Les climatosceptiques ne font pas recette au Québec

Campagne de publicité de Friends of Science en novembre 2014
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Campagne de publicité de Friends of Science en novembre 2014

Les publicités trompeuses de Friends of Science ont fait réagir de nombreux Québécois, et ce ne serait pas sans raison. « Au Québec, l’opinion publique est vaccinée contre les climatosceptiques. Les médias, et surtout la presse québécoise, n’embarquent pas dans ces campagnes niant les changements climatiques », avance Sebastian Weissenberger, professeur en sciences de l’environnement de l’UQAM.

Au congrès de l’ACFAS qui a eu lieu la semaine dernière à Rimouski, Sebastian Weissenberger a présenté la conférence « Le climatoscepticisme : quels vecteurs, quelles influences et quelle légitimité ? » Une comparaison des sphères anglophones et francophones.

Bonne nouvelle, le Québec fait bande à part. Alors que 50 % des Américains doutent des changements climatiques et bon nombre de Français aussi, les Québécois semblent épargnés. « Il n’y a pas ici de scientifiques, ni de médias, pour véhiculer les messages des climatosceptiques, contrairement aux grandes figures américaines influençant l’opinion. La population est donc peu exposée aux messages négationnistes. D’où sans doute, la nécessité pour les climatosceptiques de faire passer leur message par la publicité », explique-t-il.

Pas de Claude Allègre, de Marcel Leroux et autres « vedettes négationnistes » au Québec donc, ni de grandes campagnes destinées à convaincre un vaste public, ce que le chercheur appelle le « Denial Machine », ou machine de la négation.

Opérant aux États-Unis, en Australie et au Canada, ce système bien rodé repose sur un réseau de production et de diffusion de messages et d’informations climatosceptiques, relayés par la chaîne de télévision Fox News, le quotidien The Sun et même le National Post, mais aussi par des climatosceptiques professionnels – le plus souvent payés par l’industrie pétrolière — et des politiciens ayant embrassé la cause.

Cette machine table aussi sur le pouvoir de propagation d’Internet. « Même les scientifiques formés ont du mal à combattre cette machine de diffusion, alors comment voulez-vous que le grand public parvienne à se faire une idée claire? », indique le chercheur.

La campagne de publicité de Friends of Science n’a pas surpris le chercheur. Il la juge peu originale, tout comme le récent rapport des climatosceptiques canadiens soutenant que les changements climatiques, c’est fini ! « C’est assez amateur et ça comporte de nombreuses erreurs scientifiques de base », note-t-il. Il souligne d’ailleurs le rôle essentiel des journalistes et des communicateurs scientifiques pour combattre ces fausses affirmations. « Il faut laisser les intermédiaires vulgariser, car les scientifiques ne sont pas toujours à l’aise pour se lancer dans l’arène. »

4 commentaires
  • Jacques Boulanger - Inscrit 1 juin 2015 08 h 14

    Ça ne passe pas

    Étonnant tout de même, vu que les Québécois sont prêts à gober n'importe quoi. Faut dire aussi que toutes nos têtes d'affiche environnementalistes par définition ont le haut du pavé dans les médias et que leurs opposants, quand il y en a, passent pour d'heureux hurluberlus. Même pour l'auditoire des radio-x, le message des «Friends of Science» ne passe pas. C'est vous dire.

  • Normand Chaput - Inscrit 1 juin 2015 12 h 57

    oui mais

    J'ai horreur de me faire dire quoi penser. J'aime bien par ailleurs avoir les deux côtés de la médaille. On parle beaucoup de sujets qui sont portés sans questionnement par les médias. Celui qui ose poser une question sur le réchauffement de la planète est un dangereux impie qu'il faut absolument faire taire.

    Pourtant j'attends encore des nouvelles des pluies acides des années 70 et de la couche d'ozone des années 90.

    • André Chevalier - Abonné 1 juin 2015 16 h 53

      Dans le cas des pluies acides comme dans celui de la couche d'ozone on en parle moins parce que l'industrie s'est adaptée et que la situation s'améliore. En général on parle peu de ce qui va bien.

  • Bernard Terreault - Abonné 1 juin 2015 13 h 37

    Dans l'intérêt de la rigueur scientifique

    Il n'y a aucun doute que la Terre se réchauffe toujours, c'est très facile à mesurer. Il n'y a que des menteurs professionnels pour le nier. Pour ce qui est de la cause du réchauffement, toutes les indications sont à l'effet que c'est principalement l'effet de serre dû au CO2. En effet le taux de CO2 est facile à mesurer et il augmente toujours, et l'effet de serre est un phénomène physico-chimique rigoureusement établi. De plus, personne n'a trouvé d'autre explication scientifiquement étayée. C'est donc sûr à 99.9%, mais pas une certitude scientifique dans le sens où on pourrait calculer précisément son ampleur à partir de formules mathématiques rigoureusement établies en physique et en chimie.