Barrette reste inflexible

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette n’a aucunement l’intention de renoncer à son projet de légaliser et encadrer les frais accessoires exigés aux patients.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette n’a aucunement l’intention de renoncer à son projet de légaliser et encadrer les frais accessoires exigés aux patients.

Les frais accessoires imposés aux patients sont là pour rester, a réaffirmé mardi le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, ne craignant pas de placer éventuellement le Québec dans une position d’illégalité.

Imperméable à toute critique et malgré la fronde orchestrée par tous les partis d’opposition et appuyée par la protectrice du citoyen, le ministre n’a aucunement l’intention de renoncer à son projet de légaliser et encadrer les frais accessoires exigés aux patients, dans le cadre de l’étude du projet de loi 20.

Le Québec n’a tout simplement pas les moyens d’acquitter la facture de 50 millions $ associée à ces frais, a-t-il affirmé mardi. Les patients devront donc faire leur part.

Certains médecins présentent une facture en clinique pour offrir des soins à leurs patients, une pratique qui, sans être nouvelle, prend sans cesse de l’ampleur.

Les patients trouvent ainsi un moyen de raccourcir les délais d’attente qu’ils devraient subir à l’hôpital. En clinique, une coloscopie peut coûter 500 $, des gouttes ophtalmologiques, 200 $.

Situation innacceptable

Les partis d’opposition (Parti québécois, Coalition avenir Québec et Québec solidaire) jugent en choeur inacceptable d’exiger des patients qu’ils présentent leur carte de crédit plutôt que leur carte d’assurance-maladie et réclament à répétition depuis des jours l’interdiction totale de ces frais. Ils veulent que ces coûts supplémentaires soient absorbés par les médecins, à même l’enveloppe globale des honoraires qui leur sont versés.

Mais le ministre demeure inflexible, même si le procédé pourrait bien être illégal.

Car il refuse d’y voir une brèche aux principes de l’accessibilité et de la gratuité des soins de santé, pourtant garanties par les lois québécoise et canadienne sur la santé.

« Cela fait 40 ans qu’il y en a des frais accessoires. C’est quand que le fédéral est débarqué au Québec ? », a répliqué le ministre Barrette, en point de presse, mardi, aux journalistes qui s’interrogeaient sur la légalité de la démarche.

« Le fédéral est jamais débarqué » au Québec dans le passé pour contester la pratique québécoise, a-t-il ajouté, disant miser « sur l’histoire » pour la suite des choses.

« On ne nuit pas à l’accès. On gère l’État en fonction de notre capacité de payer et on s’organise pour que l’accès soit là pour tout le monde. C’est tout », a résumé le ministre, de plus en plus excédé de voir que l’adoption de son projet de loi 20 piétine, en raison de « l’obstruction systématique » de l’opposition.

« Les partis d’opposition se liguent tout le temps contre moi. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil », selon le ministre, qui a dénoncé une nouvelle demande de l’opposition, mardi, d’imposer un débat de six heures portant uniquement sur les frais accessoires.

7 commentaires
  • Nicole Delisle - Abonné 6 octobre 2015 18 h 43

    Quelle hypocrisie M. Le Ministre!

    M. Barrette ne s'est pas soucié de la capacité de payer des québécois quand il a négocié la parité avec le reste du Canada pour les médecins spécialistes. Il leur a tout
    mis sur la table et n'a laissé que les miettes pour les autres travailleurs de la santé et
    ceux de la fonction publique. Et maintenant, il veut que les québécois payent pour ces
    largesses données à ses collègues médecins. Quand un ministre se sait dans l'illégalité et fonce quand même, quel bel exemple donne-t-il à ses concitoyens et à nos jeunes? Bonnes gens, tout geste illégal peut se faire, surtout si vous n'avez pas la capacité de payer! C'est le ministre qui le dit! On est dirigé par des bouffons mais qui ne sont pas drôles du tout. Mais qui donc est premier ministre au Québec?
    On n'entend pas M.Couillard à ce sujet. C'est donc qu'il approuve le geste illégal!

