Sur la piste du surdiagnostic pour le TDAH

Au Québec, 13% des jeunes du secondaire ont reçu, en 2011, un diagnostic de TDAH. En Europe, ce taux tombe à 1 ou 2%!
Photo: Brendan Smialowski Getty Images Au Québec, 13% des jeunes du secondaire ont reçu, en 2011, un diagnostic de TDAH. En Europe, ce taux tombe à 1 ou 2%!
Dans son dernier brûlot, TDAH ? Pour en finir avec le dopage des enfants, le philosophe et auteur Jean-Claude St-Onge dénonce l’explosion des troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) observée en Amérique et décrie le traitement des enfants à grands coups de psychostimulants. Véritable maladie ou exagération des pharmaceutiques ? La controverse se poursuit.​
 

Son discours est franc, radical, implacable. Fervent critique de l’industrie pharmaceutique, M. St-Onge, qui a aussi publié L’envers de la pilule et Tous fous ? L’influence de l’industrie pharmaceutique sur la psychiatrie, revient à la charge pour dénoncer ce qu’il considère comme une aberration. À son avis, rien n’explique l’actuelle montée en flèche des cas de trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), sinon les impératifs de nos sociétés performantes et l’influence indue de l’industrie pharmaceutique sur la profession médicale.

Aux États-Unis, les cas de TDAH sont passés de 3 % en 1980 à 11 % en 2011, touchant près d’un garçon sur cinq au secondaire. Au Québec, 13 % des jeunes du secondaire ont reçu ce diagnostic en 2011, alors que le nombre d’ordonnances prescrites a quadruplé durant la première décennie des années 2000.

Un bond prodigieux qui ne peut s’expliquer autrement que par le rôle démesuré joué par le DSM — l’outil diagnostique par excellence des maladies mentales en Amérique —, qui a multiplié et modifié, au cours des ans, ses critères pour déclarer un enfant atteint d’un TDAH, affirme l’auteur. En Europe (France et Angleterre), où d’autres outils prévalent, les taux de TDAH ne dépassent pas 1 à 2 % selon les pays.

« Le problème avec le DSM et le TDAH, c’est que les critères diagnostiques sont essentiellement subjectifs. Le DSM se concentre sur les problèmes à l’école, donc il ne tient pas compte du contexte social et familial de l’enfant. Un symptôme n’est pas une maladie. Il y a un festival de contradictions sur le TDAH », explique l’auteur.

Parmi celles-ci, l’auteur, qui n’est pas médecin mais professeur à l’UQAM, avance qu’aucune preuve scientifique claire n’établit un lien direct entre les symptômes rapportés et le fonctionnement du cerveau. Or le traitement aux psychostimulants vise clairement à traiter un déséquilibre chimique du cerveau.

« Je ne dis pas que le TDAH n’existe pas. Je dis seulement qu’on ne connaît pas la part jouée par le cerveau, par les gènes et par l’environnement dans cette condition. La médication présuppose qu’il s’agit d’un problème strictement neurologique. Tout ce qu’on sait jusqu’à maintenant, selon The Lancet, c’est qu’il y aurait des gènes prédisposants », dit-il.

Mêmes symptômes, autres problèmes

Selon M. St-Onge, les symptômes d’autres problèmes de santé, comme l’apnée du sommeil, les troubles de la vision ou de l’ouïe, l’anxiété, la dépression ou même le syndrome de Gilles de la Tourette peuvent facilement être confondus avec ceux du TDAH. Mauvais diagnostics et pressions du milieu scolaire expliqueraient en partie le tsunami de diagnostics observés.

« Les enfants sont fragiles. Quand on les surdiagnostique, qu’on erre dans le diagnostic et qu’on leur prescrit des médicaments dont ils n’ont pas besoin, ils sont doublement perdants. Ils doivent vivre avec les effets secondaires, alors que leurs réels problèmes ne sont pas pris en charge », estime Jean-Claude St-Onge.

Une solution facile ?

Aux parents qui plaident que la médication aide leurs enfants dans leur cheminement scolaire, l’auteur rétorque que quatre études indépendantes (dont une du National Institute of Mental Health des États-Unis) ont démontré une efficacité à court terme du Ritalin (méthylphénidate). Efficacité qui s’estompe après quelques mois et s’annule au bout de quelques années. Et cela, même si les doses ont tendance à augmenter avec les ans et que s’y ajoutent parfois des antidépresseurs et des antipsychotiques. « On néglige la balance des risques-bénéfices, puisque ces stimulants peuvent hausser la tension artérielle, le rythme cardiaque, couper l’appétit et avoir d’autres effets néfastes », dit l’auteur, qui est d’avis que la médication est souvent un substitut facile et bon marché à l’absence de psychothérapies ou d’interventions ciblées auprès des jeunes ou leurs familles.

« On croit que le problème est réglé parce qu’ils [les enfants] deviennent comme des plantes vertes, ne causent pas de problèmes. C’est sûr que ça fait l’affaire des écoles », dit-il.

