La Chine décide d'abattre 10 000 civettes

Confiscation de civettes à Guangzhou.
Photo: Agence Reuters Confiscation de civettes à Guangzhou.

En décidant d'abattre 10 000 civettes, les autorités chinoises soulignent le lien possible entre la contamination par le virus du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) et la consommation de viande sauvage. Mais elles révèlent aussi que le commerce d'animaux sauvages a pris une ampleur qui pose des problèmes sanitaires nouveaux tout en menaçant la survie de nombreuses espèces.

La décision de Pékin découle d'une étude menée en mai 2003 par des scientifiques de l'université de Hongkong et le Centre de prévention et de contrôle des maladies de Shenzen. Analysant des spécimens d'animaux collectés sur un marché de Canton, ils avaient constaté que la civette (Viverra civetta) hébergeait un coronavirus présentant une séquence génétique quasi identique à celle du coronavirus du SRAS. Il en allait de même pour un autre animal, le chien viverin, et, à un moindre degré, pour le furet.

Si la prudence conduit à interdire la consommation de la civette, les spécialistes soulignent qu'on ne peut pas affirmer que le mammifère est à l'origine de l'épidémie. En effet, les animaux étudiés ont été prélevés sur le marché, où ils ont pu être contaminés par d'autres espèces. «Les marchés d'animaux en Chine ne présentent aucune hygiène», dit Pierre Formenty, un expert de l'Organisation mondiale de la santé. «Les animaux sont entassés les uns contre les autres, on y mélange toutes sortes de mammifères, ainsi que des reptiles.»

Demande croissante

Par ailleurs, si environ un dixième des civettes consommées sont prélevées dans la nature, les autres proviennent d'élevages qui se sont beaucoup développés depuis une quinzaine d'années pour répondre à une demande croissante. On ne sait donc pas si l'éventuel foyer du coronavirus se situe dans la nature ou dans des fermes.

Le mystère du SRAS n'est donc pas éclairci par la civette, même si le lien avec la consommation d'animaux paraît très probable. Cependant, «la consommation de la civette n'est qu'une partie d'un problème plus large», explique au téléphone Samuel Lee, du bureau de Hongkong de l'organisation Traffic, qui étudie le commerce de la faune. «La Chine consomme les animaux sauvages à des niveaux insoutenables. Cela est dû à l'enrichissement du pays, qui permet aux gens d'acheter toujours plus de ces viandes.»

Ces mets rares sont appréciés pour recevoir des amis ou des relations d'affaires. Si les statistiques fiables font défaut, l'ampleur de ce commerce ne fait pas de doute et menace déjà plusieurs espèces. Comme la Chine importe la faune d'Asie, voire d'Amérique latine, la menace déborde largement ses frontières. Les tortues d'eau douce ont ainsi quasiment disparu de Chine et seraient en danger dans toute l'Asie tandis que la consommation d'ailerons de requin, de serpents et de concombres de mer fragilisent ces familles.

Le prélèvement sur la faune sauvage n'est cependant pas propre à la Chine et les problèmes de santé ne se limitent pas au SRAS: la contamination par le virus Ebola, qui a encore provoqué la mort de 29 personnes, fin 2003, au Congo, est liée à la consommation de viande de gorille, indique Pierre Formenty, tandis qu'une épidémie de variole aux États-Unis, heureusement non mortelle, début 2003, a été associée à l'importation de rats de Gambie qui ont transmis le virus dont ils étaient porteurs à des chiens de prairie. Le SRAS pourrait conduire Pékin à réglementer plus efficacement le commerce de la faune. Il devrait aussi mener la Chine à appliquer des normes de traçabilité et d'élevage plus strictes et plus proches des standards européens. La crainte du SRAS pourrait aussi détourner les consommateurs de ces viandes peut-être dangereuses. Mais les naturalistes s'inquiètent d'un nouveau danger: «Depuis l'épidémie, dit Samuel Lee, les gens consomment plus d'herbes médicinales pour être en forme. Et cela pourrait menacer plusieurs plantes rares, comme les réglisses qui poussent dans des zones désertiques.»