Un jeune sur cinq passe plus de temps devant un écran que sur les bancs d’école

La sédentarité entraînée par la multiplication des appareils numériques dans la vie des adolescents connaît une croissance fulgurante.
Photo: Alain Jocard Agence France-Presse La sédentarité entraînée par la multiplication des appareils numériques dans la vie des adolescents connaît une croissance fulgurante.

La sédentarité due à l’usage des écrans de tout acabit est en pleine explosion chez les jeunes Québécois depuis 2007. Durant leurs loisirs, les jeunes sont rivés en moyenne 23 heures par semaine à l’écran d’un d’ordinateur, d’une télévision ou à des jeux vidéo, et près d’un jeune sur cinq passe désormais beaucoup plus de temps devant un écran que sur les bancs d’école.

C’est le constat préoccupant que fait une toute récente étude de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), menée à partir de données de Statistique Canada sur les activités sédentaires des jeunes Canadiens durant leurs temps libres. En comparant les mêmes chiffres compilés en 2007-2008 et en 2011-2012, l’ISQ constate que la sédentarité entraînée par la multiplication des appareils numériques dans la vie des adolescents et des jeunes adultes connaît une croissance fulgurante.

En cinq ans seulement, l’exposition aux écrans plus de 15 heures par semaine est passée de 54 % à 64 % chez les Québécois de 12 à 19 ans. Le saut a été particulièrement marqué chez les filles, où l’utilisation des écrans entre 2007 et 2012 est passée de 46 % à près de 60 %.

« Cela est assez préoccupant parce qu’on peut penser qu’il s’agit là d’une sous-évaluation. Depuis 2012, la tendance pourrait s’être accrue avec la multiplication des appareils mobiles et des tablettes numériques. Or, chez les adultes, les études démontrent qu’il y a des problèmes de santé liés à la sédentarité, notamment l’embonpoint, le risque accru de maladies cardiovasculaires et de cancer », affirme Monique Bordeleau, coauteure de l’étude et agente de recherche à l’ISQ.

Parmi les jeunes interrogés, ceux qui étaient exposés plus de 15 heures par semaine à divers types d’écran étaient en proportion plus nombreux à être « sédentaires ou peu actifs » et à se considérer en « mauvaise santé ».

Pour nombre de jeunes, le temps alloué à l’écran pendant les heures de loisir dépasse maintenant celui passé en classe. Au Québec, les élèves du secondaire passent en général 25 heures sur les bancs d’école. Un des principaux constats de l’étude est que le nombre de ceux qui consacrent plus de 35 heures par semaine à leurs écrans — soit l’équivalent de la semaine d’un travailleur — a plus que doublé en cinq ans, passant de 9 à 19 %. Et le nombre de ceux qui y engouffrent 45 heures par semaine a quant à lui plus que triplé, pour passer de 3,3 % à 11 %.

Tendance sous-estimée ?

Ce polaroïd pourrait en sus sous-estimer le temps réel passé sur ces nouveaux outils permettant d’accéder aux réseaux sociaux et à Internet puisque les sondages réalisés ne mentionnaient pas spécifiquement l’usage des tablettes et des téléphones intelligents, affirme Mme Bordeleau.

Selon les auteurs, cette tendance est d’autant plus inquiétante que le temps moyen consacré à ces nouveaux tremplins vers la réalité virtuelle et à la télé dépasse de loin la limite des deux heures d’exposition quotidienne à des écrans proposée par la Société canadienne de physiologie de l’exercice.

Au-delà de 14 heures par semaine, on estime que la sédentarité favorisée par l’usage des écrans peut avoir des effets délétères sur la santé. Or, les deux tiers des jeunes Québécois dépassent allègrement cette recommandation. Depuis 2007, on observe un transfert très net du temps de loisirs consacré par les adolescents aux ordinateurs, au détriment de la télévision.

3 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 30 avril 2015 08 h 05

    Une plaie cette avancé technologique?

    Aucune idée ou ça va se stabilisé si jamais ça ce stabilise mais ce qui devrait être une des plus belles inventions est en voie de devenir la pire invention.

    Je prends souvent des marches comme retraité et je suis toujours assommé de voir les gens avec leur téléphone en train de pitonner, deux coups de râteau un texto, trois autres coups un twitt. Trois coup de pédales un texto, deux autres kilomètres en parlant au téléphone une main sur le guidon. Et le plus drôle se sont les gens qui prennent des marches ensembles tout en textant avec quelqu'un d'autre...

    Oui je suis vieux et pas aussi moderne, j'ai ces appareils mais n'en suis pas l'esclave. Vous me trouvez passé date, je vous trouve bien triste. Un jour peut-être vous saurez vous en servir à bon escient enfin mieux qu'une partie de ma génération a su faire avec la venue de la télévision.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 30 avril 2015 09 h 31

      Je suis plus jeune que vous, probablement d'une vingtaine d'années, et je suis tout à fait d'accord avec vous. Cette dépendance aux technologies est loin d'être saine et le fait d'un changement sociétal qu'on pourrait qualifier de "progrès". Les écoles sont devenues des "fabriques du crétin" (pour reprendre les mots d'un penseur français de notre époque), et les jeunes sont poussés à vivre dans le monde virtuel et à devenir de gros consommateurs, rien de plus. Certes, il y aura toujours une élite qui sera formée dans des écoles privées inaccessibles au grand public. Mais le reste de la population n'aura qu'un vocabulaire de quelques centaines de mots, sera totalement déraciné et déconnecté du passé et de l'histoire de ses origines, et parfaitement malléable par les médias et les discours politiques truffés de mots de la novlangue, du politically correct et de mensonges. Entre la manipulation de la peur et celle de l'esprit, le citoyen du 21e siècle n'a rien d'autre sur quoi s'accrocher qu'un monde virtuel qu'il confond souvent avec le réel.

  • Mathieu Bouchard - Inscrit 30 avril 2015 16 h 37

    On ne se plaindrait pas d'un livre

    C'est une simple volonté de discriminer contre « les écrans ». Une personne qui lit sur un ordinateur est un lecteur. Une personne qui lit une feuille de papier est un lecteur. En observant seulement le temps passé devant « un écran », on occulte tout le temps passé à lire du papier, quel qu'il soit. Mais on n'écrirait pas un article prescrivant de ne pas passer plus que N heures par semaine à lire du papier. On ne s'attaque pas non plus à d'autres activités pas très physiques : personne ne recommande de ne pas passer plus que N heures par semaine à parler à ses amis !

    Le corps humain ne fait pas tellement la différence entre la sédentarité causée par les bancs d'école, celle causée par la lecture d'un livre Harry Potter, celle causée par la lecture du Devoir sur papier, celle causée par la lecture du Devoir sur écran, celle causée par un jeu vidéo, celle causée par un club d'échecs, et ainsi de suite.

    C'est normal qu'en examinant le phénomène de l'utilisation d'un écran, on trouve une corrélation avec des problèmes typiques de la sédentarité, mais la corrélation n'implique pas la causalité, et même si c'est une cause, c'est pas forcément "la" cause, ni même une des causes directes. Les problèmes de manque d'exercice viennent du manque d'exercice, et le manque d'exercice a des causes beaucoup plus vastes que le bouc émissaire choisi pour l'occasion.