Québec doit confier plus de responsabilités aux pharmaciens

Partout au Canada, à l’exception du Québec et du Manitoba, les pharmaciens offrent des services de révision et de gestion de la médication.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Partout au Canada, à l’exception du Québec et du Manitoba, les pharmaciens offrent des services de révision et de gestion de la médication.

Québec a beau avoir accordé de nouvelles responsabilités aux pharmaciens, il ne va pas assez loin dans cette réforme pour améliorer l’accès aux soins, juge l’Institut économique de Montréal dans une nouvelle étude.

« En ce moment, même en tenant compte de l’entrée en vigueur éventuelle de la réforme autorisant les pharmaciens à offrir de nouveaux services professionnels, le Québec reste à la traîne par rapport aux autres provinces canadiennes », écrit Yanick Labrie, économiste de l’Institut économique de Montréal.

Selon lui, les pharmaciens, considérés comme « les professionnels de la santé les plus accessibles à la population », devraient être utilisés davantage pour aider les patients présentant des problèmes de santé mineurs, ce qui améliorerait l’accès aux soins, tout en permettant de faire des économies substantielles.

L’analyste donne l’exemple de l’Ontario, où les pharmaciens offrent des services de suivi des patients atteints de maladies chroniques tels que l’hypertension, l’asthme ou le diabète. « On a vu qu’il y a de réels avantages à ces programmes, précise M. Labrie en entrevue au Devoir. Souvent, la médication n’est pas adéquate, ou l’adhésion n’est pas maximale, ce qui entraîne des complications et des visites à l’urgence. Mais on peut éviter cela et faire des économies potentielles avec ce type de programmes. »

Il constate que partout au Canada, à l’exception du Québec et du Manitoba, les pharmaciens offrent des services de révision et de gestion de la médication, « lesquels sont couverts publiquement ». Ils peuvent aussi, dans la majorité des provinces, administrer des vaccins et ainsi obtenir un meilleur taux d’immunisation contre la grippe qu’au Québec.

« Plusieurs études confirment que la mise en oeuvre de réformes conférant des responsabilités accrues aux pharmaciens dans d’autres pays a contribué à améliorer l’accès ainsi que la qualité des soins offerts aux patients, tout en réduisant le fardeau sur le système public de santé », précise le rapport de l’Institut économique de Montréal.

Négociations en cours

Non seulement les responsabilités des pharmaciens québécois ne sont pas assez larges, mais Québec tarde à faire appliquer celles qui ont déjà été déterminées par la loi 41, votée en décembre 2011, déplore M. Labrie. « Le changement législatif autorisait, en principe, les pharmaciens à offrir sept nouveaux services pharmaceutiques, dont la prolongation ou l’ajustement d’une ordonnance, la substitution d’un médicament en cas de rupture d’approvisionnement ou encore la prescription d’un médicament pour des affections mineures qui ne nécessitent pas de diagnostic. La réforme a cependant tardé à se mettre en oeuvre et ces nouveaux actes ne sont toujours pas offerts, étant donné l’achoppement des négociations sur leur rémunération entre le gouvernement et l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires. »

Il conclut que si Québec refuse de rémunérer les nouveaux actes professionnels autorisés et qu’il interdit aux pharmaciens d’exiger un tarif aux patients, « la réforme pourrait rater son principal objectif, soit celui d’améliorer l’accès aux soins pour les patients ».

1 commentaire
  • Yvon Bureau - Abonné 30 avril 2015 10 h 20

    Quand on ne comprend pas pourquoi,

    disait Pierre Bourgault, faut regarder du côté de l'argent.

    Triste regard quand même, bas en noblesse.