Les médecins de famille recrutent à toute vitesse

Le projet de loi 20 n’est pas encore adopté, mais déjà, les médecins québécois semblent avoir fait un effort dans la dernière année pour augmenter leur clientèle régulière.
Photo: Thinkstock Le projet de loi 20 n’est pas encore adopté, mais déjà, les médecins québécois semblent avoir fait un effort dans la dernière année pour augmenter leur clientèle régulière.

Le nombre de patients inscrits à un médecin de famille à Montréal a fait un bond spectaculaire de 15 % dans la dernière année, rattrapant rapidement la moyenne québécoise, qui a, elle aussi, légèrement augmenté, selon les derniers chiffres du ministère de la Santé obtenus par Le Devoir.

Le projet de loi 20, qui vise à améliorer l’accès à un médecin de famille, n’est pas encore adopté, mais déjà, les médecins québécois semblent avoir fait un effort dans la dernière année pour augmenter leur clientèle régulière.

En effet, selon les chiffres du ministère de la Santé compilés par la chercheuse Mylaine Breton, de l’Université de Sherbrooke, le nombre de Québécois ayant un médecin de famille est passé de 65 à 68 % dans la dernière année, soit une hausse de 3 %.

Et c’est dans la métropole que l’on peut voir la hausse la plus fulgurante. L’an dernier encore, un peu moins de la moitié de la population montréalaise était inscrite à un médecin de famille. Entre le 1er avril 2014 et le 31 mars 2015, la moyenne montréalaise est passée de 49 à 64 %. Avec une telle hausse, la métropole, qui était en queue de peloton, n’est plus qu’à quelques points de la moyenne nationale. « C’est énorme, note la chercheuse, mais c’est là où il y avait le plus de potentiel [d’amélioration]. Si la région de Montréal continue à cette vitesse, elle va dépasser les autres. »

 

Circonstances favorables

Mais cette augmentation importante n’est pas uniquement attribuable à une meilleure prise en charge, estime Mylaine Breton. « Ça s’explique probablement par une formalisation d’un lien qui existait déjà entre le patient et le médecin. » Selon elle, plusieurs médecins, et plus particulièrement à Montréal, suivaient des patients sur une base régulière sans pour autant les avoir officiellement inscrits sur leur liste à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). « Historiquement, les médecins n’inscrivaient pas leur clientèle parce qu’ils trouvaient que c’était de la paperasse pour rien. Ils suivaient donc leur patient sans passer par cette formalité. Sauf que maintenant [avec le projet de loi 20], cette formalité est utilisée comme moyen de négociation, alors il y a de la pression sur les médecins pour qu’ils inscrivent officiellement leurs patients sur les listes gouvernementales. »

Ainsi, le projet de loi 20 a créé un « momentum » qui pousse les médecins à faire reconnaître leur travail auprès d’une clientèle régulière, d’autant plus qu’ils savent que leur performance sera évaluée par Québec sur le nombre de patients qu’ils suivent.

Recul dans les Laurentides

Malgré une avancée dans presque toutes les régions du Québec, et indépendamment du projet de loi 20, certaines régions accusent toujours un important retard. Certaines affichent même une diminution du nombre d’inscriptions par rapport à l’an dernier. C’est le cas notamment en Montérégie et dans Lanaudière. Mais c’est dans la région des Laurentides que l’on observe le recul le plus important, avec une diminution des inscriptions de 11 %. La région des Laurentides est désormais bonne dernière au Québec, alors qu’à peine 53 % de sa population a accès à un médecin de famille.

