Le tarif des rendez-vous annuels pourrait devenir dissuasif

Pour décourager la pratique des examens annuels pour les patients en pleine santé, considérés comme « inutiles » et « à proscrire » par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) songe très sérieusement à revoir la tarification de ces actes pour les médecins. Et si cela ne suffit pas, Québec s’en chargera, promet le ministre.

« Si vous êtes insuffisant cardiaque, c’est bien évident qu’il va y avoir des rendez-vous périodiques. Mais les rendez-vous annuels, au sens du check-up, c’est à proscrire, soutenait le ministre Barrette en entrevue au Devoir récemment. C’est une source de revenus programmés inutile ; c’est une dépense inutile pour l’État. »

Le ministre estime que les rendez-vous annuels vont diminuer de façon graduelle au fur et à mesure que les médecins de famille vont adapter leur pratique vers l’accès adapté, qui va leur permettre de prendre plus de patients et de voir ces derniers lorsqu’ils en ont vraiment besoin, et non seulement une fois par année lors d’un rendez-vous pris des mois à l’avance. Si cela ne suffit pas, le ministre Barrette entend prendre les grands moyens. « L’article 39 du projet de loi 20, qui visait à intervenir dans la grille tarifaire des médecins, c’était pour me donner le pouvoir unilatéralement de changer ça [les rendez-vous annuels], parce que c’est inutile. Et mon pouvoir, c’est d’abolir le tarif de ça ou de le rendre extraordinairement régressif sur une période de cinq ans. Alors, les leviers sont tous là. »

Grille tarifaire

D’ici là, la FMOQ entend prendre des mesures pour décourager ces pratiques. « Il y a une tendance, dans la littérature médicale, à dire que ce n’est peut-être pas les meilleures pratiques dans un système où le temps du médecin est compté, c’est clair qu’il faut regarder ça », confirme Jean-Pierre Dion, porte-parole de la FMOQ.

« Ce qu’on n’encouragera certainement pas — et qui existe actuellement —, ce sont des plages horaires remplies six mois à l’avance avec des examens annuels. Ça, c’est clair que ce n’est pas ce qu’on veut et que c’est ce que l’on veut changer comme type de pratique. »

Un des moyens envisagés, c’est de réduire les tarifs liés à ces activités. Comme les médecins sont payés à l’acte, cela pourrait devenir un incitatif intéressant, précise M. Dion, lançant au passage que c’était l’idée de Gaétan Barrette. Le moment est bien choisi puisque la FMOQ entame justement un chantier sur la révision des grilles tarifaires pour les médecins en cabinet. « On pourrait avoir le choix de le plafonner ou de le geler [le tarif de l’examen annuel] et d’augmenter les autres tarifs, ce qui pourrait être perçu comme plus incitatif. »

De nombreuses études ont démontré que les examens annuels ne contribuaient pas à l’amélioration de l’état de santé de la population. L’Association médicale canadienne recommande aux patients de voir leur médecin de famille « seulement en présence de symptômes ou de facteurs de risque ».

4 commentaires
  • Carol Patch-Neveu - Inscrite 2 juin 2015 14 h 01

    Plein de bon sens, mais...

    Est-ce qu'on se penchera aussi sur un autre fait de nature à hausser les coûts au chapitre des tests diagnostiques ? De sources sûres, j'ai récemment appris à mon grand étonnement que la prescription de radiographies simples de la part d'omnipraticiens, œuvrant en cabinet ou dans une urgence, incitait certains radiologistes à ne pas respecter à la lettre telle prescription et à procéder plutôt à un examen à résonance magnétique, lequel n'est pas nécessairement justifié cliniquement et beaucoup plus cher. Est-ce que le Dr Barrette, radiologiste, accordera une attention particulière à ce qui risque de devenir une pratique courante et trop coûteuse ?

    Carol Patch-Neveu.

  • Michel Coron - Inscrit 2 juin 2015 16 h 22

    Mon docteur a toujours raison !

    Mon doc planifie un an à l'avance 4 rencontres annuelles avec examen annuel en juin de chaque année. Or, par hasard, il arrive qu'à chacune de ces visites, je suis en pleine forme pour mes 78 ans mais que des problèmes surgissent assez fréquemment entre ces rencontres.
    J'ai fait part à mon docteur de l'absurdité d'un pareil système qui m'amène invariablement à l'urgence pour une simple prescription d'antibiotiques. Ne serait-il pas plus logique, lui dis-je, de donner 4 "vouchers" pour l'année et qu'en tant que patient je pourrais utiliser en situation d'urgence pour le consulter. Rien n'y fit.
    Nos médecins d'aujourd'hui sont devenus nos curés d'autrefois. En tant que patient, je suis d'emblée un ignoble ignare. Et gare à vous si vous osez proposer une solution qui pourrait diminuer d'un iota les généreux émoluments que lui procurent mes impôts.

  • Loyola Leroux - Abonné 2 juin 2015 21 h 38

    Recompenser ceux qui n'utilisent pas le systeme de santé

    Pourquoi ne pas donner 100$ par année, ou plus. comme crédit d’impots, a ceux qui ne fréquentent pas de médecin, qui s’occupent de leur santé, font de l’exercice, etc. ?

  • Cécile Gauthier - Abonnée 2 juin 2015 22 h 21

    Inutiles vous dites??

    J'ai toujours pensé que le médecin devait avoir comme objectif de garder les gens en santé, être proactif plutôt que réactif. J'ai l'habitude de rencontrer mon médecin une fois l'an et je suis une personne active, de poids santé, je ne fume pas, je fais de l'exercice et je stimule mes neurones. J'arrive toujours avec une courte liste de points à discuter brièvement dans son cabinet. Or, cette année, lors de ma visite annuelle, on a détecté un carcinome basocellulaire sur mon visage. Et si je n'étais pas allée consulter????? Je crois que le système côutera beaucoup plus cher encore si on attend d'être tres malade pour aller rencontrer son médecin. Le vieux dicton est toujours vrai: vaut mieux prévenir....alors M. Barrette, aurais-je dû demeurer chez moi?????

    C. Gauthier, abonnée