La FIQ s’attaque à la «loi du silence»

La présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, Régine Laurent
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir La présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, Régine Laurent

La fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) demande à la vérificatrice générale d’enquêter sur la « loi du silence » qui règne dans le réseau de la santé.

« Devant le lot de témoignages que nous avons reçus de citoyens et de professionnelles en soins qui nous ont affirmé soit avoir été victimes de représailles ou soit avoir peur ou avoir des craintes justifiées, devant les menaces des gestionnaires et devant l’inertie du ministre, nous demandons à la vérificatrice générale du Québec de faire enquête pour mettre en lumière cette loi du silence », affirme la présidente de la FIQ, Régine Laurent.

En conférence de presse mardi, elle a dressé « un triste bilan » de la ligne téléphonique 1 844 FIQ-AIDE au terme d’une opération de trois semaines où les citoyens étaient appelés à partager leurs impressions sur le réseau de la santé.

Plus de 2100 personnes ont répondu à l’appel de la fédération, se plaignant de problèmes d’accès (42 %), de la sécurité ou la qualité des soins (16 %) et des impacts négatifs de la réforme de la santé (12 %).

Selon la FIQ, il se dégageait, de ces nombreux appels, un « sentiment d’impuissance et d’exaspération devant l’inacceptable ». Elle parle d’un « cri de détresse » des citoyens et blâme le gouvernement pour les compressions imposées dans le réseau de la santé.

« Ce qu’on retient, dans les grandes lignes, c’est qu’il y a une peur dans la population de dénoncer les situations qu’ils jugent inacceptables par peur de représailles pour eux ou leurs parents », explique Mme Laurent.

Cette peur est partagée par les professionnelles en soins qui craignent d’être suspendues sans salaire ou de perdre leur emploi si elles osent dénoncer des lacunes dans la qualité des soins donnés, dénonce Régine Laurent. Elle déplore le manque de concordance entre le code de déontologie des infirmières, qui les oblige à donner des soins optimaux, et la façon dont leurs doléances sont reçues lorsqu’elles osent les manifester, parlant même d’« abus de pouvoir » de la part des directions. Elle espère que la vérificatrice générale sera en mesure de documenter le phénomène et que cela mettra de la pression sur le gouvernement pour qu’il adopte une loi pour protéger les lanceurs d’alerte.

Au cabinet du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, on nie qu’il y ait un problème. « Étant donné le grand nombre d’instances neutres et indépendantes qui peuvent recevoir, analyser et statuer au sujet d’une plainte dans le réseau de santé, nous croyons qu’il n’y a pas de “loi du silence” qui prévaut, répond par courriel son attachée de presse, Joanne Beauvais. Nous encourageons d’ailleurs tant les professionnels de la santé que les usagers à dénoncer des situations qui leur semblent inacceptables auprès de ces instances, car c’est ainsi que leurs interventions peuvent améliorer les situations problématiques. »