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Marketing - Frite ou salade?

McDonald’s veut bien proposer à ses clients de faire de l’exercice, de prendre une salade plutôt qu’une frite, mais pas question de réduire le format de ses boissons gazeuses.
Photo: Agence Reuters McDonald’s veut bien proposer à ses clients de faire de l’exercice, de prendre une salade plutôt qu’une frite, mais pas question de réduire le format de ses boissons gazeuses.

Après avoir fait fondre la valeur de son action de 70 % depuis 1998, McDonald's décide désormais de faire fondre la graisse de ses consommateurs. Pour une énième fois en quelques mois. Comment? En incitant les adeptes de la bouffe-minute à adopter des modes de vie sains. Une politique commerciale mariant nouveaux produits, éducation du public et promotion de l'activité physique, qualifiée de bon début par les spécialistes de l'obésité qui rêvent toutefois de voir le spécialiste du trio hamburger-frites-boisson gazeuse en faire d'avantage. À commencer par la mise au rancart de sa politique des «grands formats» — qui riment avec surconsommation, selon les diététistes — et dont McDo n'a pas l'intention encore de se débarrasser, a prévenu l'entreprise hier.

Guerre aux gras, à la malbouffe et chute des profits à l'échelle mondiale pour les sept des huit derniers trimestres obligent, la lutte contre l'obésité semble être devenue un enjeu majeur pour McDonald's Canada à en croire son président Bill Johnson. «Nous perdons des consommateurs et nous aimerions bien les revoir», a-t-il lancé hier lors d'une conférence de presse téléphonique.

Sa stratégie: faire désormais de son empire le fer de lance de la promotion de la santé. Façon McDo. «Avec plus de trois millions de Canadiens fréquentant nos restaurants tous les jours, explique-t-il, nous avons la possibilité d'influencer la façon dont ils vivent leur vie» et surtout la chance de mieux les éduquer pour les guider vers de bons choix lorsque vient le temps de passer sa commande, au comptoir ou au service à l'auto.

La chose devrait d'ailleurs être aisée, croit le président, grâce au «plan d'action détaillé» concocté par le géant de l'alimentation rapide qui compte désormais afficher dans tous ses points de vente l'information nutritionnelle concernant ses produits. Ces renseignements — calories, lipides, cholestérol, sodium, glucides, protéines et consorts — étaient jusqu'à maintenant disponibles sur demande seulement. Le nouvelle politique prévoit maintenant leur affichage sur les murs des restaurants ainsi que sur les napperons.

Tout en rappelant au passage que les menus actuels proposés dans ses restaurants «sont faits avec des ingrédients de très bonne qualité», mais aussi que McDonald's «n'est en rien responsable de l'obésité», M. Johnson, a annoncé également pour avril prochain l'ajout de nouveaux produits sur son menu pour enfant. Des enfants qui, au-delà de la traditionnelle portion de frites, pourront jeter leur dévolu sur une variété de salades et de légumes pour accompagner leur hamburger, leurs croquettes de poulet ou... leur sandwich au fromage (grilled cheese), un nouveau venu dans l'arsenal gastronomique des restaurants de la chaîne nouvellement préoccupée par la taille de ses jeunes clients. Le repas pourra aussi être accompagné d'un verre de lait ou de jus de fruits pour ne pas trop s'exposer à la quantité de sucre qui sature les incontournables boissons gazeuses, a annoncé l'entreprise.

Et l'empire du clown ne s'arrête pas là. Car en plus d'utiliser ses napperons et autres prospectus pour inciter les jeunes et leurs parents à mener une vie plus active, McDonald's compte aussi étendre son programme d'éducation dans les écoles pour vanter les bienfaits de l'activité physique. Une démarche jumelée à de nouveaux investissements dans les installations sportives locales et aussi, dans la même logique, la «multiplication [de ses] relations avec le Comité olympique canadien», a indiqué le président canadien hier.

«C'est un pas dans la bonne direction, a commenté hier Paul Boisvert, directeur de la Chaire de recherche sur l'obésité de l'Université Laval. L'information nutritionnelle est une donnée importante pour faire des bons choix en matière d'alimentation. Ceux qui sont sensibilisés vont certainement y trouver leur compte. Mais pour ceux qui ne s'y intéressent pas ou qui ne savent pas utiliser ses valeurs cela ne va pas changer grand -chose.»

Tout en saluant l'initiative de McDo qui espère désormais utiliser son pouvoir médiatique sur les enfants au profit de la promotion d'habitudes de vie saines, M. Boisvert déplore toutefois que le royaume de la patate frite et du hamburger ne soit pas allé plus loin: «Ils pourraient aussi laisser tomber le pain blanc pour du pain au blé entier, revoir les formats des portions ou encore dire que la sauce du Big Mac est riche en gras trans.»

Des gras à l'origine de maladies cardio-vasculaires qui préoccupent M. Johnson d'ailleurs, et son entreprise évalue actuellement les possibilités pour en réduire l'usage, a-t-il précisé hier. Un engagement déjà pris par McDo en septembre 2002, soit il y a environ un an et demi.