La grande réforme

Sophie Suraniti Collaboration spéciale
Odette Mwamba Banza
Photo: Archives Le Devoir Odette Mwamba Banza

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie

En République démocratique du Congo, la profession infirmière est à deux doigts d’obtenir la révision, la reconnaissance et la valorisation de son statut. Un cheval de bataille pour la création d’un ordre professionnel, auquel participe Odette Mwamba Banza comme déléguée de la profession infirmière au Conseil économique et social, directrice des soins infirmiers de la Clinique Ngaliema.

« Dans notre pays, la profession infirmière rencontre beaucoup de problèmes. À l’heure actuelle, nous sommes encore gérées par une loi qui a plus de 50 ans », explique Odette. Cette loi de 1952 qui organise les services de santé considère les infirmières comme de simples auxiliaires du médecin, alors qu’elles fonctionnent comme une profession à part entière sur le terrain.

Les infirmières congolaises se battent donc pour réglementer leur profession, obtenir de la reconnaissance. « Nous voulons que les choses soient officialisées. Nous ne voulons plus de confusion de qui est qui et qui fait quoi. »

Structurer la profession permettra ainsi de clarifier le rôle et les responsabilités de chacun, le système de santé congolais étant déficient (laissés aux initiatives privées, les prix des soins sont, par exemple, très variables d’un établissement à l’autre). La requête présentant la réforme de la loi, présentée auprès du gouvernement, vient d’être acceptée. « Nous sommes maintenant à pied d’oeuvre pour que la réforme soit présentée au Parlement pour adoption », précise Odette. L’ordre professionnel deviendrait l’organe de réglementation, un auxiliaire de l’État chargé du contrôle de la profession dans le pays.

Si tout avance comme le souhaite Odette, d’ici à la fin de l’année 2015, l’officialisation de l’ordre professionnel pourrait être annoncée. Un autre grand dossier qui a également nécessité beaucoup de doigté dans sa mise en oeuvre concerne les pratiques en salle d’accouchement de la Clinique Ngaliema, que dirige Odette. Cette clinique, qui existe depuis 1928, a fonctionné jusqu’en 1990 avec la coopération belge. Depuis, elle est passée totalement sous gestion congolaise. « Les hôpitaux qui ne bénéficient pas de subventions de l’État doivent fonctionner avec des fonds propres. D’où les difficultés. On essaie de s’organiser avec ce qu’on a », déplore Odette.

Malgré le manque de moyens criant, celle qui est reconnue pour son dynamisme et son leadership a réussi à mettre en place un projet de renforcement des compétences infirmières accoucheuses au sein de la clinique, de 2009 à 2011. Changer certaines pratiques ne va pas de soi, autant du côté du personnel soignant que des patients. Mais, à la Clinique Ngaliema, depuis l’application du projet, le père assiste à l’accouchement, il coupe le cordon ombilical (laissé à l’air libre) du bébé, le bébé placé sur le ventre de sa maman. De grandes avancées. « Nous sommes le moindre mal », répète Odette. On ne lui souhaite que du bien pour ses futures batailles.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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