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Nouvelles technologies de reproduction - Maman infertile, bébé à la santé fragile

L'infertilité de la mère contribuerait à la santé fragile des enfants conçus grâce aux nouvelles technologies de la reproduction (NTR), suggère un chercheur de l'Université Laval dans la revue scientifique Human Reproduction.

Les grossesses multiples qui conduisent fréquemment à des naissances prématurées constituent la principale cause des problèmes de santé observés chez les enfants, souligne d'abord l'auteur de la publication, Raymond D. Lambert, chercheur au Centre de recherche en biologie de la reproduction du département d'obstétrique et de gynécologie de l'Université Laval.

En Amérique du Nord, 80 % de toutes les grossesses multiples découlent du traitement de l'infertilité, dont la moitié est associée à l'emploi de médicaments qui stimulent l'ovulation et l'autre moitié au transfert de plusieurs embryons — conçus in vitro — dans l'utérus de la femme.

Néanmoins, il a été rapporté dans la littérature scientifique que les grossesses simples aussi s'accompagnaient de problèmes de santé chez les nourrissons conçus à l'aide d'une NTR, ajoute le chercheur. Ceux-ci présentent en effet plus de risques de prématurité, de petit poids, de malformation et de mortalité que les bébés ayant vu le jour sans l'aide de la science.

«Quand on a comparé des enfants nés — seuls — à la suite d'un traitement de l'infertilité à des enfants issus de grossesses — simples — spontanées, on a remarqué que la santé des premiers était plus fragile que celle du second groupe, précise Raymond Lambert. La fréquence des problèmes de santé était plus élevée chez les premiers que chez les seconds.»

La littérature souligne également que les femmes qui font appel au don d'ovules ou carrément adoptent un embryon parce qu'elles produisent des ovules anormaux donnent naissance à des enfants qui sont en meilleure santé que celles qui ont réussi à surmonter leur infertilité à l'aide de la fécondation in vitro, ajoute le scientifique, qui en a alors déduit que l'infertilité de la femme jouait probablement un rôle sur la vigueur de l'enfant.

Une conclusion renversante

Pour le chercheur, cette conclusion est tout à fait renversante. «On s'attendait plutôt à ce que les hormones utilisées pour stimuler les ovaires ou les milieux de culture servant à favoriser la fécondation de l'ovule par le spermatozoïde en laboratoire soient responsables de ces problèmes de santé. Mais il semble que ce ne soit pas le cas.»

Et pour s'en assurer, Raymond Lambert a comparé l'état de santé d'enfants conçus par fécondation in vitro (FIV) à celui d'enfants nés à la suite d'une insémination artificielle avec semence du conjoint, une procédure effectuée lorsque la femme est infertile et dans laquelle la fécondation a lieu dans le corps de celle-ci et non en laboratoire comme dans la FIV. L'absence de différence significative entre les deux groupes a permis d'exclure que les manipulations de laboratoire (FIV) aient une influence néfaste sur la santé des bébés.

De même, l'état comparable des enfants nés — seuls — d'une mère ayant reçu des agents stimulateurs de l'ovulation et de ceux engendrés par une maman n'ayant pas été traitée avec ces médicaments a permis également d'écarter une quelconque implication du traitement hormonal.

Raymond Lambert avoue que la conclusion à laquelle il est arrivé ne repose pas sur une quantité de données satisfaisante pour rendre son hypothèse vraiment robuste. «Il y a très peu d'études qui autorisent une comparaison car les groupes qu'elles incluent ne présentent souvent pas le même profil, explique-t-il. Et si on ne tient pas compte de l'âge des couples, de leur milieu social et de la durée de leur infertilité, cela pourrait conduire à des conclusions complètement erronées.»

Il recherche actuellement d'autres éléments qui pourraient confirmer ou infirmer son hypothèse. Pour ce faire, il prévoit de comparer la santé des bébés nés à la suite d'une insémination artificielle avec et sans donneur. «Comme on a recours à la semence d'un donneur dans les cas où c'est le conjoint et non la future maman qui est infertile, les enfants issus de cette démarche ne devraient pas souffrir plus fréquemment de problèmes de santé que ceux conçus naturellement si mon hypothèse est valide, indique le scientifique. Inversement, étant donné que les inséminations avec le sperme du conjoint se pratiquent habituellement pour surmonter une infertilité féminine, elles devraient engendrer des bébés de santé plus fragile.»

Une première mise en garde

En 2002, Raymond Lambert sonnait l'alarme dans la même revue Human Reproduction sur les conséquences néfastes des grossesses multiples, qui découlent des pratiques actuellement adoptées dans le traitement de l'infertilité et qui prédisposent les enfants à de sérieux problèmes de santé. Le chercheur remettait en question la responsabilité des spécialistes de l'infertilité en Amérique du Nord, particulièrement aux États-Unis, où on tarde à apporter des correctifs. «On est devant un épisode regrettable de l'histoire de la médecine, affirmait-il. Ces pratiques douteuses devaient être abandonnées.»

Raymond Lambert croit que tous les couples qui ne peuvent surmonter leur infertilité que par une NTR (FIV) doivent être informés avant d'entreprendre le traitement des dangers que fait peser une telle démarche sur la santé de l'enfant à naître. «Les couples doivent prendre une décision éclairée, c'est un principe éthique fondamental», insiste-t-il.

Pour le moment, le chercheur n'a pas réussi à identifier le type d'infertilité féminine qui semble compromettre la santé du nouveau-né, mais ces prochaines recherches tenteront de le découvrir afin qu'il devienne possible «de dépister les femmes atteintes de la forme la plus à risque et ne proposer le traitement [la FIV] qu'à celles qui n'en souffrent pas», précise-t-il.