Haro sur les viandes rouges

Photo: Olivier Zuida Le Devoir

Adieu veaux, vaches, cochons, mais aussi saucissons et rosettes de Lyon. Cette fois, ce n’est pas Lafontaine qui le dit, mais le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) affilié à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui associe les viandes transformées à un risque accru de cancer colorectal et la consommation de viandes rouges à une augmentation « fort probable » de ce risque.

La position du CIRC, prise sur la base de quelque 800 études effectuées par 22 experts de 10 pays, vient confirmer les données déjà connues sur le potentiel cancérigène de ces deux types de viandes rouges. Le CIRC récidive et relègue dans ce dernier rapport les charcuteries dans le groupe des aliments « cancérogènes », et attribue aux viandes rouges (boeuf, veau, porc, agneau, cheval, chèvre) l’étiquette « cancérogène probable ».

Si les risques accrus de cancer colorectal liés aux viandes transformées ne font plus de doutes, ceux attribués aux viandes rouges semblent moins clairs, ou du moins plus difficilement explicables. Néanmoins, les études scrutées par le CIRC assimilent saucisses, jambons, hot-dogs et autres viandes fumées, salées ou fermentées à un risque accru de 18 % de cancer colorectal pour chaque portion de 50 g consommée par jour. Quant à la viande rouge, on la juge « probablement cancérogène pour l’homme », car chaque portion de 100 grammes pourrait accroître de 17 % les risques du même cancer, bien que ces conclusions s’appuient sur des « indications limitées ».

« Dès 2007, ce même groupe avait émis des recommandations pour diminuer les cas de cancer dans le monde, dont l’une était de consommer moins de viandes rouges », affirme Bernard Lavallée, nutritionniste et auteur du blogue Le Nutritionniste urbain.

Sonnette d’alarme

Faut-il pourtant bannir la viande de nos assiettes ? « Ça reste une importante sonnette d’alarme, puisque les données s’accumulent en défaveur de la consommation de viandes rouges. Mais on n’a pas besoin de devenir végétarien pour autant. Limiter la viande rouge à 500 grammes par semaine, soit trois ou quatre portions, reste tout à fait raisonnable », estime ce dernier.

Pour ce qui est de la charcuterie, « les preuves sont là, c’est cancérigène. Il faut en faire un aliment d’exception, surtout pas un aliment de base », insiste-t-il.

La directrice scientifique de Extenso, le Centre de référence en nutrition de l’Université de Montréal, Nathalie Jobin, affirme qu’il faut aussi limiter plus qu’éliminer les viandes. « La viande rouge demeure une source importante de fer, surtout pour les femmes, mais il faut en diminuer la quantité au profit d’autres protéines, comme le poisson et les légumineuses. »

Les conclusions du CIRC à l’égard des viandes transformées lui semblent nettement plus préoccupantes. « Quand on sait que les fameux sandwiches au jambon sont très populaires dans les boîtes à lunch des enfants, il faut vraiment se tourner vers d’autres aliments, car là, le lien est prouvé. Cinquante grammes, c’est l’équivalent de deux ou trois tranches de salami dans un sandwich », dit-elle.

Selon les experts du CIRC, c’est lors de la transformation des viandes rouges par divers procédés et lors de la cuisson à haute température que des composés chimiques nocifs sont générés.

Réactions

À peine dévoilée, l’étude du CIRC a soulevé un tollé dans plusieurs pays producteurs de viandes, déjà sur la sellette à l’approche de la rencontre de Paris sur le climat en raison des importantes émissions de GES générées par l’élevage du bétail.

Aux États-Unis, premier producteur mondial de viande bovine, les professionnels de l’industrie fourbissaient leurs armes depuis des semaines, en proposant des analyses avant même la publication de l’étude du CIRC. « Il est clair » que de « nombreux » auteurs de l’évaluation « ont trituré les données pour obtenir un résultat bien précis », a réagi l’Institut nord-américain de la viande (NAMI). Sur le fond, le NAMI souligne que « la science a montré que le cancer est une maladie complexe qui n’est pas provoquée par de simples aliments ».

Bernard Lavallée ne s’étonne pas de cette levée de boucliers, puisque le NAMI a réussi cette année à faire échec à un comité de révision des lignes directrices américaines en matière d’alimentation qui espérait, d’ici la fin de 2015, inscrire l’alimentation durable au nombre de ses critères d’évaluation. Cette inclusion aurait eu pour effet de prôner la réduction de la consommation de viande.

En baisse depuis plusieurs années, la consommation de viandes rouges au Canada serait « conforme au Guide alimentaire canadien », à en croire le site Internet du Conseil des viandes canadien (CVC). La consommation moyenne de viandes rouges pour les hommes atteindrait 101 grammes par jour et 55 grammes pour les femmes, un chiffre nettement supérieur aux recommandations actuelles, estime Nathalie Jobin. « Pour les hommes, ça signifie 700 grammes par semaine, alors que le Guide alimentaire prône plutôt un total de 425 grammes de viandes et de tous les autres substituts. Leur logique ne tient pas la route. »

Selon le CIRC, 34 000 décès dans le monde seraient liés chaque année à la consommation de viandes transformées et 50 000 à la consommation de viandes rouges. En comparaison, le tabac cause 1 million de décès par année et l’alcool, pas moins de 600 000.

34 000
Décès liés à la consommation de viandes transformées chaque année dans le monde
3 commentaires
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 27 octobre 2015 08 h 50

    On oubliait la Terre...le carrousel sur lequel on vit

    Et la Terre entière en profitera écologiquement...environnementalement.

    Soit on continue comme présentement...et la Terre (nous et notre environnement) meurt ...tout simplement.

    Soit on prend conscience du problème dans son entité....et la Terre s'en portera mieux.

    Remarquez que je n'ai pas parlé de l'Univers qui, lui, survivra à notre ...disparition!

  • André Savard - Abonné 27 octobre 2015 09 h 00

    Génétiquement un singe

    Entasser les animaux dans des camps de concentration, ne les nourrir que de maïs, de la cruauté pour mieux développer nos cancers. Nous sommes génétiquement des primates pourvus d'un long intestin, l'évidence de notre métabolisme plus végétarien que carnivore saute aux yeux. Malheureusement on assistera à un déni organisé vu l'importance de l'industrie de la viande et l'attachement bête de la population à ses mauvaises habitudes.

  • Yvon Bureau - Abonné 27 octobre 2015 16 h 21

    De quoi voir rouge !

    Si notre intérêt est de vivre longtemps et le plus possible en santé, une diminution des viandes rouges est d'une grande évidence.

    Ce qui est d'une grande évidence, ce sont les grands intérêts en jeu. À voir rouge !

    Et tout cela, avec les Rouges au pouvoir! À l'aide, monsieur Trudeau ! Voyez à la santé des personnes canadiennes..

    Une suggestion. Un Sommet Prévention. Le Sommet Moins de sel Moins de gras Moins de sucre. Utopie?