Ces reculs sont principalement attribuables à des départs à la retraite et au décès de patients, note la chercheuse Mylaine Breton. « Les nouveaux médecins de famille font moins de prise en charge [de patients], ils veulent faire de l’urgence et de l’hospitalisation, ils n’ont pas le goût de se lier à une population. »

À ce rythme, il sera donc difficile pour les médecins d’arriver au chiffre magique de 85 % d’ici le 31 décembre 2017, comme promis par la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) dans l’entente conclue avec le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, ajoute-t-elle. « Ça, c’est la grande question de l’heure […]. C’est difficile à prédire, mais si les nouveaux médecins ne font pas plus de prise en charge, on n’y arrivera pas. Il va vraiment falloir orienter leur pratique, car si les médecins sortants, qui sont ceux qui suivent vraiment des patients en première ligne, partent à la retraite et se font remplacer par des juniors qui ne font pas de prise en charge, l’équation ne tient pas. »

De 65 % à 68 %
Variation dans la dernière année de la proportion de Québécois ayant un médecin de famille
5 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 3 juillet 2015 07 h 58

    "Qu'ossa donne"

    Un médecin "de famille" avec lequel on ne peut avoir de rendez-vous avant deux ans, "qu'ossa donne"?

  • Bernard Terreault - Abonné 3 juillet 2015 08 h 15

    L'important

    Pour les 20 à 50 ou 60 ans en assez bonne santé, ce n'est pas d'un "médecin de famille" qui nous voit régulièrement aux 3, 6, 12 ou 24 mois dont on a besoin mais d'un médecin pour nous traiter promptement dans les urgences, accidents, poussée de fièvre chez son enfant, etc.

  • Jean-François Trottier - Abonné 3 juillet 2015 08 h 37

    Suivez mon regard

    Ces chiffres sont impressionnants et semblent apporter une bonne nouvelle du point de vue des gens, mais....

    Mais ça confirme encore la mainmise de la santé, pardon, de la maladie par les médecins, laissant quelques symboles aux autres professionnels, j'insiste sur professionnels, de la maladie et de la santé.
    Oui, santé. Parce que ceux qui ont charge d'améliorer la santé sociale, i.e. l'intervention préventive, sont formés en équipes où le médecin n'a ni plus, ni moins d'importance que les autres. Cette partie de la santé s'amenuise chaque mois, malgré de belles tentatives, à Québec entre autres.

    Même si cette la prise en charge dont on parle dans cet article est souhaitable, tout ceci ne règle qu'une partie de ce qui compte, et en retour recentre les budgets vers le médecin de famille dans sa clinique. Selon que celui-ci surfacturera plus ou moins, selon qu'il saura abuser mieux des patients que son voisin, on sera peu ou prou poussé vers le privé tout en douceur.

    Faut pas s'y tromper, Barette a donné un immense élan en ce sens. Chaque geste qu'il pose mène à transformer le système de maladie public en médecine de brousse, et au privé la santé... financière. Le tout, encore plus centré autour du médecin.

    Malgré le bon augure qu'ils trompettent, ces chiffres confirment aussi la tendance.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 3 juillet 2015 17 h 09

      La santé est actuellement au privé : Psychologue, kinesiologue, accuponcture, chiropratique, nutritionniste,...

      Les médecins sont formés pour traiter la maladie et le font très bien. C'est aussi aux gens d'investir dans leur santé...ils mettent généralement plus d'argent sur leur automobile.

    • Jean-François Trottier - Abonné 4 juillet 2015 08 h 42

      Il y a des des centaines de professionnels qui ne sont pas des médecins et qui oeuvrent dans les hôpitaux. Tous, quelque soit leur éducation qui parfois dépasse celle des spécialistes, dépendent des décisions de ceux-ci.

      D'autre part, les médecins, c'est connu, médicalisent beaucoup trop. Je n'ai pas les statisiques ici mais c'est aberrant. Tout ça souvent par peur de la poursuite.

      Même si je souhaite une décentralisation verts les cliniques, la façon dont c'est fait, entre autres en refusant de réglementer la facturation, mène à une privatisation par la bande, où seuls les soins les plus triviaux seront couverts. De la médecine de brousse, je répète.

      Enfin, les généralisations dont vous vous targuez portent un nom : sophisme. Je renchéris : mépris.