Les tenanciers de bars menacent de poursuivre Québec

L’Union des tenanciers de bars critique les dispositions du projet de loi antitabac portant sur les terrasses et menace de contester la future loi devant les tribunaux si le gouvernement va de l’avant avec son projet.

Au cours d’une rencontre avec la presse, mardi à Montréal, le président du regroupement, Peter Sergakis, a soutenu que le fait d’interdire de fumer sur les terrasses des bars et restos-bars occasionnerait une baisse de 10 % du chiffre d’affaires des établissements, soit 37 000 $ en moyenne par année par établissement. Selon lui, il s’agirait d’un véritable « désastre ».

M. Sergakis lui-même précise qu’il exploite « entre 40 et 45 » établissements. Il affirme que le chiffre d’affaires avait déjà baissé de 25 % lorsque le gouvernement avait interdit de fumer à l’intérieur des bars, il y a quelques années.

Reconnu pour son langage coloré, M. Sergakis a noté que la clientèle des fumeurs était recherchée par les établissements qu’il représente. « J’aime beaucoup les non-fumeurs, mais notre clientèle ciblée, ce n’est pas idéalement les non-fumeurs. Parce que les non-fumeurs — en tout respect —, la majorité, ils boivent de l’eau et ils mangent de la salade. Ça vous fait rire, mais c’est la réalité quand même. Pour les bars, un vrai client, c’est celui qui prend de l’alcool, et c’est majoritairement des fumeurs », a-t-il conclu.

Projet de loi contesté

Dans sa forme actuelle, le projet de loi vise à restreindre l’usage du tabac, tant dans les lieux fermés qu’à l’extérieur. Entre autres, il interdit de fumer dans les véhicules lorsqu’une personne de moins de 16 ans s’y trouve, ainsi que sur les terrasses. De même, il interdit la vente et la distribution de tabac aromatisé. De plus, il étend le champ d’application de la loi à la cigarette électronique.

M. Sergakis propose une solution de rechange aux dispositions du projet de loi, à savoir diviser les terrasses ouvertes en deux sections, pour fumeurs et non-fumeurs, afin de respecter une distance d’un mètre et demi entre ceux-ci pour que la fumée puisse se dissiper sans incommoder les non-fumeurs.

À défaut d’obtenir de telles concessions de la part du gouvernement, M. Sergakis menace de contester la loi devant les tribunaux.

De même, il a dénoncé le gouvernement pour son « hypocrisie » parce qu’il n’interdit pas carrément le tabac, bien qu’il affirme qu’il est dangereux pour la santé et qu’il perçoit tout de même des taxes sur le tabac.

Ne pas « partir en peur »

À Québec, la ministre déléguée à la Santé publique et responsable du dossier, Lucie Charlebois, a tenu à calmer le jeu. « Il n’y a pas lieu de partir en peur », a-t-elle lancé, avant de réitérer la volonté du gouvernement d’écouter tous les points de vue en commission parlementaire.

La ministre a elle-même rappelé que lorsque le gouvernement avait resserré les dispositions de la loi, il y a quelques années, les bars et restaurants protestaient avec la même énergie, affirmant que « c’était pour fermer ». Elle dit douter aujourd’hui que les terrasses, qui ne sont ouvertes que quelques mois par année, soient aussi affectées que M. Sergakis le laisse entendre.

13 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 19 août 2015 06 h 30

    Beaux souvenirs

    Je me souviens de ces grandes soirées avec mon épouse, dans des grands restaurants, après le souper gastronomique, de discussions interminables sur tout et rien, prenant verre après verre d’alcool et boucanant la place… Que de merveilleux souvenirs.

    Jusqu’au jour, où, du soir au lendemain, la permission de fumer nous fut enlevé.

    C’est alors que j’ai vraiment découvert le cordon bleu que j’avais épousé, en faisant la même chose, mais «chez-nous». J’ai aussi économisé beaucoup de sous parce qu’au même prix que nos consommations au restaurant, je pouvais payer la bouteille au complet ! Et «chez-nous»… personne ne nous regardait «de travers».

    J’ai toujours l’idée derrière la tête d’installer devant ma porte «Défendu aux non-fumeurs».
    (Je ne vais pas dans les Hôpitaux non plus, pour les mêmes raisons. Le seul diagnostique qu’un docteur fera sur moi est : «Il est mort»)

    Témoignage.

    PL

    • Sylvain Dionne - Inscrit 19 août 2015 10 h 01

      Et mes souvenirs...

      Et moi je me souviens que j'avais de la difficulté à goûter les plats qui avaient un arrière goût de fumée, sans compter une toux insupportable et souvent une infection aux yeux pour des jours après. Que dire des gentils voisins de table qui grillaient cigarette après cigarette parce qu'EUX avaient fini de manger. Et pendant des décennies, les non fumeurs étaient forcés de s'installer dans le coin le plus sombre et le moins convivial du restaurant. Je ne parlerai même pas des abri-bus où la majorité étouffe parce qu'une seule personne décide qu'elle peut faire ce qu'elle veut en grillant sa cigarette et se faisant un plaisir d'envoyer la fumée dans le visage des autres qui osent la regarder de travers.

