Faire reconnaître la contribution des soins infirmiers

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Hélène Salette, secrétaire générale du SIDIIEF
Photo: SIDIIEF Hélène Salette, secrétaire générale du SIDIIEF

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie

Le 2 juin prochain, à l’occasion du Congrès mondial des infirmières et infirmiers francophones, des centaines de professionnels de la santé se réuniront au Palais des congrès de Montréal pour prendre part au troisième Symposium sur la qualité des soins et la sécurité des patients. Ayant fait de la question un enjeu prioritaire et venant tout juste de faire paraître un mémoire sur le sujet, le Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l’espace francophone (SIDIIEF) profitera de l’événement pour amorcer les échanges et faire connaître ses recommandations.

D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à l’échelle internationale, près d’un patient sur dix est victime d’erreurs iatrogènes ayant des conséquences directes sur son état de santé. Ces impairs peuvent prendre la forme d’une intervention injustifiée, d’une faute médicale ou de l’absence de soins appropriés. Ils engendrent plusieurs conséquences néfastes : décès prématuré, perte de la qualité de vie, perte de travail à court et à long terme et charge accrue pour les familles et les proches aidants.

En matière de coûts, le fardeau économique de l’iatrogénie est également important, et ce, partout dans le monde. En effet, selon l’OMS, environ 10 % des dépenses de santé totales des pays seraient imputables au manque de sécurité.

« On a donc tout intérêt à réduire l’incidence de ces événements et à améliorer la qualité des soins offerts », relève Mme Hélène Salette, secrétaire générale du SIDIIEF.

Mais le défi est de taille. Car, dans le contexte mondial actuel, alors que nombre de pays cherchent à atteindre un rapport coût-efficacité optimal pour faire face à la pression presque insoutenable que crée la demande de soins de plus en plus sophistiqués sur les finances publiques, plusieurs États réforment leurs façons de faire en basant leurs décisions sur des considérations économiques sans réellement prendre en compte les résultats des soins.

Aussi, bien qu’il reconnaisse l’importance du contrôle des coûts des services de santé, le SIDIIEF estime que la recherche de performance et la poursuite de la qualité des soins devraient être des objectifs convergents plutôt qu’opposés. Il juge également nécessaire d’établir la contribution de la profession infirmière à la performance des systèmes de soins de santé, notamment en mettant en relief la valeur économique d’une pratique infirmière de qualité.

« La profession infirmière a très souvent été victime de restrictions budgétaires et ça s’est souvent avéré préjudiciable pour les patients, leurs proches et la communauté », indique Mme Salette.

« Il faut savoir que, partout dans le monde, la profession infirmière regroupe les professionnels qui assurent plus de services de santé que tout autre type de fournisseur, tout au long du continuum de soins, poursuit-elle. Il est connu que les effectifs nationaux d’infirmières représentent en général presque 40 % de la masse salariale des dépenses en santé dans les pays développés. Parce qu’elle représente une large part des dépenses en salaires et parce que son travail est perçu comme un appui au service médical, la profession infirmière devient la cible de tentatives répétées de rationalisation, sans que l’impact de ces mesures soit bien analysé du point de vue de la sécurité des patients, de la qualité des soins et de l’efficacité à long terme du système de santé. »

 

Recommandations principales

 

D’après le SIDIIEF, pour que la profession infirmière cesse d’être considérée comme une dépense et que les décideurs la perçoivent davantage comme un levier ayant la capacité de stimuler l’efficacité et l’efficience des systèmes de santé, il importe d’abord et avant tout que sa contribution à la sécurité des patients et à la qualité des soins soit mesurable.

« Sans définir les éléments de corrélation entre la volumétrie et la qualité des soins, les mécanismes décisionnels qui sont derrière la planification des effectifs infirmiers vont demeurer flous et arbitraires. Comme on ne connaît pas le seuil critique d’adéquation des effectifs, la planification des soins infirmiers a tendance à se faire sans prospective », précise Mme Salette.

Pour y parvenir, le SIDIIEF propose d’intégrer aux grandes bases de données internationales des indicateurs de qualité sensibles aux soins infirmiers. Il faut savoir que, depuis le milieu des années 1940, la Classification internationale des maladies (CIM) constitue le noyau dur des bases de données permettant de générer des statistiques médico-administratives et épidémiologiques. La majorité des pays membres de l’OMS ont recours à la CIM. Toutefois, cette banque de données ne codifie pas les indicateurs jugés sensibles aux soins infirmiers (plaies de pression, erreurs d’administration de médicament, infections urinaires par cathéter, chutes, durées du séjour hospitalier et réadmissions).

« Ce que souhaite le SIDIIEF, c’est que la CIM devienne l’outil privilégié pour intégrer les indicateurs reconnus pour être sensibles aux soins infirmiers, puisque les administrations sanitaires de tous les pays l’utilisent. Ça nous permettrait d’obtenir des comparaisons internationales, donc une vision plus globale de la situation, et ça aiderait le développement des bonnes pratiques », confie Mme Salette.

Également, le SIDIIEF souhaite que le potentiel des effectifs infirmiers soit mieux exploité. S’appuyant sur la littérature qui s’intéresse à la valeur économique de l’infirmière, il fait valoir que, pour améliorer leur performance, les systèmes de santé devraient miser davantage sur la profession, notamment sur la portée du champ d’exercice infirmier et sur l’introduction de rôles infirmiers de pointe. Il rappelle que les pays les plus performants sur le plan de la qualité et de l’efficacité des soins sont ceux qui n’ont pas hésité à élargir les rôles professionnels infirmiers dans un nouveau partage des responsabilités entre les médecins et les infirmières.

« Le redéploiement des responsabilités oblige les systèmes de santé à revoir leur définition de la première ligne, note Mme Salette. Il les force à se questionner sur l’accessibilité aux soins et sur leurs façons de faire. Le résultat, c’est que, après ce processus, les systèmes en ressortent mieux adaptés aux réalités actuelles. »

Si la création d’une banque de données internationales comprenant des indicateurs sensibles aux soins infirmiers et l’élargissement des rôles professionnels infirmiers constituent le noyau de sa proposition pour améliorer la qualité des soins et la sécurité des patients, le SIDIIEF formule quelques autres recommandations satellites. Celles-ci se retrouvent dans le mémoire que vient de faire paraître l’organisation (téléchargeable sur son site Internet) et seront abordées lors du Symposium sur la qualité des soins et la sécurité des patients, prévu le 2 juin prochain.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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