cache information close 

Les bleuets et le cumin pour contrer le diabète

Les extraits de bleuet et de cumin noir recommandés aux diabétiques par les herboristes, naturopathes et consorts accroissent la sensibilité des cellules à l'insuline et mériteraient de ce fait d'être ajoutés à la pharmacopée destinée aux personnes atteintes du diabète de type II ou non insulinodépendant, selon une étude effectuée par un pharmacologue de l'Université de Montréal.

Le filtrat obtenu de la macération de graines de nigelle — une plante méditerranéenne communément appelée cumin noir — écrasées dans l'eau figure dans la liste des médicaments prescrits aux diabétiques par les herboristes marocains, souligne le professeur de pharmacologie de l'Université de Montréal, Pierre Haddad qui s'est appliqué à éprouver l'efficacité d'une mixture de graines de nigelle extraite à l'aide de solvants organiques. Pour ce faire, il a gavé des rats pendant quatre semaines avec la concoction de nigelle qu'il avait préparée et a ensuite mesuré l'activité de deux enzymes hépatiques qui interviennent dans la réponse cellulaire à l'insuline. Le chercheur a alors observé que ces deux enzymes répondaient beaucoup mieux à l'insuline lorsque les animaux avaient ingurgité les extraits de cumin noir.

Pierre Haddad a effectué ses expérimentations sur les cellules du foie parce que, chez les diabétiques, certains tissus, dont le foie, les muscles attachés au squelette et les graisses deviennent résistants à l'insuline. L'insuline sécrétée par le pancréas à la suite d'une montée du niveau de sucre dans le sang, se fixe aux récepteurs présents à la surface des cellules du foie, des muscles et des graisses, explique le scientifique. En se fixant, l'hormone déclenche du coup une cascade de réactions enzymatiques qui aboutissent soit à une activation du métabolisme du glucose ou à son stockage sous forme de glycogène, deux voies qui visent à abaisser le taux de glucose sanguin.

Une des stratégies employées aujourd'hui pour traiter le diabète consiste justement à agir au niveau du foie afin d'accroître sa sensibilité à l'insuline, souligne Pierre Haddad. «Or, les médecins ne réussissent pas toujours à contrôler le diabète de certains patients à l'aide d'un seul médicament, précise-t-il. Ils ont donc de plus en plus recours à la bithérapie, voire à la trithérapie, comme ils le font pour soigner les sidéens. Si nous découvrons que les extraits de nigelle et de bleuet permettent en effet de contrer la résistance à l'insuline, on ajoutera ainsi une corde à l'arc thérapeutique du diabète de type II [la forme de diabète la plus courante].»

Au Québec, les extraits de bleuet sont en effet chaudement recommandés par les herboristes, naturopathes, naturothérapeutes et commerçants de produits naturels pour soigner le diabète, indique Pierre Haddad, qui a exposé des lignées de cellules du foie cancéreuses à différentes préparations de feuilles, de fruits, de racines ou de tiges de bleuets. «Même si elles sont cancéreuses, les cellules conservent la plupart des propriétés des cellules normales», précise le chercheur dont les observations ont révélé que ce sont plus particulièrement les racines et les tiges qui possèdent le potentiel anti-diabétique le plus marqué puisque celles-ci doublent la réponse à l'insuline, contrairement aux feuilles qui sont beaucoup moins efficaces et les baies quant à elles presque sans effet.

«Il faudra toutefois confirmer ces données chez l'animal avant de passer chez l'humain» ajoute le pharmacologue tout en remarquant qu'on propose déjà dans certaines boutiques des préparations de racines ou de feuilles de bleuet à l'intention des diabétiques. Pierre Haddad tentera maintenant à déterminer les doses auxquelles les extraits de tiges de bleuets et de graines de cumin noir présentent une activité anti-diabétique vraiment significative.