      Si plusieurs fumeurs (pas tous, j'en conviens) avaient pour l'ensemble fait preuve d'un peu de courtoisie, nous n'en serions probablement pas là! Si les fumeurs manquent de respect pour leur corps (involontairement sans doute), ça les regarde bien sûr mais qu'ils respectent la santé d'autrui. La liberté des uns s'arrête où celle des autres commence. C'est ça la vie en société et le dogme de la cigarette l'a occulté pendant des décennies en nous faisant croire que c'était bénin et malgré le fait que la majorité ne fumait pas.

      Et M. Sergakis dit n'importe quoi à mon avis car les non-fumeurs ne boivent pas juste de l'eau et ne mangent pas que de la salade! Quelle niaiserie. À une certaine époque, les gens conduisaient leur voiture en état d'ébriété aussi. Si on applique son raisonnement, peut-on affirmer que ceux qui conduisent en étant sobres sont de mauvais conducteurs?

      Enfin, certains fumeurs crient à l'intolérance, mais moi je n'ai jamais empêché les fumeurs de venir chez moi et même de fumer. Peut-être ai-je été trop bonace jusqu'à maintenant?

  • Jean Richard - Abonné 19 août 2015 09 h 37

    Le vice et la vertu

    Chassez la religion, elle revient au galop. Or, les religions étaient davantage imbibées de morale que d'esprit religieux. Et avec la morale venaient ces notions de vice et de vertu, la vertu difficile à atteindre et le vice qui nous guette à chaque coin de rue.

    Cette morale, qu'on associe aujourd'hui à la culture pour mieux dissimuler son origine religieuse, elle s'obstine à enfermer le vice et la vertu dans une dualité sans issue. Ou bien la vertu triomphe, ou bien c'est le vice qui le fait.

    Cette approche morale, c'est la même qui fait trop souvent déraper le débat sur l'environnement. À défaut d'un minimum décent de connaissances scientifiques, on préfère identifier collectivement les vices, pour mieux les combattre, en valeureux croisés sauveurs de planète.

    Ce qui vaut pour l'environnment vaut aussi pour la santé. On identifie le vice, on le prend comme cible et on tire dessus à bout portant. Or, le vice identifié n'est pas nécessairement le plus dangereux. Il est tout simplement le plus facile à descendre – car on ne résiste pas à la tentation de choisir les proies les plus faciles à chasser.

    En matière non seulement de santé mais aussi de confort, on a fait un grand pas en interdisant la fumée du tabac dans les espaces publics fermés (que ce soit des autobus, des trains, des avions, des restos ou des commerces). Bien peu de gens souhaiteraient que l'on fasse marche arrière sur cette question. Mais à l'extérieur, il faudrait se demander si l'esprit chasseur de vice n'est pas en train de prendre le dessus sur la raison.

    Un corps humain, c'est comme un moteur à combustion interne : ça aspire de l'air, de l'azote et de l'oxygène surtout, et ça rejette à la place du gaz carbonique et de la vapeur d'eau – et des microparticules s'il s'agit d'un fumeur, d'un cocktail de gaz irrespirables s'il s'agit d'un véhicule moteur. L'humain aspire quelques litres à la minute, la voiture quelques mètres cubes. Or, on s'attaque au premier et on pardonne au second

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 19 août 2015 10 h 13

      «on s'attaque au premier et on pardonne au second.»
      Pendant ce temps-là, bien assis sur les terrasses, les non-fumeurs respirent à pleine gueule les tuyaux d'échappements des multiples autos et camions. Attention, ceux-ci seront dans leur mire aussitôt ce dernier combat gagné.

      PL

    • Sylvain Dionne - Inscrit 19 août 2015 12 h 04

      Faux débat
      Je me suis senti concerné par le problème des carburants fossiles bien avant la fumée de cigarette! J'ai même été impliqué politiquement pour contrer l'utilisation excessive de l'automobile et pas du tout contre le tabac. Je pense que les fumeurs projettent leur haine envers les non fumeurs plutôt que sur les vrais responsables: les fabricants de cigarettes et leur propagande. Pour ma part, tout ce que je veux c'est de respirer de l'air sain. Et je n'ai jamais eu de voiture non plus. Les non fumeurs sont peut-être plus cohérents qu'on ne le pense ou que l'on veut bien croire? Penser qu'il s'agit d'une croisade digne de l'Inquisition me semble relever de la paranoïa. En bref, pour moi les ennemis communs sont toutes les compagnies produisant des substances polluantes et nocives pour la santé et dépensant une fortune dans la propagande, le lobbying et la démagogie

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 19 août 2015 13 h 37

      « les fumeurs projettent leur haine envers les non fumeurs » Attention de ne pas fair de déconstruction ici; ce ne sont pas les non-fumeurs qui ont été évacués des places publiques. D'accord, nous étions très présent, mais ce sont nous qui furent oustés. Et il semble que ce ne soit pas fini. Ne me cherchez pas sur une terrasse, je n'y vais pas non plus, j'ai compris.

