Le ministre Barrette imposé aux étudiants de médecine

Le ministre Barrette donnera une conférence à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre Barrette donnera une conférence à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

Des étudiants de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal sont obligés d’assister à une conférence donnée par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, sur l’avenir de la médecine au Québec. Cette situation sème la pagaille dans les milieux de stage et est décriée par plusieurs médecins et étudiants qui tentent d’organiser la riposte, a appris Le Devoir.

En début de semaine, un groupe d’étudiants de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal a reçu une convocation à assister à une allocution du ministre Gaétan Barrette sur « le rôle du médecin et l’avenir de la médecine au Québec » qui aura lieu lundi prochain. Le message, envoyé par courriel par la direction des programmes, est on ne peut plus clair : « La présence à cet événement est obligatoire. » Aux responsables des stages, on précise que « les externes seniors seront libérés de stage et tenus d’assister à cette présentation si leur milieu de stage est à moins de 50 km de Montréal ».

À l’Université de Montréal, le responsable des communications, Mathieu Filion, se défend en affirmant que l’obligation ne s’applique pas à tous. « Les seuls qui ont été convoqués sont les externes seniors. [Pour] les autres, il n’y a aucune convocation obligatoire. C’est pour beaucoup une question d’horaire. Pour les externes de 4e année, c’était plus simple. Ils vont commencer à pratiquer très bientôt, on [la faculté de médecine] trouvait que c’était plus important pour eux d’apprendre un peu ce que le ministre a à dire. »

Selon lui, il s’agit d’une décision qui appartient uniquement à la Faculté de médecine. Les autres étudiants ont été invités sans obligation. Certains auront des « absences motivées », alors que les résidents pourront être « libérés » s’ils souhaitent assister à cette activité ministérielle.

Perturbations

Selon la Dre Louise Lemay, qui enseigne la médecine familiale à l’Université de Montréal, ces absences vont avoir un impact sur l’organisation du travail. « Ça dérange. Les externes donnent des soins aux patients, ils font du sans rendez-vous, ils font de la prise en charge avec nous, donc ça dérange dans notre unité s’ils ne sont pas là. »

De plus, la date du 24 août, retenue pour la conférence, tombe précisément sur la journée d’accueil pour les stagiaires. « Les gens ont trouvé que ça n’avait pas de bon sens d’être avertis 10 jours d’avance […] Ça perturbait vraiment beaucoup certains gros milieux universitaires. Les externes n’auront pas leur accueil, pour nous, ça a des impacts au niveau clinique et au niveau pédagogique, surtout en médecine, où tout est tellement prévu d’avance parce que nos horaires ne sont pas faciles [à gérer]. »

Au-delà de tous les inconvénients techniques, c’est l’idée même d’obliger les étudiants à assister à une conférence du ministre de la Santé qui la perturbe. « J’ai aussi un gros problème avec le fait que ce soit obligatoire, surtout pour une conférence du ministre de la Santé. Je comprends que certaines choses soient obligatoires lorsque c’est en lien avec le programme pédagogique, mais là, cette conférence, ça n’a aucun lien avec le cursus […] Ça donne vraiment l’impression qu’on rend ça obligatoire pour être certain qu’il y ait du monde dans la salle ! »

 

Mobilisation

Elle n’est pas la seule à avoir des problèmes avec le côté obligatoire de cette activité ministérielle. « Je suis extrêmement mal à l’aise qu’un groupe d’étudiants soit contraint d’assister à cette conférence. C’est une chose que le Dr Barrette donne son opinion dans les médias, c’est une autre chose de forcer les étudiants en médecine à l’écouter, dénonce un résident sous le couvert de l’anonymat. Ce sont des étudiants en formation, qui n’ont pas encore forgé leur opinion [sur la branche de la médecine dans laquelle ils vont faire carrière]. Le ministre va leur imposer sa vision des choses, qui n’est pas partagée par l’ensemble de la communauté médicale. Je n’ai pas l’impression que c’est une vision réaliste qui va leur être présentée, mais plutôt une vision erronée, une vision très sombre qui va décourager les étudiants de choisir la médecine familiale. »

