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VIH: la thérapie hâtive a des vertus insoupçonnées

Les résultats présentés à Vancouver cette semaine marquent un tournant dans la lutte contre le sida.
Photo: Michaël Monnier Le devoir Les résultats présentés à Vancouver cette semaine marquent un tournant dans la lutte contre le sida.

Il semble qu’une bonne nouvelle ne vienne jamais seule. Les résultats dévoilés cette semaine à Vancouver sur l’avantage marqué des thérapies précoces chez les patients séropositifs démontrent que cette approche permet non seulement de réduire la progression du VIH, mais aussi de diminuer les cancers, les crises cardiaques et d’autres maladies graves comme la tuberculose chez les personnes infectées.

« Ce sont de très bonnes nouvelles, car on a longtemps pensé qu’il y avait des effets toxiques aux antirétroviraux. Or, l’étude prouve que les bénéfices dépassent de loin les effets néfastes et cela milite en faveur d’un accès immédiat à la thérapie précoce pour tous les patients », a expliqué mercredi au Devoir le Dr Anthony S. Fauci, le directeur du National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID) des Instituts de santé des États-Unis, qui a assuré la majeure partie du financement de l’étude START.

En effet, l’infection au VIH entraîne chez les personnes séropositives une défaillance du système immunitaire, mais aussi des malaises cardiaques, des défaillances rénales, associées à une condition inflammatoire généralisée.

En comparant le groupe des patients séropositifs traités dès le diagnostic à un groupe de contrôle dont les individus ont été traités seulement quand leur compte de globules blancs avait chuté sous un certain seuil (sous les 350 CD4/mm3), les chercheurs de l’étude START (Strategic Timing of AntiRetroviral Treatment) ont constaté une baisse de 39 % des maladies non liées au sida dans le premier groupe. Or, à l’heure actuelle, les directives de santé de la plupart des pays prônent encore d’attendre que le compte de globules blancs tombe sous la barre des 350 CD4 avant d’entreprendre un traitement.

Un tournant

Les résultats présentés à Vancouver cette semaine marquent un tournant dans la lutte contre sida. À tel point qu’un chercheur de New York a soutenu mercredi, lors de la dernière journée de la 8e Conférence de l’Association internationale sur le sida (IAS), qu’aux États-Unis, un jeune séropositif de 20 ans avait probablement désormais une plus longue espérance de vie qu’un jeune non infecté.

« Un collègue américain a affirmé que les jeunes patients infectés fidèles à leur traitement peuvent espérer vivre 79 ans, plutôt que 75 ans pour les jeunes non infectés non suivis par un médecin. Les progrès accomplis dans le traitement du sida sont remarquables. Le meilleur message à retenir de ce congrès, c’est que si vous êtes diagnostiqué aujourd’hui, la meilleure journée pour amorcer un traitement, c’est aujourd’hui ! » a insisté le Dr Mark Wainberg, professeur et directeur du centre sur le sida à l’Université McGill et à l’Hôpital général juif.

L’étude START a révélé que les bénéfices liés au traitement précoce se sont confirmés chez tous les groupes d’âge, autant chez les personnes à faible revenu qu’à revenu moyen, et ce, dans toutes les régions géographiques. Déployée dans 215 sites et 35 pays à travers le monde, l’étude START a été réalisée auprès de 4685 hommes et femmes adultes infectés par le VIH, âgés en moyenne de 36 ans.

« Cela va dramatiquement changer le traitement des patients partout dans le monde, car tous les gouvernements devraient maintenant s’assurer que les patients qui ont un résultat positif ont accès à une thérapie dès leur diagnostic », a soutenu le Dr Fauci. Ce changement de cap pourrait entraîner une hausse de 40 % des patients traités aux États-Unis, estime-t-il, puisque seulement 60 % des malades qui se savent infectés reçoivent une telle thérapie actuellement.

À l’issue de ce congrès, le Dr Wainberg s’affiche lui aussi très optimiste. À son avis, les avancées des dernières années ont permis de déstigmatiser les patients séropositifs et permettent d’espérer des traitements visant la guérison complète d’ici 10 ans.

L’étude prouve que les bénéfices dépassent de loin les effets néfastes

Impacts d'une thérapie hâtive (START)

Sur les maladies liées au sida - 72 %

Sur les maladies non liées au sida - 39 %

(Cancers, maladies cardiovasculaires ou rénales)