Les syndicats fourbissent leurs armes

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Daniel Boyer, président de la FTQ
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Daniel Boyer, président de la FTQ

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Où en sont les négociations entre le gouvernement et les employés du secteur public ? Samedi dernier, le Front commun syndical organisait une manifestation afin d’indiquer son impatience devant la lenteur des négociations. Le gouvernement est-il enfin prêt à bouger ? Entrevue avec l’un des membres du Front commun, Daniel Boyer, président de la FTQ.

« Depuis deux semaines, annonce-t-il, on sent un peu de mouvement à la table centrale. » Pourtant, le gouvernement maintient ses positions sur son offre salariale comme sur le régime de retraite. « Oui, c’est vrai, le gouvernement maintient ses positions, mais on sent un petit changement. Depuis le début des négociations, il y a de cela neuf mois, les négociateurs des deux parties s’en sont tenus à expliquer leurs demandes respectives en déposant à la table des études pour soutenir leurs arguments. Mais depuis deux semaines, on sent un léger changement d’attitude. »

Ce changement d’attitude est surtout manifeste aux tables sectorielles. « Le gouvernement est arrivé avec de nouveaux dépôts aux tables sectorielles et les négociateurs gouvernementaux ont reçu de nouveaux mandats. Et dans ces nouveaux dépôts, on a pu constater que certaines demandes du gouvernement avaient été éliminées et d’autres atténuées. De plus, certaines de nos demandes ont été acceptées. Ce changement d’attitude m’indique que le gouvernement est peut-être arrivé au point où il sera possible d’envisager de véritables négociations. »

Pour la suite des choses

 

Nul ne peut prédire pour le moment l’aboutissement des négociations. Daniel Boyer demeure toujours optimiste et croit qu’il est encore possible d’arriver à une entente négociée et signée. Mais le Front commun syndical est tout sauf naïf, et il fourbit ses armes au cas où le gouvernement traîne les pieds.

« Nous sommes présentement à aller chercher des mandats de grève auprès de nos différents syndicats. À présent, environ la moitié de nos syndicats ont reçu un mandat de grève de leurs membres. Il faudra encore deux semaines pour tenir les assemblées pour l’autre moitié. »

Une fois les mandats de grève en poche, tout dépendra alors de l’attitude du gouvernement. « Si ce dernier ne fait pas preuve d’ouverture, il faudra donc augmenter la pression. On le fera par des grèves rotatives d’un jour par région. »

Et si ces grèves rotatives n’amènent pas le gouvernement à faire preuve de plus d’ouverture, le Front commun envisage-t-il la possibilité d’une grève illimitée ? « Ce n’est pas pour le moment dans nos intentions. Le gouvernement nous indique qu’il n’a pas l’intention d’avoir recours à un décret et il n’y a donc pas de fermeture de sa part, et pour le moment, je le crois. Et si à cet égard le gouvernement cachait son jeu, une grève illimitée serait pour lui la parfaite justification pour procéder par décret. J’ai encore confiance que l’on puisse en arriver à une convention collective négociée. »

Et si cela échoue et que le gouvernement procède par loi spéciale ? « Il est évident que nous allons contester cette loi spéciale devant les tribunaux. La Cour suprême a statué que le droit de grève fait partie de notre droit de négociation et d’association. »

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