Une pollution verte?

À Montréal, le temps de pollinisation de l’herbe à poux est passé de 40 à 68 jours entre 1994 et 2002, selon le ministère de la Santé.
Photo: Archives Le Devoir À Montréal, le temps de pollinisation de l’herbe à poux est passé de 40 à 68 jours entre 1994 et 2002, selon le ministère de la Santé.

Le pollen, bien que naturel, est curieusement appelé à devenir un agresseur de plus en plus puissant dans les villes. Si l’allergologue français Pierrick Hordé parle de « pollution verte », c’est que les pollens à la source de réactions respiratoires indésirables se combinent à la pollution et à plusieurs autres facteurs pour former un cocktail explosif.

Dans la mesure où 25 à 30 % de la population est désormais allergique aux divers pollens, la hausse des températures entraînée par le réchauffement climatique n’augure rien de bon. La durée de la période des pollinoses, favorisée par des saisons plus chaudes, a augmenté d’environ 20 jours en 20 ans. À Montréal, le temps de pollinisation de l’herbe à poux est passé de 40 à 68 jours entre 1994 et 2002, selon le ministère de la Santé.

C’est pourquoi plusieurs allergologues européens mènent une guerre acharnée contre la plantation intensive d’espèces hautement allergènes en milieu urbain, sans commune mesure avec leur concentration normale en milieu naturel. De mauvaises décisions publiques, voire une indifférence à l’égard de cet enjeu de santé, aggravent le problème.

« L’homme a passablement changé le paysage, notamment en plantant des quantités de bouleaux en milieu urbain, et, dans le sud de la France, des allées de thuyas et de cyprès, deux espèces hautement allergènes. Cela fait 20 ans qu’on alerte les autorités de ce phénomène, mais personne n’intervient », déplore le spécialiste.

Loin de blâmer les efforts déployés pour verdir les villes, les spécialistes montrent du doigt les espèces choisies sans distinction. La vogue des graminées, ces herbes qui ondoient joliment sous le vent, a comme contrecoup l’augmentation marquée des symptômes allergiques en milieu urbain. « Ces herbes folles que plantent les municipalités produisent dix fois plus de pollen que les arbres », soutient ce médecin dans Le livre noir des allergies.

D’ailleurs, des jardins « non allergènes » ont éclos ces dernières années en Angleterre et en Australie, favorisant la plantation d’espèces pollinisées par les insectes plutôt que par le vent. Car le propre des variétés allergènes est de produire des grappes de petites fleurs ou des chatons, des plumeaux ou des aigrettes, pour disperser leur pollen le plus loin possible dans l’environnement.

À l’inverse, les plantes regorgeant de nectar et de fleurs voyantes pour attirer abeilles ou papillons afin d’assurer leur reproduction produisent moins de pollen susceptible de déclencher des réactions indésirables.

Arbres et plantes allergènes

Bouleau, cèdre, cyprès, orme, frêne, chêne, saule, graminées, ambroisie (herbe à poux)

Plantes non allergènes

Tulipes, phlox, roses, hydrangées, myosotis, hostas