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L'industrie du médicament devra revoir certaines pratiques

Québec - Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, pourrait mettre fin au gel du prix des médicaments en vigueur depuis dix ans, comme le réclament les compagnies pharmaceutiques, mais pas avant l'implantation d'une politique des médicaments basée sur l'établissement rationnel de leur prix et sur leur utilisation optimale.

Les coûts du régime public d'assurance-médicaments augmentent «par sa propre mécanique» de 10 % à 12 %, a rappelé M. Couillard, en raison du vieillissement de la population et de l'introduction de nouveaux médicaments souvent très chers. Si on procède, en plus, à une indexation du prix des médicaments, «on va perdre le régime, on ne pourra pas le financer», a-t-il prévenu.

M. Couillard souhaite que les fabricants de médicaments soient des «partenaires actifs» dans la correction du problème de la mauvaise utilisation de leurs produits. «Si on vend — je prends un exemple — 40 millions d'un produit dont 20 millions sont utilisés de façon inappropriée, on ne peut pas être partenaire dans ce cadre-là. Ce n'est pas ce que j'appelle un partenariat», a-t-il dit. M. Couillard a aussi cité l'exemple des psychotropes, dont plusieurs types sont administrés à un même patient.

Le ministre s'en est également pris aux pratiques publicitaires des fabricants qui incitent à l'occasion les médecins à continuer de faire un mauvais usage d'un médicament.

Signée en juin 2002, l'entendre-cadre, qui porte sur la revue d'utilisation des médicaments et qui lie les fabricants et le ministère de la Santé et des Services sociaux, prend fin en juin 2004. M. Couillard voudrait que cette entente soit renouvelée, mais elle devra être précisée. Le ministre souhaite que la nouvelle politique du médicament, dont cette entente est un volet, soit mise en oeuvre à l'automne.

Dans une lettre qu'il a envoyée le 1er décembre à André Marcheterre, président du comité-Québec des Compagnies de recherche pharmaceutique (Rx&D), à la suite d'une rencontre, M. Couillard écrit qu'il souhaite que les fabricants de médicaments d'origine s'engagent formellement «à réagir promptement» lorsqu'une «utilisation non optimale d'un médicament est fortement suspectée». Ils devront aussi «cesser toutes activités promotionnelles incompatibles» avec un usage approprié.

Le ministre s'en prend également à des «pratiques commerciales discutables» de certains fabricants de médicaments brevetés: ces derniers offrent des nouveaux médicaments à des hôpitaux «à un coût complètement dérisoire» de façon à ce que le patient, de retour chez lui, continue à consommer ce médicament, cette fois-ci au prix fort, payé par le régime public d'assurance-médicaments.

Ces nouvelles obligations pourraient faire l'objet d'une annexe à l'entente-cadre, précise M. Couillard.

Le régime d'assurance-médicaments du Québec est le plus généreux au Canada, et de loin, a rappelé M. Couillard. Les fabricants ont donc accès à un marché plus développé qu'ailleurs. Le Québec inscrit avec célérité les nouveaux produits sur la liste des médicaments remboursés par l'État. En outre, la période de protection des brevets est plus longue qu'ailleurs. «Je pense qu'il est difficile pour eux de dire que le Québec n'est pas un endroit qui est hospitalier pour l'industrie pharmaceutique», a souligné le ministre.