Une étude marquante... mais sans suite

Les statistiques démontrent que 20 % de la population canadienne souffre d’hypertension.
Photo: Franz Rido Getty Images Les statistiques démontrent que 20 % de la population canadienne souffre d’hypertension.

Une étude prouvant la capacité d’un programme de prévention à réduire de près de 10 % les hospitalisations dues aux maladies cardiovasculaires, réalisée par un chercheur du Centre de recherche du CHUM, vient d’être hissée parmi les 20 publications les plus marquantes des 20 dernières années par le très prestigieux coeurBritish Medical Journal (BMJ).

En effet, un comité de sages réuni par la revue britannique a inclus la semaine dernière cette étude dans une poignée de publications jugées marquantes pour la pratique médicale des deux dernières décennies. Parmi ces études triées sur le volet, on retrouve celles ayant permis d’établir un standard pour définir l’obésité juvénile et même l’enquête ayant mis au jour les thèses frauduleuses du Dr Andrew Wakefield liant l’autisme à la vaccination.

Comme nul n’est prophète en son pays, on a très peu entendu parler des travaux du Dr Janusz Kaczorowski, aujourd’hui directeur de la recherche au Département de médecine de famille et médecine d’urgence de l’Université de Montréal. Ce dernier étudie depuis près de 15 ans l’impact de la prévention sur la santé de personnes atteintes de conditions chroniques, dont l’hypertension artérielle et le diabète.

Une étude-choc

En 2011, le Dr Kaczorowski publiait dans le BMJ les résultats d’un programme de prévention mené pendant un an auprès de plus de 16 000 patients hypertendus de plus de 65 ans dans 39 communautés de l’Ontario, soit 25 % de la population âgée. En gros, l’étude concluait qu’un simple suivi de l’hypertension mené par des bénévoles dans la communauté pendant 10 semaines permettait de faire chuter de 9 % les hospitalisations dues aux crises cardiaques, aux infarctus et aux accidents vasculaires cérébraux !

« La tension artérielle est quelque chose d’asymptomatique, donc il est rare que les gens se présentent pour ça chez le médecin. Quand ils le font, c’est qu’ils ont déjà des problèmes de santé. C’est pourquoi ce programme a permis d’identifier des gens qui se croyaient en santé, mais qui ne l’étaient pas, et de modifier leurs habitudes de vie en conséquence », explique le chercheur.

Les observations des bénévoles étaient ensuite envoyées aux médecins pour la confirmation d’un diagnostic et aux pharmaciens des patients participant à l’étude. « Souvent, la mesure de l’hypertension faite lors d’une seule visite médicale n’est pas conforme à la réalité. Il faut prendre plusieurs mesures pour être précis. Parfois, des patients sont médicamentés pour hypertension, alors qu’ils n’en souffrent même pas ! », déplore ce chercheur.

Une étude ultérieure a par la suite permis de mesurer que chaque dollar investi dans ce genre de programme communautaire épargnait au moins deux dollars en frais d’hospitalisation. « Un seul accident vasculaire cérébral peut entraîner des coûts hospitaliers de 20 000 $ et de graves séquelles par la suite », estime le Dr Kaczorowski.

Les gouvernements font la sourde oreille

Malgré les résultats spectaculaires obtenus lors des études menées d’abord en Ontario, puis en Colombie-Britannique et en Alberta, les gouvernements n’ont pas jugé bon de financer ce genre d’initiatives. Et ce, bien que les statistiques démontrent que 20 % de la population souffre d’hypertension. « Plusieurs médecins sont sceptiques quant à cette façon de faire, où les bénévoles jouent un rôle majeur. Les décisions prises dans notre système de santé sont souvent politiques et pas faites en fonction de données probantes », pense ce chercheur.

Pour l’instant, les programmes démarrés l’ont été grâce aux fonds de recherche octroyés par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Au Québec, un premier projet-pilote a été lancé l’hiver dernier à Laval. « À notre connaissance, c’est le seul programme communautaire qui a pu démontrer un impact aussi important sur la morbidité et la mortalité cardiovasculaire, et nous sommes très heureux de pouvoir offrir ce programme au Québec », affirme la Dre Marie-Thérèse Lussier, chercheuse participant au Programme de sensibilisation à la santé cardiovasculaire et médecin de famille au CSSS de Laval.

5 commentaires
  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 juillet 2015 09 h 21

    Une étude sans suite?


    Vraiment...

    " Au Québec, un premier projet-pilote a été lancé l’hiver dernier à Laval. "

    Ah oui, je vois... c'est l'IRSC qui l'a lancé. D'où il faut sans doute déduire que Québec boude le programme... à défaut d'en être informés par l'auteure, qui a dû faire des pieds et mes mains pour s'enquérir de la chose au MSSS. Sans succès.

    • Pierre Hélie - Inscrit 19 juillet 2015 07 h 07

      C'est un gaspillage éhonté de fonds de recherche, puisque la recherche a déjà été faite (remarquez que la grande majorité des conclusions des études cliniques en médecine humaine sont fausses, pour différentes raisons...). Ça sent au mieux le conservatisme et au pire (encore) le corporatisme.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 19 juillet 2015 10 h 37

      Pourriez développer un peu plus?

    • Pierre Hélie - Inscrit 19 juillet 2015 11 h 24

      Pour les études cliniques, vous pouvez commencer par Ioannidis: http://journals.plos.org/plosmedicine/article?id=1
      mais vous pouvez aussi lire David Newman, Malcolm Kendricks et plus près de chez nous Fernand Turcotte (et j'en passe).
      Pour le corporatisme, qui n'est bien sûr pas exclusif aux médecins, il me semble assez plausible que, comme d'habitude, on s'oppose encore à ce qui met en péril un tant soit peu la mainmise de la profession médicale sur la santé (en passant, j'applaudis ce médecin chercheur). Aussi, si cette étude avait conclu qu'il faille donner des hypertenseurs à la majorité de la population (comme le délire des statines), je crois que les conclusions auraient été acceuillies comme parole d'évagile.

  • Josée Duplessis - Abonnée 19 juillet 2015 07 h 16

    M. BArrette aurait intérêt à donner des sous pour la prévention.