Les réponses de la science aux antivaccins

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Tous les pouvoirs publics se sont désengagés du développement de nouveaux vaccins et nous sommes donc dans une économie de marché, admet le chercheur Philippe de Wals.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Tous les pouvoirs publics se sont désengagés du développement de nouveaux vaccins et nous sommes donc dans une économie de marché, admet le chercheur Philippe de Wals.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Philippe de Wals est médecin clinicien et enseignant au Département de médecine sociale et préventive de l’Université Laval. Une expérience de 40 ans, qui l’a conduit à mener de nombreux travaux de recherche sur les vaccins. Pas de doute, selon lui, « les vaccins sauvent énormément plus de vies qu’ils n’en brisent ». En entrevue au Devoir, il démonte un à un les arguments que les antivaccins avancent régulièrement pour défendre leur position.

Vacciner un enfant contre la rougeole peut le rendre autiste.

« Nous sommes ici face à l’une des plus grandes escroqueries de l’histoire ! » Philippe de Wals balaie du revers de la main ce premier argument, affirmant qu’il s’agit d’une affaire montée de toutes pièces par un médecin britannique, sur la base d’une mauvaise étude conduite de manière non éthique. « Les coauteurs se sont rétractés depuis et le médecin a perdu son permis de pratique, ajoute-t-il. Mais il s’est réfugié aux États-Unis, où il continue à s’exprimer sur des sites antivaccinalistes, généralement entretenus par des parents d’enfants autistes. » Quant aux études scientifiques sérieuses, aucune, selon lui, n’a mis en évidence un lien possible entre la vaccination contre la rougeole et l’autisme.

La vaccination contre la grippe a déjà causé certaines épidémies par le passé.

Ce vaccin peut provoquer des réactions de nature allergique, admet le chercheur, qui ajoute que, globalement, le vaccin contre l’influenza saisonnière est sécuritaire. « On a un peu plus de problèmes avec les vaccins pandémiques, concède-t-il. Après la vaccination à grande échelle contre la grippe A H1N1 en 2009, nous avons pu mettre en évidence un très faible risque de syndrome de Guillain-Barré, une paralysie qui intervient essentiellement chez les personnes âgées. » Ce syndrome est transitoire et réversible. Il peut être grave, mais, avec le traitement actuel, le taux de mortalité est extrêmement faible. Quant au risque, il était d’un à deux cas par million de doses, ce qui signifie, pour le Québec, entre quatre et huit cas. « Bref, on doit plutôt parler d’accidents que d’épidémie, et, quoi qu’il en soit, les bénéfices du vaccin sont supérieurs aux désavantages. »

Les maladies infantiles renforcent le système immunitaire, alors que le vaccin l’épuise.

« La vaccination n’épuise rien du tout, à part peut-être les scientifiques qui doivent sans cesse répondre à ce genre d’argument ! », ironise M. de Wals, condamnant du même coup ceux qui pensent que faire une méningite, une polio, une encéphalite à la suite d’une rougeole ou encore mourir à la suite d’une coqueluche sont de bonnes choses. « Si on part du principe qu’il faut accepter la morbidité et les séquelles des maladies, alors autant arrêter tout de suite de se soigner ! », conclut-il.


Un nourrisson est trop faible pour recevoir un vaccin.

« Ce n’est jamais très gai de recevoir un vaccin… mais, en fait, ce n’est surtout pas gai pour les parents, qui réagissent souvent plus que leur nourrisson, répond le clinicien. Oui, les enfants pleurent, mais de là à dire qu’ils vont rester traumatisés… » Selon lui, tout est fait aujourd’hui pour minimiser les effets secondaires, la douleur et l’angoisse, en utilisant notamment les vaccins combinés, qui réduisent le nombre d’injections. « Mais le risque, pour de nombreuses maladies, c’est dès le très jeune âge. Et, quoi qu’il en soit, on donne un vaccin lorsqu’on sait que le système immunitaire est assez mature pour le recevoir. »


On trouve de l’aluminium et du mercure dans les vaccins.

Vrai, répond Philippe de Wals, qui souligne cependant que toutes les études ont démontré que les doses sont tellement faibles que ce n’est pas une source de problème. « Comme le dit l’adage, ce n’est pas la substance qui fait le poison mais la dose, commente-t-il. On ne trouve cependant presque plus de mercure dans les vaccins. Beaucoup de compagnies l’ont retiré, non pas parce que c’était toxique, mais pour avoir la paix ! »


Il est inutile de vacciner contre une maladie qui n’existe plus.

La seule maladie qui n’existe vraiment plus, c’est la variole, et ça fait plusieurs décennies qu’on ne vaccine plus, rappelle le médecin. « La rougeole est loin d’avoir disparu, les gens de Lanaudière en savent quelque chose. La polio continue à sévir, la coqueluche, il y en a encore, énumère-t-il. Et il suffirait qu’on arrête de vacciner pour que ça revienne en force et que ça cause des catastrophes. On l’a vu au Royaume-Uni, lorsqu’a été stoppée la vaccination contre la coqueluche, il y a eu une recrudescence de la maladie, qui a tué des dizaines d’enfants. »


Certains vaccins n’ont pas subi tous les tests nécessaires avant d’être inoculés.

Il y a une limite à ce qu’on peut faire via des études expérimentales, d’autant plus que, dans le cas d’une pandémie, par exemple, il faut agir vite, reconnaît M. de Wals. « Lorsqu’un vaccin est mis sur le marché, les tests de sécurité ont été faits sur quelques milliers, dizaines de milliers, voire centaines de milliers d’individus, explique-t-il. Mais, pour mettre en évidence des effets de l’ordre d’un cas par million de doses, on n’a pas d’autre possibilité que de vacciner à large échelle et d’observer ce qui se passe dans le cadre des études postmarketing que les chercheurs mènent avec les compagnies pharmaceutiques et les pouvoirs publics. »


Nous sommes face à un complot des compagnies pharmaceutiques, qui, avec l’aval des gouvernements, veulent accroître leurs profits.

Tous les pouvoirs publics se sont désengagés du développement de nouveaux vaccins et nous sommes donc dans une économie de marché, admet le chercheur. Il est donc, selon lui, normal que les compagnies pharmaceutiques essaient de récupérer leur mise. « D’autant plus que c’est un business à haut risque, assure-t-il. Il y a eu de véritables fiascos pour certaines compagnies, raison pour laquelle il y a très peu de joueurs sur le marché. Quant aux pouvoirs publics, ils sont, au contraire, très vigilants, poursuit-il. Non seulement ils n’hésitent pas à retirer une homologation lorsqu’un risque apparaît, mais, en plus, ils négocient dur pour que le vaccin soit le moins cher possible. Bref, on peut toujours voir des complotistes partout… mais, en l’occurrence, j’attends encore celui qui pourra m’apporter un début d’élément de preuve. »