Essentiels, mais souvent oubliés

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Les périsoignants représentent le personnel paratechnique (les préposés aux bénéficiaires et à l’entretien ménager, les cuisiniers et les pâtissiers, les électriciens et les mécaniciens), les employés de bureau, les techniciens et les professionnels de la santé et des services sociaux
Photo: Kadmy iStock Les périsoignants représentent le personnel paratechnique (les préposés aux bénéficiaires et à l’entretien ménager, les cuisiniers et les pâtissiers, les électriciens et les mécaniciens), les employés de bureau, les techniciens et les professionnels de la santé et des services sociaux

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Ils sont pourtant nombreux à travailler dans le réseau québécois de la santé et des services sociaux, mais ils passent la plupart du temps inaperçus. À un point tel que jusqu’à récemment, il n’existait même pas de nom pour les désigner. Mais aujourd’hui, ils s’appellent les périsoignants.

L’invention de ce néologisme revient au Conseil provincial des affaires sociales (CPAS) du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP). « Lorsqu’une personne dit qu’elle travaille dans un hôpital, la première réaction des gens est de penser qu’elle exerce la profession d’infirmière ou de médecin, explique Pierre Soucy, président du CPAS. Ça ne leur passerait pas par l’esprit qu’elle puisse exercer un autre métier ou une autre profession. On était conscient de cette situation au CPAS et l’on souhaitait faire connaître et valoriser les autres métiers et professions exercés dans le réseau de la santé et des services sociaux. Mais avant d’arrêter une stratégie pour le faire, encore fallait-il les nommer. On a donc inventé le nom de périsoignant pour les désigner. »

Qui sont-ils ? Depuis l’adoption de la Loi 30, le gouvernement divise en quatre catégories le personnel du réseau de la santé et des services sociaux. Les médecins et les cadres ne sont pas concernés. La première catégorie est celle des soins infirmiers et cardiorespiratoires, ce qui inclut les inhalothérapeutes. La seconde catégorie comprend le personnel paratechnique, les services auxiliaires et les métiers. On trouve dans cette catégorie autant les préposés aux bénéficiaires et à l’entretien ménager que les cuisiniers et les pâtissiers comme les électriciens et les mécaniciens. La troisième catégorie est celle des employés de bureau et des techniciens en administration. La quatrième catégorie concerne les techniciens et les professionnels de la santé et des services sociaux. Cette catégorie englobe autant les techniciens en radiologie que les ergothérapeutes et les psychologues. Les périsoignants appartiennent aux trois dernières catégories.

« Ce sont 240 000 périsoignants qui travaillent dans le réseau de la santé et des services sociaux au Québec et ils représentent plus de 70 titres de travail. Le réseau ne pourrait pas fonctionner sans leur présence. La nourriture, ça fait partie des soins que l’on offre aux patients, et sans cuisiniers, pas de nourriture. Il faut des préposés à l’entretien ménager si l’on veut éviter les infections nosocomiales. Le travail des périsoignants est essentiel au bon fonctionnement du réseau, on ne pourrait pas s’en passer. »

 

Emploi précaire et conditions de travail

Il existe une certaine précarité d’emploi dans le domaine des périsoignants, mais cela s’explique surtout par le fonctionnement du système. « Nous avons des employés permanents à temps plein. Par contre, comme ces employés ne peuvent pas travailler plus de cinq jours de suite et qu’ils ont droit à une fin de semaine de congé sur deux, il faut des employés pour les remplacer lors des journées de congé. Ce sont les employés permanents à temps partiel qui viennent alors combler ce vide. On estime que 50 % des périsoignants sont à temps plein et 50 % à temps partiel. De plus, certains employés à temps partiel choisissent de s’inscrire sur la liste des employés permanents occasionnels, ce qui leur permet d’aller chercher des journées de travail additionnelles et ainsi compléter une semaine normale. »

Tout en étant correctes, les conditions salariales demeurent modestes. « Oui, il y a certaines professions ou certains métiers où les salaires sont plus élevés, mais pour la plupart des périsoignants, c’est loin d’être le Klondike. Par exemple, un préposé aux bénéficiaires gagne 21 $ de l’heure, à l’entretien ménager, c’est 17 $ et en cuisine, environ 18 $. On pourrait facilement avancer que le salaire de la plupart des périsoignants oscille entre 35 000 $ et 40 000 $ par année. »

Sans compter que le travail s’est alourdi au fil des ans. « Auparavant, lorsqu’un patient était hospitalisé, par exemple pour une opération, il demeurait à l’hôpital une semaine ou deux. Pour les périsoignants, les premières journées étaient les plus lourdes, mais au fur et à mesure que le patient se rétablissait, les journées auprès de lui devenaient plus légères. Aujourd’hui, les séjours à l’hôpital sont de plus en plus courts et les patients reçoivent leur congé après seulement quelques jours. Cela fait en sorte que les périsoignants voient uniquement des patients dans leurs journées plus lourdes, ce qui rend la tâche plus difficile aujourd’hui qu’hier. »

Campagne de valorisation

 

Le CPAS a décidé de lancer récemment une campagne de valorisation pour mieux faire connaître les périsoignants. Cette campagne passe d’abord par la mise en place du site Internet périsoignant.com. L’on y trouve une foule d’informations ainsi qu’une série de trois capsules vidéo les présentant. Fait à noter, le site périsoignant.com inclut dans sa définition de périsoignant les soins infirmiers. « C’est que nous avons environ 250 infirmières qui font partie de notre syndicat et l’on a choisi de les inclure. Mais ça demeure un petit nombre par rapport aux 20 000 périsoignants qui sont représentés par le CPAS. »

Dans un second temps, d’autres mesures de valorisation seront ajoutées. « Notre cherchons d’abord à les faire connaître auprès du grand public. Mais notre véritable objectif, c’est de faire reconnaître à sa juste valeur l’importance du rôle que jouent les périsoignants dans le réseau de la santé et des services sociaux. Sans la contribution de ce personnel dévoué, le réseau s’écroulerait. Il est temps que l’on s’en rende compte. »

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