La mortalité infantile est plus élevée dans les communautés autochtones

Cette femme ojibwée vivant dans la réserve de Fort Hope, en Ontario, prend soin de sa nièce, une petite fille de 11 mois qui est, elle, en pleine santé.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Cette femme ojibwée vivant dans la réserve de Fort Hope, en Ontario, prend soin de sa nièce, une petite fille de 11 mois qui est, elle, en pleine santé.

Les taux de mortalité infantile et de bébés mort-nés dans les diverses communautés autochtones du Québec continuent d’être deux à trois fois plus élevés que ceux des non-autochtones, avec des chiffres comparables, chez les Inuits, à ceux observés à Gaza, en Albanie, ou en République kirghize.

Lundi, une étude publiée dans le Canadian Medical Association Journal (CMAJ) par une équipe de chercheurs de Colombie-Britannique révélait une inégalité appréciable entre les soins prénataux reçus par les mères issues des Premières Nations et les autres femmes enceintes de cette province. Moins de visites prénatales, moins d’échographies, moins d’induction du travail lors de la rupture des eaux : autant de différences qui pourraient expliquer en partie le fossé observé entre les taux de mortinaissances et de mortalité infantile des populations blanche et autochtone.

Selon une étude réalisée en février 2015 par des chercheurs québécois pour Statistique Canada sur le nombre de bébés mort-nés et de décès infantiles survenus entre 1989 et 2009 dans différentes communautés autochtones du Québec, un abîme continue de diviser ces populations du reste de la province en ce qui à trait à la santé périnatale et postnatale des mères et des nouveau-nés.

De 4,9 décès par 1000 naissances dans la population générale, le taux de mortalité infantile (décès avant trois ans) atteint 6,2 sur 1000 chez les autochtones vivant dans des réserves du sud du Québec, bondit à 11,7 sur 1000 chez les Cris et les Naskapis et frôle les 19 sur 1000 dans les communautés inuites.

Quant aux mortinaissances survenues après six mois de grossesse, une étude de l’Institut national de santé publique (INSPQ), réalisée en 2013 avec la collaboration de plusieurs institutions de santé autochtones, établissait en 2013 que leur taux atteignait 6,8 naissances sur 1000 chez les mères inuites et 5,7 sur 1000 chez les mères d’autres Premières Nations, comparativement à 3,6 sur 1000 chez les autres Québécoises.

« Les taux significativement plus élevés de mortalité postnéonatale chez tous les Autochtones et de mortinaissance, chez les Inuits, après ajustement, indiquent un écart indépendant des différences d’âge maternel et de scolarité de la mère entre autochtones et non-autochtones », relèvent les auteurs de l’étude.

Énorme travail à faire

Nathalie Auger, chercheuse à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et auteure de l’étude, estime qu’il est impossible de dire si, comme en Colombie-Britannique, des différences d’accès aux soins prénataux expliquent ces écarts importants. « Ils ont des données [en Colombie-Britannique] que nous n’avons pas sur le suivi très détaillé des grossesses. Tout cela démontre l’ampleur du travail qui reste à faire pour comprendre et prévenir le fossé qui persiste entre la population générale et les communautés autochtones en ce qui a trait aux soins pré et postnataux », pense-t-elle.

Dans l’étude publiée en 2013, les chercheurs québécois avancent l’hypothèse que le mauvais développement du foetus, les troubles liés au placenta, les anomalies congénitales et le taux de tabagisme chez les femmes inuites expliqueraient en partie le taux excessif de bébés mort-nés dans cette communauté. Quant à celui observé chez les autres Premières Nations, il découlerait en partie de la forte incidence du diabète et de l’hypertension chez les femmes amérindiennes. Les conditions économiques défavorables dans les communautés s’ajoutent aux facteurs de risque aggravant pour ces populations.

« La mortalité postnéonatale est l’événement pour lequel la différence est la plus marquée entre autochtones et non-autochtones. Le petit nombre rend toutefois difficiles les comparaisons entre les causes de mortalité », mettent en garde les chercheurs.

À cet égard, les auteurs notent que, pour s’attaquer à ces taux de mortinaissances et de mortalité infantile dignes de pays en développement, il presse d’améliorer les services d’accompagnement à la grossesse et les soins obstétricaux.

« Il y a plusieurs facteurs en cause, notamment la condition médicale des mères, mais aussi les habitudes de vie, l’obésité, la consommation d’alcool et de tabac, ajoute Nathalie Auger. L’accès aux soins de santé demeure certainement l’un des facteurs qui restent à étudier. »

3 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 3 novembre 2015 03 h 49

    Des humains pénibles

    Cela ne me surprends pas, je ne pense pas qu'ils profitent vraiment des commoditées d'une société moderne, mon opinion est que l'on a toujours pensé qu'il suffisait de les inonder d'argent pour règler les difficultées, quel perception appartenant a un autre age peut etre étais-ce la vision d'Harper, pupil du roi et condamné a vivre dans une réserve comme des animaux, quel anachronisme en fin peut etre qu'un jour se rendront-ils compte, qu'ils sont des naifs dans cette histoire, voila la magnificience de notre fédération monarchiste, quel incongruté de penser que l'on peut isoler des gens ainsi , ne me demander pas a qui parfois ca peut plaire

  • Andrée Phoénix-Baril - Abonnée 3 novembre 2015 08 h 50

    bébé 11 mois

    Ou est la mère? si ce bébé à 11 mois il devrait presque marcher, qui s'occupe des services aux enfant dans les réserves?ça commence au berceau s'occuper d'un futur adulte, dans un environnement propre ,chaud, stimulant, pourquoi pas des garderies
    avec des éducateurs/surveillants autoctones qui gardent leurs identités mais encadrer.
    comme l'école, pas juste donner de l'argent pour s'enlever la culpabilité de nos échecs avec ces peuples qui étaient là avant nous.
    Une réserve, une maison, n'a pas besoin d'être luxueux, mais doit être sécuritaire, propre,un lieu de vie normal.
    Les gouvernements ne font pas l'effort d'aider, d'éduquer, d'aimer il donne de l'argent.
    AndréePhoénix

  • Yvon Bureau - Abonné 3 novembre 2015 10 h 33

    Sans suprise,

    et triste.

    Espérons un avenir meilleur.

    Éducation et prévention+++.