    • William Dufort - Abonné 6 octobre 2015 22 h 18

      Vous avez parfaitement raison. J'attends que le Premier ministre ou la ministre de la Justice le rappelle à l'ordre, car nous vivons dans une société de droit, non?

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 7 octobre 2015 04 h 18

      Il va y avoir beaucoup de pots à réparer dans 3 ans.

      PL

  • Louis - Inscrit 6 octobre 2015 19 h 40

    Dr. Barrette et Dr. Couillard vous seriez beaucoup plus crédibles d'avouer
    en toute vérité que les Soins de Santé au Canada ne cessent de glisser vers le privé. Par le principe même de la péréquation -et encore ce qui est plus dangereux par le nouveau principe du 3% du P.I.B. que mettreait en place (mr.) Harper-.

    C'est l'éternel problème des programmes fédéraux administrés par les provinces.

    Poser le bon diagnostique, nous ne sommes pas tous égaux face aux soins de santé. Et si on ajoute les médicaments, des associations de médecins de diverses provinces ont dits sur les ondes RC / CBC que certains de leurs patients ne pouvaient se les procurer à cause des frais.

    La vraie question est ''Quand les provinces vont-elles débarquées à Ottawa pour qu'il respecte ses obligations du Programme de Santé Canadien?

    Et en général ce sont des problèmes dans tous les programmes où il y a dédoublement Fédéral Provincial : Éducation, Agriculture, Pension de viellesse, etc.

    Il n'y a pas deux solitudes au Canada,
    Il y a 10 solitudes et deux trerritoires de solitudes.

  • Raynald Richer - Inscrit 6 octobre 2015 21 h 22

    L’austérité à deux vitesses

    Les médecins pourraient simplement absorber ces “frais” dans leur pratique à partir de leurs revenus comme ils le faisaient probablement auparavant.

    Nous sommes dans une drôle d’époque.

    Nous n’avons pas les moyens d’envoyer nos enfants dans des écoles salubres avec des services décents, mais on a encore les moyens d’augmenter (encore et encore) le salaire des médecins.

    Même si pour ça on doit rendre légaux des gestes illégaux.

    Après la médecine et l’école à deux vitesses, voici l’austérité à deux vitesses !

  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 7 octobre 2015 00 h 52

    Ah ben si ça se fait depuis 40 ans!

    C'est un peu comme si a la lumière des révélations de la commission Charbonneau, le gouvernement avait décidé de légaliser et " encadrer" le financement illégal du fait que tous les partis y ont eu recours depuis au moins 50 ans!

    Déprimant! Désolant! Perturbant!

    Les libéraux veulent la peau du public en Santé comme en Éducation.

    C'est si révoltant que ça donne presque envie de laisser sa chance à PKP, malgré tout ce que j'en pense...

    Je vais ipso facto m'acheter une belle robe de mariée Prado pour être dans la gang!

  • Marc-André Maranda - Abonné 8 octobre 2015 10 h 29

    Déloyal!

    La médecine privée a pris le pouvoir. Depuis le trio Barrette- Couillard-Coiteux, il n'y en a que pour la médecine spécialisée. Rien pour les autres. Le cas des ophtalmologistes est révélateur : ce qui prenait une heure auparavant pour traiter une cataracte prend maintenant une dizaine de minutes grâce à l'introduction, dans les hopitaux publics, d'une techonolgie de pointe payée par les fonds publics. Or, les bases de la rémunération pour cette interventioon sont demeurées les mêmes. Et qiue dire de la radiologie? Il y a quelque part au sein du gouvernement, un énorme conflit d'intérêt. L'austérité veut toujours dire coupures des services publics et enrichissement de certains. Que le Ministre Barrette nous démontre le contraire.