Révision des lignes directrices

Inquiet des allégations de surdiagnostic de TDAH, le Collège des médecins du Québec a retiré, il y a quelques mois, ses lignes directrices destinées aux médecins et confié à un comité d’experts, de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), le soin de faire le point sur cet enjeu important qui continue de diviser médecins, parents et milieux scolaires.

« C’est un sujet controversé, et les surdiagnostics nous inquiètent. On ne dit pas qu’il y en a trop. Le but du comité d’experts est justement de faire la lumière là-dessus. Entre-temps, nous avons demandé à nos membres de faire une bonne démarche clinique et de se référer aux sociétés de pédiatrie », affirme son président, le Dr Charles Bernard.

À son avis, les travaux de l’INESSS aideront à clarifier la situation, même s’il y aura toujours place pour des voix discordantes, comme celle de Jean-Claude St-Onge.

« C’est sûr que je m’en prends à l’industrie pharmaceutique, car cette industrie exagère les bénéfices de ses produits et en minimise les risques, précise ce dernier. Je ne suis pas un antimédicament ni un antimédecin. Je suis quelqu’un qui fouille la question depuis 15 ans », affirme l’auteur, dont l’ouvrage avise d’ailleurs toute personne de consulter un médecin avant de cesser la prise d’une médication.

13 %
Au Québec, c’est la proportion de jeunes du secondaire qui ont reçu ce diagnostic en 2011, alors que le nombre d’ordonnances prescrites a quadruplé durant la première décennie des années 2000.

Les enfants sont fragiles. Quand on les surdiagnostique, qu’on erre dans le diagnostic et qu’on leur prescrit des médicaments dont ils n’ont pas besoin, ils sont doublement perdants. Ils doivent vivre avec les effets secondaires, alors que leurs réels problèmes ne sont pas pris en charge.

6 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 21 septembre 2015 08 h 09

    Appell au pharmacien

    Puisque le Ritalin est une droque prescrite par un médecin, un pharmacien pourrait-il répondre aux questions suivantes :
    1- Quels sont les effets à long terme sur le cerveau?
    2- Y a-t-il un effet d'accoutumance?
    3- Qu'elles sont les conséquences du sevrage
    4- L'enfant sera-t-il porté à aller vers des drogues plus dures?

    • Yves Corbeil - Inscrit 21 septembre 2015 10 h 31

      méthylphénidate

      Aller voir la description qu'on en fait sur wikipédia, c'est pas parfait ça c'est sûr mais c'est quand même pas juste des niaiseries qu'il y a là.

      La liste des effets secondaires est tout simplement hallucinante et inquiètante.

  • Tania Mitchell - Inscrite 21 septembre 2015 08 h 40

    Merci Monsieur St-Onges...

    Vos préjugés à l'égard du TDAH continueront à forcer la communauté médicale à faire de la recherche à l'égard de cette condition avec laquelle vivent plusieurs personnes. L'envers de la médaille est que votre discours perpétue la stigmatisation contre laquelle les enfants et leurs parents doivent se débattre au quotidien. Comme la condition est neurologique ou "mentale" elle est invisible et on continue de vivre l'opprobe de gens comme vous. Et si j'étais meilleure mère? Si je remplissait mon enfant de produits homéopathiques? Si je lui coupais la télé, les jeux vidéos, le iPad? Si je lui faisais faire du sport 2h par jour 7 jours par semaine? S'il dormait plus, etc. Ça ferait la différence? NON. Avant de se rendre au médicament on essaie tout tout tout Monsieur St-Onges. On ne sait pas tout du TDAH, mais on sait que certains enfants ont besoin de psychostimulants pour fonctionner et ça on le sait depuis les années '60... Qu'est-ce que vous en savez du TDAH, l'avez vous rencontré?

    • Yves Corbeil - Inscrit 21 septembre 2015 10 h 39

      Mme Mitchell,

      Personne ne dit que le problème est inexistant. Le problème soulevé est entre le 1, 2, 3% de personnes atteintes jusqu'à des fois 20% qui est médicamenté.

      Il y a un fleuve de pilules entre les deux. Personne dit qu'il n'y a aucun cas de TDAH réel.

  • Richard Bérubé - Inscrit 21 septembre 2015 10 h 15

    Maladie fictive!

    je ne comprend pas qu'après que ''l'invewnteur '' de cette maladie le dr américain Léon Eisenberg ait dit publiquement que cette maladie était une invention de son crû, que l'on puisse encore s'en servir pour affliger des enfants du titre de cette maladie fictive, à part d'endosser les pharceutiques à vendre leurs pillules....ça prend quoi pour réveiller le monde....mais ça apporte de l'argent dans les coffres de la psychiatrie....

  • Gilles Roy - Inscrit 21 septembre 2015 10 h 47

    Contradiction

    J'erre peut-être, mais il me semble que les devis expérimentaux ne peuvent être fondés sur l'observation de la prise de médication chez les enfants (problèmes éthiques). Par contre, la prise de médication «en vrai» par les enfants est permise, voir encouragée. Étonnant, je trouve, que l'on accepte une intervention (massive) «en vrai» alors qu'on ne tolère pas une intervention (compte-goutte) «en cobaye»...