Hypoallergènes: gare aux imposteurs

La mention « hypoallergène » ne garantit pas l’innocuité des produits.
Photo: Thinkstock La mention « hypoallergène » ne garantit pas l’innocuité des produits.

Tout comme l’écoblanchiment (greenwashing), la vogue des produits « hypoallergènes » est dopée par l’augmentation en flèche des allergies. Pourtant. L’étiquette « anti-allergie » brandie sur nombre de produits cosmétiques ne garantit en rien leur innocuité. Une étude italienne a même démontré que 11 % des utilisateurs testés sont allergiques… à des produits naturels.

« Le marché profite de la montée des allergies. Mais les labels hypoallergènes sont souvent faux et n’ont aucune valeur réglementaire », affirme l’allergologue Pierrick Hordé. Il souligne que des allergènes notoires se retrouvent autant dans certains produits bios que dans des crèmes, savons et autres produits censément « hypoallergènes » ou « doux pour la peau ».

Sur les milliers de composés chimiques utilisés par l’industrie cosmétique, plus d’une centaine seraient à éviter. En France, d’ici la fin de 2015, la loi obligera les fabricants à afficher sur leurs étiquettes 80 produits potentiellement allergènes, dont un tiers sont aussi utilisés en cosmétique naturelle.

Parmi ces indésirables, les parabens, ces perturbateurs endocriniens, interdits en Europe dans plusieurs produits pour enfants. Cet agent de conservation utilisé dans 80 % des produits est devenu le paria de l’industrie depuis 2005. Or il a été massivement troqué depuis contre le méthylisothialinone (MIT), qui s’est avéré pire.

En 2013, des dermatologues européens ont sonné l’alarme après une vague « sans précédent » de réactions au MIT et de cas graves d’eczéma.

On évalue à 10 % la proportion des personnes allergiques à ce composé chimique, aujourd’hui interdit par l’Union européenne dans les produits sans rinçage, comme les crèmes, les parfums, les éléments de maquillage et d’autres cosmétiques.

Autre mythe déboulonné : la vogue des vaporisateurs et diffuseurs de bonnes odeurs destinés à « purifier » l’air. Bourrés de COV, ces produits, même naturels, sont particulièrement néfastes pour les personnes asthmatiques, insiste le Dr Hordé. « Ils aggravent les allergies déjà présentes, et même les diffuseurs d’huiles essentielles, pourtant naturelles, émettent aussi des COV. »

Si, en Europe, les produits doivent porter une cote COV, la loi canadienne n’oblige pas les fabricants à indiquer la teneur en COV de leurs produits.