«Pressions» au CHUM pour la candidature d’«un bon ami»

Le directeur général du CHUM, Jacques Turgeon, avait démissionné avec fracas il y a trois semaines en dénonçant « l’ingérence » du ministre Gaétan Barrette dans la nomination d’un chef de département. 
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Le directeur général du CHUM, Jacques Turgeon, avait démissionné avec fracas il y a trois semaines en dénonçant « l’ingérence » du ministre Gaétan Barrette dans la nomination d’un chef de département. 

Nouveau chapitre dans la crise qui agite le Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) : un membre de la direction de l’hôpital réclame que des « pressions » soient faites pour la candidature d’un « bon ami » à un poste de directeur de département, révèle un courriel interne obtenu par Le Devoir.

Le directeur général du CHUM, Jacques Turgeon, avait démissionné avec fracas il y a trois semaines en dénonçant « l’ingérence » du ministre Gaétan Barrette dans la nomination d’un chef de département. M. Turgeon a pourtant reçu cette semaine un courriel qui soulève des questions sur l’impartialité du processus de nomination. Bref, des sources au CHUM affirment que la direction de l’hôpital semble faire ce qu’elle reprochait au ministre de la Santé : des pressions pour une nomination qui devrait se faire de façon impartiale.

Convaincre des candidats

Dans un courriel envoyé le 25 mars 2015 à 15 h 52, le Dr Conrad Pelletier, chef par intérim du département de chirurgie, fait une demande au recteur de l’Université de Montréal, Guy Breton : celle d’intervenir pour dénicher des candidats au poste de directeur du département. C’est justement cette nomination qui avait provoqué une crise d’envergure nationale au CHUM, il y a trois semaines. Jacques Turgeon et d’autres membres du conseil d’administration avaient démissionné parce que le ministre Barrette cherchait à faire renommer une de ses connaissances, le Dr Patrick Harris, à ce poste névralgique.

Ce genre de nomination doit se faire de façon totalement indépendante, par un comité de sélection nommé par le CA du CHUM, avait fait valoir Jacques Turgeon en démissionnant. Il a repris son poste dans les jours suivants.

Or, on apprend que la direction du CHUM et celle de l’Université de Montréal s’activent pour dénicher des candidats à la succession du Dr Harris : « Mandat des plus difficiles, surtout parce que l’ancien protagoniste s’accroche et qu’il faut lui trouver une alternative », écrit Conrad Pelletier au recteur Guy Breton. Jacques Turgeon a reçu ce courriel en copie conforme.

Le message laisse entendre que le Dr Harris est le seul candidat à sa propre succession. Devant ce qu’il décrit comme la nécessité de trouver une solution de rechange, le Dr Pelletier suggère « deux candidatures possibles », qui refusent cependant de relever le défi. Les deux directeurs potentiels accepteraient peut-être de poser leur candidature si le recteur Guy Breton faisait « pression » sur eux, note Conrad Pelletier.

Le premier candidat, dont le nom a été biffé dans le courriel obtenu par Le Devoir, est issu du CHUM. L’autre est le Dr Michel Carrier, de l’Institut de cardiologie de Montréal. « C’est un bon ami à moi et j’ai tenté de l’intéresser », écrit le Dr Pelletier. « Je crois que si l’université exerçait sur lui une pression suffisante, il fléchirait peut-être », ajoute-t-il.

« La raison de mon appel hier pour une rencontre, c’est que je crois que tu pourrais exercer sur ces deux candidats une influence positive pour qu’ils acceptent de déposer leur candidature », poursuit Conrad Pelletier.

«Comité bidon»

Ce courriel entache le processus de nomination du prochain directeur du département de chirurgie, croient des sources bien au courant du dossier au CHUM. En démissionnant au début du mois de mars, le directeur Jacques Turgeon avait souligné plusieurs fois l’importance de nommer les chefs de département de façon libre et indépendante, sans aucune ingérence. Le courriel démontre que le directeur général est au courant de manoeuvres visant à trouver des concurrents au candidat Harris.

« Ça laisse croire que le comité de sélection nommé par le CA est un peu bidon », explique-t-on.

Jacques Turgeon a bel et bien reçu ce courriel, mais n’y a pas répondu, selon Irène Marcheterre, directrice des communications du CHUM. « Ce que Jacques Turgeon souhaite, c’est qu’il y ait un respect du processus de sélection transparent et intègre qui est en place », a-t-elle dit au Devoir.

