Des vaccins administrés plus efficacement

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Avec l’utilisation d’un injecteur sans aiguille, les jeunes enfants pourraient y gagner tout autant, sinon davantage, que les gens âgés ; on leur épargnerait bien des pleurs.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Avec l’utilisation d’un injecteur sans aiguille, les jeunes enfants pourraient y gagner tout autant, sinon davantage, que les gens âgés ; on leur épargnerait bien des pleurs.

Ce texte fait partie du cahier spécial Université - Recherche

Une équipe multidisciplinaire de chercheurs en provenance de trois universités et du CHU de Québec s’attaque présentement à la tâche de préparer des vaccins susceptibles de mieux prévenir les virus respiratoires chez les gens du troisième âge. Des membres de ce groupe scientifique travaillent en même temps à développer une méthode de formulation et d’administration qui rendra ces vaccins plus efficaces ; il est question dans ce cas d’un injecteur sans aiguille.

Ce projet global est codirigé par l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR-CUSM) et le CHU de Québec ; l’Université de Sherbrooke, l’Université Laval et l’Université McGill collaborent à cette recherche financée à la hauteur de 12,3 millions de dollars par le ministère des Finances et de l’Économie et par la société Medicago.

Martin Brouillette, professeur à la Faculté de génie de l’Université de Sherbrooke, se penche principalement sur la méthode d’administration du vaccin au moyen de l’injecteur qu’il a conçu. Il cerne un des aspects de la problématique en cause : « En fait, on forme une équipe de personnes qui développe des vaccins pour prémunir les personnes âgées contre certaines maladies respiratoires ; c’est là un problème important, ici au Québec et partout ailleurs. »

Dans les faits, il existe certains virus, tels que l’influenza, le VRS (virus respiratoire syncytial) ou encore le MPV (métapneumovirus), qui causent de pareilles maladies plutôt répandues ; ils représentent une cause majeure d’hospitalisation, entraînent de l’inconfort et provoquent même, dans certains cas, le décès.

Meilleure protection et technologie de pointe

 

M. Brouillette explique de quelle façon l’injecteur qu’il a mis au point sera susceptible de rendre la vaccination plus efficace, en utilisant cette comparaison : « En y pensant bien, si on voulait protéger le Canada contre une invasion, on placerait les armées à la frontière. Il en va de même pour le système immunitaire : les cellules qui sont susceptibles de détecter les infections et de les combattre sont situées à la frontière du corps humain ; notre injecteur sert donc à injecter des vaccins très peu profondément dans la peau, là où se trouverait en théorie la plus grande réponse immunitaire. »

En utilisant un tel appareil, « il est permis soit de diminuer la dose du vaccin, soit, chez les personnes âgées, d’obtenir une meilleure réponse à la vaccination plutôt qu’un résultat plus faible, comme c’est normalement le cas chez celles-ci ; on peut de la sorte obtenir une protection plus adéquate chez ces personnes ».

Il se tourne vers la technologie qui a été développée et fournit ces explications à ce sujet : « Premièrement, le vaccin est formulé sous forme de poudre microscopique, et il est intéressant de retenir que cette formulation-là rend la poudre stable à la température ambiante, de sorte que le vaccin n’a pas besoin d’être conservé au réfrigérateur pour conserver son efficacité. » Il en va autrement pour les vaccins sous forme liquide qui doivent être gardés au froid.

Il dégage un autre aspect avantageux de cette nouvelle façon de procéder à la vaccination : « On se retrouve avec cette poudre et il reste à déterminer ce qu’on fait avec elle… On dispose d’un appareil qui se présente comme un canon miniature et qui est de la grosseur d’un crayon. Il s’agit de l’injecteur lui-même qui projette cette poudre-là ou une autre à haute vitesse vers la peau ; à la phase cruciale de l’opération, les particules pénètrent celle-ci un peu de la même façon qu’un tire-pois le fait dans un bol de jello. »

Et qu’en est-il des effets ressentis par le sujet vacciné ? « Ça se fait sans douleur, parce que l’injection est si peu profonde qu’on n’excite pas les cellules de la douleur qui sont situées plus profondément dans la peau ; la sensation éprouvée correspond quelque peu à recevoir une “ pichenotte ”. » À ce compte-là, les jeunes enfants pourraient y gagner tout autant, sinon davantage, que les gens âgés ; on leur épargnerait bien des pleurs.

Des tests concluants ont déjà été effectués chez les humains à propos de cette douleur et de la réaction locale sur la peau ; ils se sont avérés positifs. Pour l’instant, l’injecteur fonctionne, et il reste à le commercialiser, comme le laisse savoir Martin Brouillette : « Actuellement, on a effectué des démarches avec divers partenaires dans le but de nous livrer à des essais en utilisant différents vaccins. » L’utilisation de l’injecteur pourrait éventuellement s’étendre à d’autres types de vaccins que ceux qui font l’objet de la recherche dans le cadre du projet actuel ; il pourrait devenir un outil à usage élargi dans le domaine de la prévention en santé.

Retour sur les travaux en cours

 

Le professeur considère que des sommes importantes ont été consenties (12,3 millions) pour conduire la recherche actuelle entre les trois partenaires universitaires et la compagnie Medicago : « Une grosse partie du projet est axée sur le développement des vaccins eux-mêmes. Comme ceux-ci sont destinés à l’usage chez des personnes âgées, on doit valider qu’ils vont fonctionner sur des animaux d’âge avancé, ce qui s’avère plutôt rare et ce dont s’occupent les gens du côté de McGill. Les chercheurs de Laval, pour leur part, interviennent sur les virus. »

Et qu’en est-il de la participation de l’Université de Sherbrooke ? « On effectue les tests de formulation et de l’injecteur. On doit trouver une façon de mettre en poudre microscopique le vaccin qui est fabriqué sous forme liquide ; on dispose d’un procédé pour y arriver, mais on doit l’ajuster à chacun des vaccins pour en préserver l’efficacité. »

Quant à l’échéancier de réalisation, il s’échelonne sur plusieurs années : « C’est un projet de quatre ans. À la fin, on devrait avoir un vaccin fonctionnel pour la lutte contre l’influenza chez les personnes âgées et être pas mal avancé quant à celui visant à prévenir le pneumovirus. »

À voir en vidéo