L’arrivée de la pilule abortive est saluée... et contestée

Déjà autorisée dans près d’une soixantaine de pays, ce n’est plus qu’une question de temps avant que la RU-486 soit disponible au Canada. Après de deux ans et demi d’étude, Santé Canada a confirmé mercredi soir que la pilule abortive pourra être obtenue sur prescription d’un médecin.

« C’est une excellente nouvelle pour les femmes canadiennes », s’est réjouie la Dre Édith Guilbert, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec. Cette spécialiste des questions de contraception et d’avortement attendait cette autorisation avec impatience, plus de 25 ans après qu’un premier pays — la France — l’ait approuvée.

« Il était grand temps qu’on approuve cette méthode », a quant à elle déclaré Vicki Saporta, présidente et directrice générale de la Fédération nationale de l’avortement (NAF) et de sa branche canadienne, NAF Canada. La venue de la pilule abortive au pays signifie pour elle que les Canadiennes auront dorénavant accès à « la meilleure option » en matière d’avortement médical.

Une méthode efficace et sécuritaire

Une femme était morte d’une infection bactérienne en 2001 lors d’un essai clinique du RU-486. « Il faut savoir que l’on a changé l’administration du médicament, qui est maintenant pris par voie buccale plutôt qu’intravaginale », explique Mme Guilbert. Elle assure que les risques de cette approche médicamenteuse sont très faibles, comme en atteste l’usage très répandu à travers le monde. « Quand on compare avec les risques de l’accouchement, ils sont de 5 à 9 fois moindres », détaille-t-elle.

Selon cette médecin, plusieurs femmes préféreraient cette méthode, qui permet d’avorter dans l’intimité de sa maison et d’éviter l’anesthésie associée à l’avortement chirurgical. Les femmes continueront de pouvoir recourir à la méthode de leur choix.

En France, la moitié des interruptions volontaires de grossesse sont effectuées de cette façon. Autorisée depuis 15 ans aux États-Unis, la pilule abortive y est utilisée dans près du quart des avortements survenant avant neuf semaines de grossesse.

Linepharma International, la compagnie à l’origine de la demande à Santé Canada, a annoncé que le lancement était prévu pour janvier 2016. Commercialisé sous le nom de « Mifégymiso », le produit combine en fait deux substances, soit le mifépristone et le misoprostol.

Dans la mire des groupes pro-vie

Les groupes qui militent contre l’avortement voient d’un très mauvais oeil la venue de cette pilule au Canada. En 2014, l’organisme Campaign Life avait notamment tenu un point de presse 2014 et fait circuler une pétition qui visait expressément à faire interdire la RU-486. Ce groupe la qualifie de « pesticide humain ».

Deux ministres conservateurs questionnés au sujet de la décision de Santé Canada se sont montrés évasifs.

Le ministre fédéral de la Justice, Peter MacKay, a affirmé que ces questions devaient être adressées à Rona Ambrose. Il a ajouté : « Il est préférable de garder pour soi les opinions personnelles. »

La ministre fédérale de la Santé, Rona Ambrose, a quant à elle dirigé les journalistes vers le ministère lui-même, notamment vers les scientifiques qui gèrent le processus d’approbation réglementaire.

La condamnation la plus forte est venue d’un député conservateur de la Saskatchewan.

« Il s’agit d’une combinaison dangereuse de produits qui détruit les tissus dans l’utérus d’une femme dans le but de tuer son enfant à naître, a dit David Anderson par communiqué. Je suis extrêmement déçu que Santé Canada juge cela acceptable pour les Canadiens », a déclaré David Anderson par voie de communiqué.

Étape par étape

L’avortement médicamenteux induit une fausse couche en déstabilisant l’intérieur de l’utérus.

Un premier comprimé de mifépristone est pris en présence du médecin. Cette molécule bloque l’action de la progestérone, une hormone indispensable à la grossesse.

24 à 48 heures plus tard, la femme prend un second médicament, le misoprostole. Il potentialise alors l’expulsion du foetus, qui survient peu de temps après.

Sept jours plus tard, la femme rencontre à nouveau son médecin pour un examen de suivi.

La pilule abortive est à ne pas confondre avec la contraception orale d’urgence, aussi appelée « pilule du lendemain ». En prenant cette dernière, dans les cinq jours qui suivent une relation sexuelle non protégée, elle empêche un ovule potentiellement fécondé de s’implanter dans l’utérus.
7 commentaires
  • Richard Bérubé - Inscrit 31 juillet 2015 06 h 17

    Choix difficile qui revient à la femme!

    Contrairement à ce qu'on pourrait penser ce n'est pas la pillule du lendemain et ça restera un cas de décision très difficile laissé à la femme. Et si le député David Anderson dit vrai que ce produit affecte sérieusement les tissus de l'utérus, ce produit ne sera surement pas pris à la légère....peut-être alors que les méthodes contraceptives seraient préfèrables....bonnes chances mesdames...

    • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 31 juillet 2015 09 h 53

      Pourquoi la décision ne concerne pas le papa, un peu responsable de tout cela, après tout???

    • Richard Bérubé - Inscrit 31 juillet 2015 12 h 10

      Parce que Madame Bouchard j'imagine que la pluspart du temps c'est la femme qui est pris avec cela...probablement le gars a cris.. le camps et c'est une jeune fille et principalement c'est l'affaire de la femme....je me rappelle ou il y avait un tarlais (Tremblay je crois) qui c'était rendu en cour, c'est pour cela Madame Bouchard....j'ai aussi lu vos commentaires de pro-vie....vous dites aussi que vous êtes une espèce de (Jesus Freak), un conseil en passant dirigez votre vie et laissez les autres diriger la leur....

  • Bernard Terreault - Abonné 31 juillet 2015 07 h 34

    La question à se poser

    Pourquoi si tardivement au Canada en comparaison des autres pays, y compris les ÉU, que nous imitons généralement?

    • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 31 juillet 2015 09 h 55

      Parce que notre premier ministre depuis une décennie est un évangéliste.

      Par chance, parfois au lieu de nous rendre plus attardés, ça nous rend plus " humains"...

  • Michel Lebel - Abonné 31 juillet 2015 08 h 53

    Pas fort!

    Pas bien courageux le ministre sortant Pierre MacKay! Il est vrai qu'il n'a jamais rien dit de remarquable dans sa longue carrière. Un politicien sans envergure.

    Michel Lebel

  • Maryse Veilleux - Abonnée 31 juillet 2015 21 h 33

    Signature...

    Les ministres ont beau se dérober, c'est certain que la ministre de la santé aura signée pour permettre l'entrée de ce médicament au Canada. Les fonctionnaires n'ont pas l'autorité de permettre une action de ce genre.