Québec devrait standardiser les paquets, soutient un expert international

En ce moment, on retrouve des paquets de toutes les formes et de toutes les grandeurs, certains avec les coins arrondis, d’autres très minces, ce qui permet aux compagnies de tabac de jouer avec les formes pour minimiser les photos et les mises en garde.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne En ce moment, on retrouve des paquets de toutes les formes et de toutes les grandeurs, certains avec les coins arrondis, d’autres très minces, ce qui permet aux compagnies de tabac de jouer avec les formes pour minimiser les photos et les mises en garde.

Si le gouvernement tient à protéger la jeunesse québécoise contre les ravages du tabagisme, le projet de loi antitabac doit inclure une mesure pour obliger les compagnies de tabac à standardiser leurs paquets de cigarettes, estime David Hammon, une sommité de la lutte antitabac qui témoignera jeudi à la commission parlementaire à Québec.

« Je m’attends à ce que le gouvernement adopte une loi qui soit forte, soutient M. Hammon en entrevue au Devoir. Québec a démontré, au fil des années, un leadership important en matière de lutte au tabagisme […] et s’est engagé à protéger les jeunes. Les mesures déjà prévues dans le projet de loi vont certainement aider, mais en ajoutant une mesure sur la standardisation de l’emballage des paquets de cigarettes, ça va aider encore plus. C’est comme aller chez le docteur et se faire demander : est-ce que vous voulez le bon traitement ou celui qui est encore meilleur ? »

David Hammon, professeur à l’Université de Waterloo en Ontario, a été invité à partager son expertise en commission parlementaire sur le projet de loi 44, qui vise à renforcer la lutte contre le tabagisme. Il témoignera jeudi aux côtés du Réseau du sport étudiant du Québec, qui est lié à la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, un organisme qui réclame depuis longtemps un emballage « neutre et standardisé ».

Ultraminces

 

L’idée défendue par la Coalition et M. Hammon, c’est d’uniformiser les paquets de cigarettes. En ce moment, on en retrouve de toutes les formes et de toutes les grandeurs, certains avec les coins arrondis, d’autres très minces, ce qui permet aux compagnies de tabac de jouer avec les formes pour minimiser les photos et les mises en garde. « Sur les paquets de cigarettes ultraminces, qui sont très fins, les photos sont distordues et les avertissements écrits sont si petits qu’on a pratiquement besoin d’un microscope pour les lire », déplore M. Hammon.

« On sait que ces paquets ciblent les jeunes femmes. Les gens se disent que si les cigarettes sont plus minces, elles doivent être moins nocives et, surtout, ces paquets renforcent la croyance selon laquelle fumer aide à perdre du poids, ce qui est une des raisons principales pour laquelle les jeunes commencent à fumer, surtout les jeunes femmes. »

L’idée de légiférer pour standardiser les paquets de cigarettes et les mises en garde qui y figurent est relativement nouvelle. La loi a été adoptée en Australie en 2013 et l’Union européenne lui a emboîté le pas l’an dernier. Selon M. Hammon, on peut déjà voir l’impact positif de ces mesures. Les compagnies de tabac ont d’ailleurs répliqué par des poursuites en Australie et en Angleterre, deux procès pour lesquels M. Hammon est appelé à témoigner à titre d’expert.

Au Canada, aucune province n’a encore adopté l’emballage standardisé. C’est pourquoi M. Hammon demande à Québec d’avoir le courage d’en prendre l’initiative. « Je serais très surpris que ces mesures ne fassent pas l’objet d’une réglementation dans toutes les provinces canadiennes, ce n’est qu’une question de temps. La question, c’est de savoir qui va vouloir prendre le leadership pour assurer la santé des jeunes. »

En conférence de presse en mai dernier, la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, avait montré une certaine ouverture à l’idée de standardiser la mise en garde sur les paquets de cigarettes, une mesure qui n’est pas incluse dans le projet de loi actuel, mais elle disait vouloir attendre les consultations publiques.

À voir en vidéo