«Le panier de services» en santé s’effrite, observe la protectrice du citoyen

Comme chaque année, le rapport annuel de la protectrice du citoyen, déposé jeudi à l’Assemblée nationale, contient un chapelet d’histoires d’horreur, particulièrement en lien avec le réseau de la santé.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Comme chaque année, le rapport annuel de la protectrice du citoyen, déposé jeudi à l’Assemblée nationale, contient un chapelet d’histoires d’horreur, particulièrement en lien avec le réseau de la santé.

Une dame en CHSLD qui a dû attendre neuf mois avant d’avoir un bain. Une autre qui a dû déménager quatre fois en 13 semaines. Un homme en détresse qui a mis fin à ses jours après avoir attendu des semaines pour obtenir de l’aide. Un homme âgé en lourde perte d’autonomie qui ne reçoit que 13,5 heures de services en soutien à domicile alors qu’il a droit à 37,5 heures. Ce ne sont que quelques-uns des exemplesrelevés par la protectrice ducitoyen pour dénoncer l’impact des compressions et du sous-investissement dans des « services de première importance ».

« [La lutte contre le déficit zéro] a un impact quand les choix ne sont pas les bons, quand les choix sont de couper ou de toucher directement aux services, a soutenu la protectrice ducitoyen, Raymonde Saint-Germain, en marge de la présentation de son rapport annuel d’activité à l’Assemblée nationale jeudi. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas redresser les finances publiques, mais ça veut dire qu’il ne faut pas le faire à n’importe quel prix et surtout pas au détriment des services de première nécessité que le gouvernement doit rendre. »

Elle s’inquiète tout particulièrement des « personnes vulnérables » qui sont, selon elle, les principales victimes de ces compressions, faisant référence notamment aux personnes âgées, handicapées ou malades, de même qu’aux élèves en difficulté qui présentent des troubles du spectre de l’autisme. « Ce sont des personnes qui ont des services moindres, des services qui ne sont pas à la hauteur souhaitée. »

Si les compressions ne sont pas nouvelles, elles s’intensifient et s’accumulent depuis cinq ans, au point où on peut voir un « effritement graduel de l’offre publique de services dans le secteur de la santé », note Mme Saint-Germain. « À défaut de faire des choix clairs et transparents, on voit le panier de services s’effriter sans balises applicables, ce qui accroît les iniquités. »

 

Santé mentale et CHSLD

En santé mentale, elle urge le ministère de la Santé d’assurer une gestion responsable et vigilante des listes d’attente et de donner suite au plan d’action qui n’a pas été renouvelé depuis 2010. Elle s’attaque également au manque de ressources dans les services à domicile. « Les plaintes reçues au cours de la dernière année confirment que les usagers restent aux prises avec des problèmes de réduction des services, des délais d’attente, d’épuisement des proches aidants et de disparités régionales. »

Elle dénonce les « lacunes » en matière de soins d’hygiène donnés dans les CHSLD, donnant l’exemple de cette dame qui n’a pas reçu un seul bain en neuf mois, car l’établissement ne disposait pas de l’équipement nécessaire pour lui offrir ce service en toute sécurité. « Considérant que les soins d’hygiène au bain sont essentiels au bien-être des usages hébergés en CHSLD […], le Protecteur du citoyen recommande au ministère de la Santé de répertorier les CHSLD qui n’ont pas l’équipement requis [et] de prendre les mesures nécessaires pour que ces derniers puissent prodiguer les soins d’hygiène au bain ou à la douche sans compromettre la sécurité des usagers. »

Et dans les résidences privées, elle constate que les besoins des usagers sont souvent trop importants pour les ressources disponibles. Dans certains cas, l’établissement ne communique pas avec le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) pour organiser le transfert en CHSLD. Dans d’autres cas, le CSSS n’est tout simplement pas en mesure de reloger ces personnes. « Cela est d’autant plus préoccupant que le recours aux résidences privées pour aînés ira en augmentant, étant donné le vieillissement de la population et la difficulté d’accès à l’hébergement public. »

 

Réactions

Des syndicats ont réagi à ce rapport jeudi, y voyant la preuve de ce qu’ils dénoncent depuis longtemps, à savoir que les mesures d’austérité ont un impact sur les services à la population. À Québec, les partis d’opposition parlent d’un rapport « accablant » et demandent au gouvernement d’agir rapidement. Par voie de communiqué, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a soutenu qu’il « souscrit aux recommandations » de la protectrice du citoyen et qu’il « compte proposer des actions concrètes pour garantir la qualité des conditions de vie des personnes aînées québécoises ». Le ministre parle d’« imputabilité » et soutient que « les gestionnaires doivent s’assurer que les décisions qui sont prises ne prêteront plus le flanc à la critique ».

1 commentaire
  • Yves Corbeil - Inscrit 18 septembre 2015 09 h 49

    Imputabilité

    Mrs Barrette et Couillard, si ça commencait par ceux qui occupent les fonctions les plus hautes dans notre société l'imputabilité.

    Peut-être aurions-nous la chance de voir les résultats d'une telle pratique se propagé à tous les niveaux de l'appareil bureaucrasse.