Jacques Turgeon, Conrad Pelletier et le recteur Guy Breton ont décliné les demandes d’entrevue du Devoir. Au CHUM, des sources s’interrogent sur l’apparente intervention du recteur de l’Université de Montréal dans la nomination d’un directeur de département au CHUM. M. Breton ne fera aucun commentaire à ce sujet, a indiqué Mathieu Filion, porte-parole de l’Université de Montréal.

La porte-parole du CHUM a nié que le Dr Pelletier, l’auteur du courriel, cherche à nuire à la candidature du Dr Patrick Harris. « Dr Pelletier, c’est son rôle de solliciter des candidatures. C’est dans l’intérêt du CHUM et dans l’intérêt du comité de sélection [que des candidats manifestent leur intérêt pour le poste de directeur du département de chirurgie] », dit Irène Marcheterre.

Le comité de sélection nommé le 3 février continue son travail de façon indépendante, selon elle. Les aspirants au poste de directeur du département de chirurgie du CHUM avaient jusqu’à 16 h, ce vendredi 27 mars, pour poser leur candidature. Le Dr Pierre Larochelle, du département de médecine, préside ce comité formé de huit personnes.

8 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 28 mars 2015 06 h 05

    Complexe la nature humaine????

    Est-ce un autre patent et probant cas où faire suivre les babines des bottines s'applique ? Et que dire de la vertu? De sa recherche? Des chemins possibles et disponibles pour y arriver? Un signataire de commentaires dans les colonnes du Le Devoir signe souvent....«Ah! Misère...»
    Oui, les misères humaines ont tant et tant de visages. Ce que j'y trouve de beau, c'est la quête qui habite l'être humain. Que de chemins parfois pris pour y accéder! Il semble que la fin arrive au dernier souffle. Cet inéluctable rendez-vous, je dirais, avec soi-même. Puisse le meilleur se faire au CHUM comme ailleurs.
    Gaston Bourdages,
    Auteur.

  • Urs Neumeier - Abonné 28 mars 2015 06 h 49

    Titre accrocheur non justifiė

    Si les informations de l'article sont correctes, alors le courriel de Conrad Pelettier est parfaitement lėgitime et justifiė. En effet, pour avoir un bon processus de sėlection, il faut en premier plusieurs candidats. Encourager des personnes qualifiėes de soumettre leur candidature (sans promettre de passe-droit) est normal.

    L'article n'indique nullement qu'une influence est tentėe sur le comitė de sėlection, donc il n'y a pas raison de s'exciter et le titre accrocheur n'est pas justifiė.

    Urs Neumeier

  • Richard Boudreau - Abonné 28 mars 2015 07 h 04

    Ben voyons donc...

    Madame Marcheterre a raison. C'est une chose de susciter des candidatures sérieuses à un poste et une autre de vouloir faire nommer un ami à ce poste en s'appuyant sur son pouvoir politique. Je ne déchirerais pas ma chemise pour ce courriel du docteur Pelletier. À quoi sert de créer un comité de sélection s'il n'y a qu'une seule candidature à un poste.

  • François Dugal - Inscrit 28 mars 2015 07 h 44

    La cohésion

    La cohésion de la grande famille libérale n'est-elle pas admirable.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 28 mars 2015 08 h 06

    Mais c'est du vrai vaudeville...

    "Faites semblant de poser votre candidature au poste de directeur du département de chirurgie du CHUM (dévolu à P. Harris jusqu'à ce que...) et refusez par la suite pour lui laisser le champ libre", serait peut-être... la commande ?? Lorsque l'on voit tout ce "méga"-fretin magouiller entre eux de la sorte, comment ne pas douter du monde politique...et des affairistes de tout accabit qui y gravitent...( douter est un bien petit mot alors)...Méfions-nous et maintenons notre vigilance...
    J'ai vu de ces gens (affairistes et politiques) se taper dans le dos et s'inviter à tous les "coquetels dînatoires" qui sentent la partisanerie et la ruse à plein nez.
    Au comité de sélection du CHUM...faudra-t-il ajouter un comité d'éthique? et/ou encore mieux, un comité citoyen? On est rendus là ! Pas sortis du bois !