15 ans de collaboration en français

Martine Letarte Collaboration spéciale
Le 6e congrès international du Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l’espace francophone se tiendra à Montréal, du 31 mai au 5 juin.
Photo: SIDIIEF Le 6e congrès international du Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l’espace francophone se tiendra à Montréal, du 31 mai au 5 juin.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l’espace francophone (SIDIIEF) célèbre cette année son 15e anniversaire. Bilan et perspectives.

Lorsqu’elle était à la tête de l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec (OIIQ), Gyslaine Desrosiers a assisté à un congrès, tenu à Vancouver, du Conseil international des infirmières, qui a son siège social à Genève. Il n’y avait pratiquement pas de portion francophone dans le cadre de l’événement. Pourtant, on y trouvait plusieurs participants issus de pays francophones et l’envie d’échanger et de collaborer en français était bien présente. C’est ainsi qu’a germé l’idée du SIDIIEF. Quinze ans plus tard, l’organisme compte des membres dans une trentaine de pays et tente de contribuer à l’amélioration de la productivité des systèmes de santé en réalisant différentes recherches, en prenant position sur des enjeux et en faisant rayonner des experts francophones.

« La mondialisation permet notamment de faire le pont entre des collègues francophones de différents pays », constate Gyslaine Desrosiers, présidente du SIDIIEF.

Pourtant, en 2000, ce pari n’allait pas de soi.

« À ce moment-là, on commençait à parler de mondialisation, il y avait beaucoup de grandes conférences internationales aux États-Unis et c’était comme si tout devait dorénavant se passer en anglais », se souvient Gyslaine Desrosiers.

Les membres fondateurs du SIDIIEF, l’OIIQ et l’Institut et Haute École de la santé La Source à Lausanne, en Suisse, avaient envie d’une autre voie.

« Nous avions la même vision, notamment sur l’évolution de la profession », indique Mme Desrosiers, devenue consultante après deux décennies passées à la tête de l’OIIQ.

Universitarisation de la formation

La question du développement de la formation universitaire en sciences infirmières était très importante pour les deux membres fondateurs de l’organisation internationale.

« Le SIDIIEF soutient une thèse majeure, à savoir qu’il n’y a pas et n’y aura pas d’universitarisation de la formation infirmière sans que le système soit bâti sur trois cycles universitaires », indique Jacques Chapuis, vice-président du SIDIIEF et directeur de l’Institut et Haute École de la santé La Source.

Le SIDIIEF a réalisé une étude comparative des différentes pratiques dans le monde francophone. « Le mémoire souligne aussi de nombreuses études, notamment américaines, qui ont démontré que les équipes soignantes d’infirmières formées dans un cursus universitaire dès la formation de base sont plus performantes, indique M. Chapuis. On constate une nette diminution de la mortalité postopératoire à 30 jours, de la durée des hospitalisations, du nombre de réhospitalisations, du nombre de complications, etc. Nous souhaitons donc relever que la formation des infirmières est un investissement et non une simple dépense. »

Le Québec offre des programmes aux trois cycles universitaires en sciences infirmières depuis plusieurs décennies. La Suisse francophone a réalisé le virage en 2008, mais, dans le reste de la francophonie, la situation est très variable.

« La France, par exemple, a lancé un grade licence
sans réellement construire les trois cycles ni intégrer la formation au sein de l’université », indique M. Chapuis.

Toutefois, dans différents endroits, la situation continue d’évoluer.

« Le Liban, par exemple, offrira très bientôt une filière universitaire de trois cycles », indique M. Chapuis.

« La création du SIDIIEF a donné un lieu d’échange sur les façons de faire et a permis la rencontre de personnes-clés pour développer de nouvelles formations », remarque Gyslaine Desrosiers.

Partenariats et événements

Parmi les membres du SIDIIEF, on retrouve notamment plusieurs établissements de formation. Puis, l’organisation internationale peut compter sur plusieurs membres promoteurs au Québec, dont les consortiums McGill, Montréal, Sherbrooke et Laval formés par les universités et leurs établissements de santé affiliés.

Un congrès international se tient tous les trois ans.

« En 2009, à Marrakech, notre congrès a vraiment pris un envol, puisqu’il était parrainé par la femme du roi du Maroc, la princesse Lalla Salma, ambassadrice de bonne volonté de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) contre le cancer, et elle a à coeur la formation des infirmières au Maroc », indique Mme Desrosiers.

Puis, en 2012, le congrès a eu lieu à Genève, en Suisse, avec l’appui de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF).

« Cela a été un appui moral important, indique Mme Desrosiers. L’AUF a fait de la formation des infirmières une priorité. Cette année-là, en fait, on a eu plus de 100 appuis formels. Ce fut un grand mouvement international pour le développement des compétences des infirmières. »

Le réseautage réalisé lors des événements du SIDIIEF a permis à différents projets de se réaliser.

« J’ai vu une infirmière clinicienne du CHUM spécialisée en diabète donner de la formation au Gabon ; c’est fascinant, ce qu’on peut faire lorsqu’on n’a pas la barrière de la langue, affirme Mme Desrosiers. Ce genre d’expérience est extraordinaire sur les plans professionnel et personnel. Le partage a une valeur inestimable. »

Recherche et prise de position

Les grands événements internationaux sont importants pour le SIDIIEF, mais l’organisation souhaite faire davantage. Elle aimerait bien réaliser plusieurs initiatives de coopération Nord-Sud, mais, actuellement, le financement pour ce genre de projet se fait rare. Le SIDIIEF a donc décidé d’augmenter son impact en réalisant des recherches et en prenant position sur différents enjeux liés au domaine de la santé, pour tenter de faire avancer des choses.

Par exemple, un mémoire sur la qualité des soins et la sécurité des patients sera présenté lors du congrès cette année. Pour le réaliser, une équipe interuniversitaire de chercheurs québécois a eu le mandat de réaliser une revue de la littérature portant sur les indicateurs reconnus comme sensibles à la qualité des soins infirmiers et de vérifier l’usage de ces indicateurs dans différents pays.

« Nous souhaitons que ces indicateurs soient de plus en plus utilisés aussi dans un but de comparaison, explique Gyslaine Desrosiers. C’est en se comparant à d’autres qu’on sait si on est bon ou pas. Il y a des coûts à la non-qualité des soins ; l’OMS dit qu’elle peut coûter jusqu’à 10 % des coûts du système de santé. En publiant cette documentation, nous voulons parler de qualité des soins et de sécurité des patients de façon structurante, pour avoir un impact. »

Le SIDIIEF compte près de 1900 membres à travers le monde.