Sur la page Facebook du Regroupement des médecins omnipraticiens contre une dictature en santé, qui regroupe plus de 3500 médecins, résidents et externes opposés au projet de loi 20, plusieurs partagent leur indignation devant une telle opération politique. « J’ai bien hâte de voir quel brainwash il va leur faire », écrit un internaute. « Barrette devrait être convoqué à une rencontre obligatoire qui lui expliquerait le rôle d’un bon ministre de la Santé », commente un autre.

Déjà, la riposte s’organise. « Il faut préparer de quoi, écrit un membre. Il est impossible de manifester dans le hall d’honneur, je commencerais par demander à tous de mettre leur macaron/t-shirt anti-loi 20. »

La mobilisation passe principalement par le site du regroupement, confirme la Dre Lemay. « On est en train de voir comment on va se mobiliser contre ça. Il va y avoir quelque chose, mais on en est vraiment aux balbutiements. »

Bien que le passage du ministre Barrette à l’Université de Montréal soulève la controverse auprès d’une certaine clientèle opposée à ses politiques, certains disent toutefois vouloir profiter de sa présence pour lui poser « les vraies questions ».

Le ministre Barrette sera à la Faculté de médecine de l’Université McGill le lendemain.

15 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 19 août 2015 03 h 02

    Docteur Renard...

    Et maintenant, nous nous retrouvons ainsi aux "meilleures heures" de tout régime totalitaire, qu'il soit de droite ou de gauche.
    Que le ministre prononce une allocution est une chose qui peut ne pas être condamnable, dans la mesure où d'un, lui et son gouvernement ne s'y improvise pas comme les représentants attitrés d'un avenir qui dépasse largement leur très court mandat électif (gouvernement élu par moins d'une électeurs sur trois...) et de deux, toutes les exigences d'une démocratie sont respectées.
    Certainement pas le cas actuel des choses...
    Après les tentatives multiples et variées de contrainte des étudiants par la force publique, eux qui sont pourtant adultes, vaccinés, électeurs et parfois même payeurs d'impôts rappelons-le, voici maintenant seln moi, qu'arrive l'obligation d'assister pour eux à une tentative de manipulation politique selon moi, aussi grosse que grossière. Et où, seuls les naïfs peuvent en douter, seront certainement présentés glorieusement les grands avantages de la privatisation d'un système de santé publique qu'il nous a fallut 50 ans pour construire tous ensemble.
    J'espère que nos jeunes futurs médecins ne se laisseront pas manipuler sans réagir !
    Parce que docteur Renard sur une universitaire tribune perché, n'y tiendra en son bec absolument rien d'autre, qu'un message flatteur et très bien léché...

    Tourlou !

  • Denis Paquette - Abonné 19 août 2015 03 h 46

    Quel aplatventrisme

    Comment peut on manquer de jugement a ce point , pour voire si le ministre de la santé dans ce dossier est celui qui a raison, quel dérapage d'extrême droiture et de trafique d'influence et ca se dit responsable de formation

  • William Dufort - Abonné 19 août 2015 06 h 40

    Méthode soviétique

    Est-il aussi obligatoire pour les étudiants d'applaudir à tout rompre, de pleurer de joie, voire de s'évanouir à la vue du ministre des ministres?

  • Josée Duplessis - Abonnée 19 août 2015 07 h 14

    mort de rire….

    Ils devraient en profiter pour parler de son avenir....aucun.
    Remplir la salle, ça a été ma première réflexion.Il fera du pouce sur l'idée ques les étudiants sont venus en grand nombre l'écouter avec intérêt...

  • François Dugal - Inscrit 19 août 2015 07 h 30

    La profession

    Monsieur le ministre Barette "donne" ses directives aux futurs médecins : bienvenue dans "la profession".