Une nouvelle méthode pour détecter les enfants souffrant de l'apnée du sommeil

Des cliniciens de l'Hôpital de Montréal pour enfants ont mis au point une méthode permettant de dépister très rapidement les formes graves d'apnée obstructive du sommeil chez un enfant. Grâce à ce diagnostic précoce, il deviendra alors possible de procéder dans les plus brefs délais à une chirurgie qui enrayera les conséquences néfastes de ce syndrome qui peut compromettre la croissance et le développement global de l'enfant.

Contrairement au syndrome de mort subite du nourrisson qui survient durant la première année de vie, voire plus fréquemment entre le deuxième et le sixième mois, le syndrome d'apnée obstructive du sommeil (SAOS) dont souffre 1 à 2 % de la population enfantine peut se manifester entre l'âge de deux et sept ans. La gêne respiratoire qui le caractérise est consécutive à une hypertrophie des amygdales et des végétations adénoïdes, deux tissus localisés au fond de la gorge — dans le nasopharynx —, et qui fabriquent des lymphocytes, cellules responsables de l'immunité.

«Chez certains enfants, l'excroissance des amygdales et des végétations adénoïdes est telle que, durant le sommeil, les voies respiratoires deviennent complètement obstruées, ce qui provoque une apnée du sommeil», précise le Dr Robert Brouillette, professeur de pédiatrie à l'Université McGill et l'un des auteurs de l'article faisant état de cette découverte dans la revue Pediatrics. «Cette occlusion peut survenir une centaine, voire un millier de fois par nuit. Durant chaque épisode, le niveau d'oxygène dans le sang chute et l'enfant doit se réveiller pour rétablir la circulation de l'air au sein de ses voies aériennes et ainsi se sauver la vie.»

Ponctué de multiples événements d'apnée, le sommeil de l'enfant est alors agité et peu salutaire. Le coeur écope ainsi d'une surcharge et la croissance de même que le développement de l'enfant s'en trouvent perturbés.

Pour confirmer le diagnostic du SAOS chez un enfant qui présente les symptômes prédisposants, que sont le ronflement et les difficultés respiratoires pendant le sommeil, on doit le soumettre à des séances d'enregistrement durant une nuit complète dans un laboratoire spécialisé du sommeil à l'hôpital. Or, «cette démarche est très onéreuse, car elle requiert un équipement coûteux et nécessite la présence de plusieurs techniciens pour garder les enfants durant toute la nuit. De plus, l'accessibilité à ce test est réduite par une liste d'attente d'un an», souligne le pédiatre.

C'est principalement pour éviter ce délai prolongé que les chercheurs du Centre universitaire de santé McGill se sont appliqués à mettre au point une méthode à la portée de tous les parents et qui permet de déceler les cas les plus graves par une simple manipulation effectuée à la maison. Dénommée «oxymétrie de pouls», la méthode fait appel à un dispositif qui mesure la concentration d'oxygène dans le sang en projetant un faisceau lumineux sur un orteil de l'enfant pendant qu'il dort.

Lorsque nous arrêtons de respirer pendant un bon moment, nous devenons bleu en raison d'un déficit en oxygène, explique le Dr Brouillette. L'hémoglobine qui transporte l'oxygène passe en effet du rouge au bleu selon qu'il véhicule ou pas des molécules du gaz. En mesurant la colorimétrie du sang, le dispositif permet ainsi de détecter les chutes d'oxygène dans le sang lorsque les voies respiratoires sont bloquées durant le sommeil.

Si ces baisses d'oxygénation sont nombreuses et prononcées durant une même nuit, on en conclut que l'enfant est atteint d'une forme grave d'apnée du sommeil et on peut dès lors procéder à l'ablation des amygdales et des végétations adénoïdes, chirurgie qui permet de rétablir une respiration normale durant le sommeil et, de ce fait, d'éliminer les épisodes d'apnée.

Les parents peuvent venir emprunter le dispositif à l'hôpital, le poser sur l'orteil de leur enfant durant la nuit, et lorsqu'ils le rapporteront à l'hôpital le matin suivant, le médecin pourra voir sur son ordinateur les niveaux d'oxygène et le pouls du jeune patient qui auront été enregistrés sur une puce de mémoire intégrée au dispositif, décrit le pédiatre. Le diagnostic peut ainsi être établi en l'espace de 24 heures, épargnant du coup une longue attente aux enfants lourdement handicapés.

Le diagnostic n'est généralement pas facile à effectuer compte tenu du fait qu'environ 10 % des enfants ronflent, prévient le Dr Brouillette. «Il n'est pas évident de départager les enfants qui présentent un simple ronflement de ceux qui souffrent d'apnée du sommeil», explique-t-il avant de préciser que, contrairement à la rumeur, l'absence d'amygdales et de végétations adénoïdes ne prédispose pas davantage les enfants aux infections bactériennes et virales.