Les centres de jour en mutation

Un peu partout sur le territoire du Québec, les établissements de santé transfèrent les activités des centres de jour, qui offrent des soins aux personnes âgées et du répit aux proches aidants, vers les organismes communautaires. Cette « réorganisation de l’offre de services » est dénoncée par l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé (APTS).

« Je suis très inquiète, soutient Carolle Dubé, présidente de l’APTS. Ce sont encore des gestes où le gouvernement réduit l’offre de services auprès des personnes âgées. Les établissements de santé essaient de se décharger de certaines activités dans les créneaux de la prévention et, malheureusement, on attaque souvent les mêmes clientèles. »

Les centres de jour dans le réseau de la santé offrent des activités et des soins aux aînés afin de les aider à maintenir leurs capacités physiques et habiletés sociales. Ils sont encadrés par des infirmières, ergothérapeutes, nutritionnistes, physiothérapeutes, travailleurs sociaux, techniciens en loisirs et autres professionnels de la santé. Certains offrent en plus des services spécifiques aux proches aidants. Pour Carolle Dubé, les organismes communautaires n’ont pas toujours l’expertise ni les moyens pour assumer ces nouvelles responsabilités. « On met vraiment les centres de jour à risque. »

À Montréal, dans le quartier Côte-des-Neiges, on vient d’annoncer une « réorganisation des services » de la Halte-Répit du centre de santé et services sociaux (CSSS) Cavendish pour la fin du mois. Selon le porte-parole du nouveau Centre intégré universitaire de santé et des services sociaux (CIUSSS) du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Hugo Larouche, les services seront transférés vers les organismes communautaires « dans un souci d’éviter les dédoublements de services déjà offerts dans le communautaire ». Il répète que ce n’est pas une fermeture. Pourtant, le courriel envoyé aux employés par la directrice du CSSS Cavendish, Cindy Starnino, est clair. « Le Centre de soutien aux proches aidants du CSSS Cavendish fermera malheureusement ses portes le 30 mai 2015 en raison d’un manque de financement. »

Plus efficace

 

Inquiets, plus d’une centaine d’employés de l’établissement ont signé une pétition pour réclamer le maintien des activités dans leur forme actuelle. Selon Patrick Durivage, président de l’exécutif local de l’APTS au CSSS Cavendish, le centre de jour se distinguait par ses horaires flexibles, très appréciés des personnes âgées, et son expertise dans le counselling aux proches aidants. « Ce qu’on offrait était unique. Bien sûr, on peut dire que les gens vont être dirigés ailleurs, mais ce ne sera pas la même chose. Nous sommes reconnus depuis 20 ans pour notre expertise avec les proches aidants. Et ce qui est triste, c’est que ce sont des victimes silencieuses. Les proches aidants, ce ne sont pas eux qui vont aller se plaindre. Ils sont comme des arbres qui tombent sans faire de bruit dans la forêt. »

Pour lui, il ne fait aucun doute que le discours officiel n’est rien d’autre que du « recadrage positif » pour rendre acceptable une fermeture qui ne l’est pas.

Au CSSS Dorval-Lasalle-Lachine, dans l’Ouest-de-l’île, on comptait, il y a deux ans et demi, trois centres de jour. Aujourd’hui, il n’y en a plus qu’un seul, confirme la responsable des communications, Ève Blais. « Nous sommes passés progressivement de quatre jours à deux jours dans certains centres, avant de nous rendre à l’évidence que ça ne marchait plus. Aujourd’hui, nous n’en avons qu’un seul, mais qui opère à plein rendement cinq jours sur cinq. » Ici aussi, certains usagers sont dirigés vers d’autres programmes et dans le communautaire. Selon Ève Blais, la clientèle réclame davantage de services individualisés et la nouvelle offre de services répond mieux à la demande.

Même son de cloche en Outaouais où, depuis les derniers mois, une équipe volante offre des services étalés sur la semaine dans trois centres de jour. « Les horaires sont aménagés différemment, mais on est capable de voir à peu près le même nombre de personnes », se défend le porte-parole Sylvain Dubé.

En Montérégie, la fermeture des centres de jour l’automne dernier dans cinq municipalités — Cowansville, Farnham, Lac-Brome, Bedford et Sutton — a créé un véritable tollé, comme en témoignent les journaux locaux. Là aussi, on parlait d’un « menu de services avec valeur ajoutée » et d’un transfert vers les organismes communautaires. Les maires de plusieurs municipalités ont dénoncé ces fermetures, de même que plusieurs organismes communautaires qui soutenaient ne pas avoir été consultés. Plus de 1700 personnes ont signé la pétition dénonçant l’abandon des services des centres de jour. En février dernier, le CSSS La Pommeraie soutenait avoir bonifié son offre pour les anciens usagers des centres de jour. Le CIUSSS de l’Estrie, dont relève le CSSS La Pommeraie, n’était pas en mesure de répondre aux questions du Devoir.

Bas-Saint-Laurent

 

Au Bas-Saint-Laurent, on comptait, jusqu’en avril dernier, huit centres de jour dont les services étaient offerts par les établissements de santé, dont Rimouski, Matane, Trois-Pistoles et Rivière-du-Loup. Ces centres de jour sont remplacés par des « centres de jour communautaire » qui offriront des « services centrés sur les besoins de la clientèle », explique Cathy Bérubé, directrice des programmes de soutien à l’autonomie des personnes âgées pour le CISSS du Bas-Saint-Laurent. Une partie du personnel sera affectée à ces nouveaux centres de jour communautaires pour offrir la partie dédiée aux soins thérapeutiques, précise-t-elle.

Les autres missions des centres de jour, soit les besoins de répit et de socialisation des personnes âgées, seront assumées entièrement par le communautaire. « Nous avons observé certaines lacunes dans l’offre de services en CSSS. Pour certains usagers, c’était quasiment comme un abonnement puisque la moyenne régionale était de 11 ans de fréquentation, alors qu’avec les services qui sont offerts par des professionnels du réseau, on devrait atteindre des objectifs à caractère thérapeutique à l’intérieur d’une année. »

Pierre Blain, du Regroupement provincial des comités des usagers, note lui aussi un glissement vers le communautaire, sans toutefois être capable de quantifier l’ampleur du phénomène. Pour lui, toute la différence se situe justement dans les différentes missions. « Il faut être vigilant. Dans certains cas, si la mission va au-delà des soins, je ne veux pas dire que c’est légitime, mais je comprends qu’il faut faire des choix. Mais pour les soins, ça, il ne faut pas y toucher. Et un soin de santé, ça doit être donné par un professionnel de la santé. »

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