La facture de transport explose

À Montréal et à Laval, plusieurs usagers sont privés de transport adapté.
Photo: Katarzyna Bialasiewicz Getty Images À Montréal et à Laval, plusieurs usagers sont privés de transport adapté.

Les usagers des centres de jour ont vu leur facture de transport exploser depuis quelques mois, alors que d’autres ont dû se tourner vers le transport municipal ou leurs proches pour les amener à destination, a appris Le Devoir.

Les centres de jour offrent des soins aux personnes âgées pour les aider à conserver une certaine mobilité et leur permettre de rester plus longtemps à domicile, en plus d’offrir un répit aux proches aidants.

La plupart des établissements de santé, qui gèrent les centres de jour, offrent à leurs usagers un service de transport adapté pour se rendre au centre, et ce, pour quelques dollars par jour.

Or une directive du ministère de la Santé et des Services sociaux a été envoyée l’automne dernier à l’ensemble des établissements du réseau pour les informer qu’en date du 1er janvier 2015, ils devaient augmenter leurs prix à 10 $ par jour pour un aller-retour aux centres de jour.

Dans certains cas, comme à Laval, on passe de 5 $ à 10 $, soit une hausse de 100 % échelonnée jusqu’en 2017, comme en témoigne un document interne obtenu par Le Devoir. Ailleurs, certains payaient aussi peu que 1,50 $.

À Montréal et à Laval, plusieurs usagers se voient tout simplement privés de ce transport adapté.

«Nous avons le regret de vous annoncer que nous sommes dans l’obligation de cesser d’assumer le transport de la clientèle», écrit l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal dans une lettre envoyée aux usagers du centre de jour en septembre dernier.

La majorité des usagers se sont rabattus sur le transport adapté offert par la Ville de Montréal, aidés dans leurs démarches par l’Institut. D’autres ont opté pour se faire accompagner par un proche aidant, celui qui doit justement jouir d’un moment de répit grâce à ces visites. « Une minorité d’usagers » ont choisi de ne plus fréquenter le centre de jour, confirme la porte-parole Frédérique Laurier.

Problème de fournisseurs

Cette situation n’est pas unique. Le CSSS Cavendish à Montréal a lui aussi décidé de diriger une partie de sa clientèle vers le transport municipal. Le problème, plaident les établissements, c’est que le fournisseur de transport adapté autorisé à desservir les établissements de Montréal et de Laval a augmenté ses prix de façon faramineuse l’an dernier, passant de 60 $ à 125 $ l’heure.

Cette situation est inhabituelle en raison d’une position de quasi-monopole, confirme François Lemoyne, directeur général de Sigma Santé, qui gère les appels d’offres groupés pour les établissements de santé du Québec.

C’est la compagnie Medicar qui avait le contrat pour Montréal et Laval depuis 2011. Lorsque Medicar a été rachetée par Groupe Age3 inc., en 2013, le nouveau fournisseur a annoncé son intention d’augmenter ses prix, sans quoi il mettait fin au contrat. « Il n’y avait pas de concurrence, on était dépendants,explique M. Lemoyne. C’est plate, mais c’est ça. C’est pour ça qu’on a accepté une augmentation des tarifs pour une période très limitée. »

Joint par Le Devoir, le directeur général de Groupe Age3, Daniel Canuel, affirme que Medicar « roulait à perte » lorsque Groupe Age3 l’a racheté. Il dit avoir rencontré les directions d’établissement pour leur expliquer la situation, mais confirme que plusieurs ont choisi de mettre un terme au contrat pour le transport des usagers des centres de jour.

« La plupart des centres de jour ont remis en question leurs besoins. Certains ont décidé de faire appel à des taxis, d’autres à leurs bénévoles. »

6 commentaires
  • Carol Patch-Neveu - Inscrite 15 mai 2015 07 h 17

    Mourir la belle affaire, mais vieillir, oh vieillir !

    La politique de maintien à domicile des aînés, souffrant d'une perte d'autonomie et/ou un déficit cognitif, y compris les gens souffrant d'Alzheimer, n'a plus sa raison d'être si l'on perpétue le sous-financement des services comblant tous les besoins essentiels ! En font partie, la stimulation et socialisation auxquelles donne lieu la fréquentation hebdomadaire d'un centre de jour qui ne procure pas qu'un répit à un ou des proche(s), mais retarde l'institutionnalisation des aînés, c'est non pas une dépense mais un investissement, à accroître non à sabrer, une réelle source d'économie. Il faut condamner toute mesure qui puisse obliger nos aînés à renoncer à telle sortie indispensable à leur bien-être ! Ici, on coupe ou augmente le transport, là, par exemple au CSSS La Pommeraie en Estrie, le centre de jour devient une espèce en voie d'extinction. C'est absurde. La population vieillit ! Et qui veut vieillir dans un Québec qui manque autant d'humanisme, qui devient aussi ingrat envers l'âge d'or, en le reléguant au rang des laissés-pour-compte ?! C'est cela la justice sociale du gouvernement Couillard ?!

    Carol Patch-Neveu !

    • Louis Fallu - Abonné 15 mai 2015 09 h 12

      Etes-vous surpris ? Ce gouvernement dirige la main sur le portefeuille et non sur le coeur. Tant pis pour les petites gens. L'utilisateur payeur, voilà le nouveau commandement.

  • Yves Corbeil - Inscrit 15 mai 2015 08 h 14

    Ça ne fait que commencé

    Nous en avons pour quatre ans de Libéraux. Les résultats de leur mesures d'austérités vont nous éclaté à la face pendant ces quatre années mais aussi bien après leur départ.

    Bravo les gens des vraies affaires.

  • Sylvain Auclair - Abonné 15 mai 2015 10 h 09

    Ça, c'est risqué

    En effet, les libéraux attaquent ici leur électorat naturel...

    • Yves Corbeil - Inscrit 15 mai 2015 11 h 51

      Risqué oui, mais 3 autres années comme celle qui vient de passer et ou en serons-nous?

    • Gilles Théberge - Abonné 15 mai 2015 11 h 51

      Mais vous aurez sans doute remarqué qu'apparemment la population supporte les positions du gouvernement.

      Preuve s'il en est que les gens résonnent au nivellement par le bas, et se montrent incapable de réfléchir sérieusement aux conséquences de ces politiques réductrices voire rétrogrades de ce gouvernement.