioration de la cardiologie, du département des grands brûlés, de l’angioplastie, de l’hémodynamie, des soins intensifs et des salles d’opération, le caractère public des services de l’Hôtel-Dieu est incontournable. « Nous ne voulons pas de privatisation, tranche Mme Daigneault. L’Hôtel-Dieu est un hôpital modernisé, totalement fonctionnel, qui a bénéficié de nombreux travaux d’entretien et de modernisation avec des fonds publics, il doit donc rester dans le domaine public. »

La perte des 34 places en urgence de l’Hôtel-Dieu, alors que le taux d’occupation actuel avoisine les 100 %, est une problématique importante. « L’urgence de l’Hôtel-Dieu est moderne et efficace, qui sait répondre aux besoins de la population », précise la présidente du CCMM-CSN. Elle constate aussi que le manque de lits et de places grandissant à Montréal marque le déficit en matière d’accès à l’urgence, notamment pour les services de première et deuxième ligne. Quant à l’hôpital Royal Victoria, l’Université McGill a confirmé qu’elle voulait l’acquérir pour le convertir à des fins de recherche et d’enseignement. L’appel d’offres vient d’être lancé. « De nombreuses [consultations] externes sont aussi concernées à l’hôpital Royal Victoria et il y a des gens qui nous affirment qu’une partie de la population, notamment anglophone, qui se rend habituellement au Royal Victoria, se présente maintenant à l’Hôtel-Dieu », ajoute Mme Daigneault.

« L’autre élément qui nous inquiète, c’est la question de l’accès au service de proximité », précise la présidente. La population est très attachée à l’Hôtel-Dieu, le seul hôpital francophone pour adultes situé près du Mont-Royal. Pour le CCMM-CSN, le « pôle santé » que prévoit le gouvernement ne permet pas de répondre aux besoins de la population locale. « Sachant que le secteur du Plateau Mont-Royal est un point de la ville densément peuplé, la fermeture des urgences de l’Hôtel-Dieu, du Royal Victoria, combinée à l’augmentation de la population projetée par l’Institut de la statistique du Québec, fait craindre un véritable désastre pour les soins de santé », estime Mme Daigneault.

Pour le CCMM-CSN, l’avenir de cet établissement emblématique de la ville doit être pensé à long terme. « Les choix qu’on va faire aujourd’hui vont déterminer l’ensemble des pratiques du développement du quartier pour les 50 à 100 prochaines années, il faut donc faire des choix dans une perspective de développement durable en matière de réponses aux besoins des populations locales », considère Mme Daigneault.

Depuis 2013, outre le maintien des services de soins et de l’urgence, le CCMM-CSN, avec la Coalition Sauvons l’Hôtel-Dieu, propose l’installation d’un CHLSD public sur le site de l’hôpital, ainsi que l’aménagement de logements sociaux et d’espaces pour les besoins communautaires et culturels. « Actuellement, il y a des personnes âgées dans les hôpitaux qui mériteraient de bénéficier d’un environnement bien plus propice à leurs besoins. Un nouveau CHSLD public permettrait de libérer des lits, mais aussi d’offrir aux aînés des services qui répondent davantage à leurs besoins dans un milieu de vie et non dans un hôpital» Elle rappelle par ailleurs que l’installation de logements sociaux permettrait aux personnes les plus défavorisées, mais aussi à celles de la classe moyenne, de rester dans le quartier, dont le prix des loyers est en constante évolution.

Puisque le projet annoncé par le gouvernement ne satisfait pas pleinement le CCMM-CSN, la mobilisation se poursuit avec la Coalition Sauvons l’Hôtel-Dieu. « On continue à rencontrer différents acteurs de la société civile, à sensibiliser les gens, nous avons aussi des rencontres politiques, précise Dominique Daigneault. On continue à sensibiliser tout ce qui est sensibilisable et qui peut intervenir dans le dossier. La population locale est derrière nous et nous travaillons étroitement avec les comités de citoyens et les groupes communautaires qui sont dans le quartier. »

L’annonce faite le 25 septembre dernier par le gouvernement sur l’avenir des immeubles hospitaliers excédentaires de la Ville ne contenait aucun échéancier. Par ailleurs, si le projet actuel n’inclut pas la création de logements sociaux, d’autres pourraient tout de même voir le jour dans les pavillons toujours en vente de l’hôpital Notre-Dame, dans Ville-Marie.