Le scientifique en chef en appelle aux chercheurs

Claude Lafleur Collaboration spéciale
Le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, est surpris de constater l’impact et les conséquences de certaines croyances, notamment à l’encontre des vaccins.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, est surpris de constater l’impact et les conséquences de certaines croyances, notamment à l’encontre des vaccins.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Rémi Quirion, le scientifique en chef du Québec, est pour le moins étonné par la récente réapparition de la rougeole au Québec : « On se dit “ Wow !!! ”, puisque c’était une maladie disparue, comme la tuberculose, mais là, elle réapparaît à cause de certaines croyances », déclare-t-il.

Comme tout le monde, M. Quirion est surpris de constater l’impact et les conséquences de certaines croyances, notamment à l’encontre des vaccins. Il rappelle que, à la suite de la mise au point de cette formidable arme pour prévenir les maladies, la médecine croyait qu’on viendrait à bout des maladies infectieuses les unes après les autres. Mais voilà que des infections comme la rougeole et la tuberculose — qu’on croyait pratiquement éradiquées — refont leur apparition.

« La rougeole, ce n’est pas rien, dit-il, c’est une maladie mortelle… on peut vraiment en mourir ! Et, lorsque je vois des parents qui refusent de faire vacciner leur enfant, là, je me questionne… »

Au temps de la polio et de la tuberculose

Rémi Quirion occupe la fonction de scientifique en chef du Québec depuis l’instauration de celle-ci, en septembre 2011. À ce titre, il préside les conseils d’administration des trois Fonds de recherche du Québec, en plus de conseiller le gouvernement en matière de développement de la recherche et de la science. « J’ai eu à travailler sur différents dossiers, explique-t-il, notamment sur la stratégie maritime, le Nord, l’aluminium, etc. Je fais cela en partenariat avec mes collègues des universités ; souvent, on organise des forums et, à la suite des recommandations d’un forum, je vais un peu plus loin avec le politique. »

Détenteur d’un doctorat en pharmacologie, Rémi Quirion a été professeur titulaire de psychiatrie à l’Université McGill et directeur scientifique du Centre de recherche de l’Institut Douglas. Comme chercheur, ses travaux ont porté sur la maladie d’Alzheimer, la dépression et la mémoire, ainsi que sur la douleur et la tolérance aux opiacés.

Il se dit surpris par le courant antimédecine qui existe encore de nos jours. En boutade, il lance : « Certaines personnes considèrent que les médicaments sont néfastes pour la santé, que ce sont même des poisons… Mais enlevez les antihypertenseurs et les anticholestérols et on va tous recommencer à mourir dans la soixantaine ! »

Pour lui, il est indéniable que les vaccins et les antibiotiques marquent un formidable progrès dans l’amélioration de la santé. Hélas, bon nombre d’entre nous ont oublié ce qu’était la vie avant leur apparition.

Ainsi, seuls les plus âgés d’entre nous peuvent encore se rappeler l’époque, dans la première moitié du XXe siècle, où la polio était l’une des maladies les plus meurtrières, surtout chez les enfants. C’est ainsi que la mise au point du premier vaccin permettant de nous immuniser contre elle, par Jonas Salk, en 1954, a été rien de moins qu’une délivrance. Salk n’a d’ailleurs jamais breveté son vaccin, afin d’en permettre une plus large diffusion. Ce vaccin (ainsi que celui inventé par Albert Sabin en 1962) a été, de fait, si efficace que, en l’espace de deux générations, on a totalement oublié la terreur de contracter la polio.

Même chose pour la tuberculose, une maladie infectieuse contagieuse qui semait la terreur chaque fois qu’une personne, souvent jeune, développait une infection pulmonaire — la fameuse crainte de se retrouver en sanatorium ! Combien de destins bouleversés pour des jeunes cloués au lit pendant des mois, voire des années. Il a fallu des décennies d’intenses recherches pour finalement concevoir des vaccins et des antibiotiques efficaces pour la contrer, dans les années 1950. Mais la tuberculose tue encore près de deux millions de personnes par année, alors que les vaccins sont particulièrement efficaces chez les nouveau-nés et les enfants… à condition, bien entendu, de les leur administrer.

« Si on rejette l’ensemble des vaccins en disant qu’ils sont dangereux, ça n’a pas de sens, de déplorer Rémi Quirion. Il faut donc trouver le moyen de contrer les croyances en expliquant mieux les faits. »

Un appel à tous

Comment donc devrait-on s’y prendre ?

C’est la question à laquelle réfléchit actuellement notre scientifique en chef : comment faire en sorte qu’un peu tout le monde comprenne bien de quoi on parle ? « La science, c’est quelque chose de complexe, pose Rémi Quirion. Par exemple, les gens ne comprennent pas comment il se fait que certaines années le vaccin contre la grippe soit très efficace, mais beaucoup moins d’autres années. Il faut savoir que le virus de la grippe se transforme d’une année à l’autre… Mais ce n’est pas le cas du virus de la rougeole, qui, lui, demeure très stable. Par conséquent, les vaccins contre cette maladie sont très, très efficaces… Il ne faut donc pas tout mettre dans le même panier, tout rejeter d’un bloc ! », lance-t-il.

Par conséquent, M. Quirion réfléchit sur les meilleures façons de rejoindre le grand public pour expliquer comment fonctionne la science. Il souhaite entre autres que nos chercheurs aillent davantage à la rencontre de monsieur et madame Tout-le-monde. « Nous avons la chance au Québec d’avoir de très bons chercheurs, des gens qui s’y connaissent dans le domaine des vaccins et qui pourraient expliquer la méthode scientifique », dit-il.

« Il faut peut-être expliquer un peu différemment la science, poursuit-il, même si nous, nous n’avons pas de solutions magiques… »

Et, comme il le fait dans sa fonction de conseiller du gouvernement, Rémi Quirion envisage de mener une consultation auprès de ceux et celles intéressés par la communication scientifique, afin de voir quelles pourraient bien être les meilleures façons de rejoindre le grand public.

« Ce que nous pensons faire au cours des prochains mois, c’est d’organiser un genre de forum où on inviterait des chercheurs, des communicateurs scientifiques et des gens du public pour discuter avec nous de ce vers quoi on devrait aller, de ce qu’on pourrait faire pour mieux informer les gens », pose-t-il. Avis aux intéressés !