      Bonne journée.

      PL

    • Sylvain Dionne - Inscrit 19 août 2015 15 h 09

      à M. Lefebvre,

      Vous dites que vous avez été "oustés"? Bien, je me demande comment on appelle cela quand pendant des décennies la seule option de ne pas respirer de fumée était de ne pas aller au restaurant, ni sur les terrasses, ni dans les magasins, ni au travail ni chez le médecin (avant les années 70), ni partout en fait!!! Pouvez-vous m'expliquer en quoi respirer de l'air sans fumée peut-être pire que de respirer de force de la fumée? Il faudrait que 80% de la population endure à cause d'un problème de dépendance du 20% qui reste?

      Que proposez-vous de votre côté pour éviter que d'autres respirent la fumée secondaire (à part de rester chez soi, on s'entend)? Si vous avez une solution, j'en serai le premier content. Déjà que j'étais de votre bord en protestant contre l'interdiction de la cigarette électronique qui était pour moi (et peut-être pour vous aussi) une véritable bénédiction littéralement. Pouquoi ne pas faire front commun à ce sujet? Vraiment, j'aimerais bien car les meilleurs amis que j'ai eu sont fumeurs (même si on n'a pas la même opinion sur tout) mais la fumée (la vraie) me rend malade (sans blague)! Je n'ai jamais formellement milité contre le tabac car j'estime que les problèmes de dépendance sont complexes et encore une fois la responsable est l'industrie du tabac.

      J'avoue que je comprends tout de même la frustration qu'on peut ressentir en focalisant l'attention plutôt sur la victime du tabagisme. En fait, vous et moi sommes les victimes pendant que l'industrie et les gouvernements sont morts (en attendant la nôtre, la vraie) de rire en continuant de faire encore des milliards à nos dépens.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 19 août 2015 18 h 16

      «en continuant de faire encore des milliards à nos dépens.»
      Ils ne font sûrement pas un sous noir à votre dépend. Quand à moi, j'accepte ma décision.

      «Que proposez-vous de votre côté pour éviter que d'autres respirent la fumée secondaire (à part de rester chez soi, on s'entend)?» Ma part est faite, je suis beaucoup pour la responsabilité personnelle et j'hésite toujours à imposer sur quiconque ma vision des chose.

      Bonne journée.

      PL

    • Sylvain Dionne - Inscrit 19 août 2015 21 h 48

      À M. Lefebvre,

      Donc vous ne fumiez pas dans les endroits publics quand c'était permis pour ne pas imposer votre vision des choses (ou votre fumée) aux autres? Et vous parliez de déconstruction? Vraiment dommage que nous ne pouvions trouver un terrain d'entente. C'est donc un débat stérile que je ne poursuivrai pas davantage. Il ne reste qu'à vous souhaiter bonne chance!

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 20 août 2015 11 h 04

      Le terrain d'entente est tout trouvé, monsieur, je ne vais plus nul part, vous avez gagné.

      Note : Quand je fumais en place publique, c'était permis.

      Bonne chance à vous aussi.

      PL

  • Yves Corbeil - Inscrit 19 août 2015 10 h 55

    L'hypocrisie...

    Derrière ces lois bidons pour préserver l'économie et l'emploi du tabac me rends finalement plus malade que le tabac lui-même.

  • Pierre Fortin - Abonné 19 août 2015 11 h 18

    Pourquoi faire simple quand on peut compliquer les choses?

    Pourquoi cet entêtement à imposer ses volontés à tous? Est-il vraiment nécessaire de rechercher la pierre philosophale dans ce dossier?
    Les tenanciers de restaurants ou de bars sont déjà assujettis à la réglementation qui interdit l'usage du tabac à l'intérieur de leurs établissements. Plutôt que d'imposer la rectitude à tous, pourquoi ne pas laisser le libre choix aux clients de ces établissements. La loi pourrait tout simplement obliger le commerçant à déterminer lui-même si sa terrasse est à l'usage, ou non, des fumeurs, à l'identifier clairement comme telle et laisser faire le libre marché.
    Chacun assumerait ainsi son libre choix de fréquenter le lieu. Présumerait-on de son incapacité à le faire? Le seul risque encouru serait alors celui du tenancier qui verrait sa clientèle fluctuer ou pas.
    Le libre marché n'est-il pas la panacée si chère aux libéraux?

    • Sylvain Dionne - Inscrit 19 août 2015 13 h 21

      Et si on ne veut pas respirer la fumée? Pourquoi 20% (plus ou moins) de la proportion de la population qui fume devrait imposer leur volonté et leur fumée qui se dissipe partout au 80%? Il me semble que l'entêtement vient de l'autre côté!