Deux jours pour corriger le système de santé

Le Regroupement des médecins omnipraticiens pour une médecine engagée déplore l’absence de consultations préalables au projet de loi 20.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Le Regroupement des médecins omnipraticiens pour une médecine engagée déplore l’absence de consultations préalables au projet de loi 20.

Excédés par les manoeuvres employées par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, les membres d’un collectif de 450 médecins proposent la tenue d’un sommet sur l’avenir du réseau de la santé du Québec. Une rencontre de deux jours à laquelle seront conviés professionnels de la santé et simples citoyens.

Les membres du Regroupement des médecins omnipraticiens pour une médecine engagée (ROME) ajoutent leurs voix à celles de plusieurs autres professionnels de la santé qui s’opposent aux changements proposés dans le projet de loi 20. Ils réclameront mardi en commission parlementaire le retrait immédiat de la mesure législative mettant en application la Loi favorisant l’accès aux services de médecine de famille et de médecine spécialisée. La réforme proposée par le gouvernement Couillard ne parviendra pas à améliorer l’accessibilité aux soins, loin de là, disent-ils.

« Le ROME est convaincu que le bâton, déjà utilisé par le passé et encore aujourd’hui par les mesures coercitives gouvernementales, ne parviendra pas à améliorer l’accessibilité », explique le collectif dans la préface du mémoire qu’il entend déposer mardi, dont Le Devoir a obtenu copie.

« Une approche centralisatrice, bureaucratique et coercitive n’est pas [la] solution », écrivent les médecins.

En plus d’exiger le retrait du projet de loi 20, le ROME entend organiser un sommet sur l’accessibilité des soins de santé, les 9 et 10 mai prochain. Ces médecins pensent réussir là où de nombreux gouvernements ont échoué au fil des années, en développant au cours de ces deux jours un « nouveau modèle d’organisation de soins de première ligne ».

Le Dr Réjean Thomas, de la clinique L’Actuel, et David Levine, ex-ministre délégué à la Santé et ex-administrateur de l’Agence de santé de Montréal, doivent notamment prendre la parole à titre de conférenciers.

Consultations

Le défi est de taille, reconnaît la Dre Catherine Duong, qui siège au conseil d’administration du ROME. « On déplore qu’il n’y ait pas eu de consultations préalables au dépôt du projet de loi 20. On pense qu’il y a des mesures qui peuvent être prises qui n’ont pas besoin d’être coercitives et punitives pour améliorer l’accès aux soins au Québec. »

La troisième recommandation du ROME consiste à établir un comité interdisciplinaire des pratiques et services, inspirés d’un programme semblable créé en 2002 en Colombie-Britannique afin que les médecins aient un « moyen hors de leur syndicat professionnel d’orienter les décisions gouvernementales». Le Québec a « énormément » à apprendre des autres provinces, croit par ailleurs la Dre Duong.

Le ROME, un regroupement « spontané » selon la Dre Duong, a vu le jour il y a cinq semaines environ et compterait des membres dans la plupart des régions du Québec. Sa position anti-projet de loi 20 rejoint celles du Collège québécois des médecins de famille, de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) et des Médecins québécois pour le régime public.

Rappelons que, selon la FMOQ, le projet forcerait les médecins de famille à assurer des gardes à l’hôpital pendant les 25 premières années de pratique, contre 20 actuellement. Les médecins devraient en outre suivre des patients en cabinet, à raison de 1000 patients après cinq ans, un montant qui augmenterait progressivement à 1500 au fil des années. Les médecins de famille verraient leur rémunération amputée de 10 à 30 % s’ils n’atteignent pas les cibles.

19 commentaires
  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 23 mars 2015 01 h 30

    Tout le Monde en parle...

    C'était beau de voir Dr. Barrette y défendre son projet de loi 20:" je suis allé sur le terrain consulter de vrais médecins et j'ai visité des C.L.S.C,afin d'établir ces quotas bla bla..." " Ah oui, combien ? " et Dr. Barette, fier de sa perte de poids ( depuis qu'il n'est plus médecin???), d'éviter toute réponse, car comme l'a découvert le Devoir, il n'a consulté que la sœur de la Présidente du C.S.F et visité qu'un C.L.S.C avec elle.

    Ce n'est pas ce que je nomme une "Vaste Consultation Objective".

    Quand Anne-Marie Dussault, apparemment très irritée par le laïus trompeur du bon ministre, lui a parlé de la position généralement favorable au projet de loi 20 du CSF, il l'a coupé pour parler avec emphase d'une position " Extrêmement Courageuse"!!! L'article n'était pas encore sorti le jour de l'enregistrement... 1-0 Dussaut!!! Couageusement biaisée, oui!

    Je le déplore ce projet de loi. Je ne vais pas radoter ce que j'ai déjà dit, j'ajouterai seulement que je fais mille fois plus confiance à une coalition de Braves Médecins pour régler le problème en 2 jours, que Barrette en 4 ans.

    Les médecins auraient du proposer de se pencher ensemble sur la question bien avant, certes, mais laissons-leur donc leur chance avant d'imposer des quotas qui démotiveront les Brillantes Étudiantes à choisir la Médecine, qui déshumanisera la pratique, et qui risque de faire fuire vers d'autres provinces notre Précieuse Relève et empirer, avec les retraites massives des baby boomers, la pénurie de médecin de famille.

    Si je trouve quelque part un macaron " support our docs ! ", je le porterai et si j'en trouve un qui dit au lieu " blâme our ministers !" , il fera l'affaire. Faites donc des macarons! Les manifestations, ça ne marche plus, une simple fuite de gaz et ça passe dans le beurre. En plus, il faut résider près de Montréal, moi aussi j'en ai ras le pompon de la manière de gouverner de ceux pour qui je sais, j'ai voté.

    Pardonnez-moi, "mea culpa" !

    • Raymond Chalifoux - Abonné 23 mars 2015 09 h 49

      Barrette médecin? Non madame. Il a passé sa carrière à "lire des radios" dans son bureau: voilà pourquoi en matière "d'achalandage", au quotidien, il lui faut consulter...

      Car personnellement, il n'a pas la moindre idée de ce que c'est que de passer sa longue jurnée à écouter des patients. Toutes sorte de patients: des hypocondriaques, des alités, des pluri-traumatisés, des bébés, des pépés et des mémés...

    • Clermont Domingue - Abonné 23 mars 2015 11 h 18

      Le Dr. Barrette secoue le pommiier et si un nid de guêpes tombe,il donne un coup de pied dedans.Je pense que c'était ce qu'il fallait faire pour dynamiser nos médecins.Maintenant qu'ils sont réveillés, j'ai confiance qu'ils vont régler eux-mêmes notre problème d'accès aux soins...

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 mars 2015 05 h 41

    20

    Qu'on en pense ce que nous voulons de M. Barrette, je n'ai jamais vu autant de mouvement pour rétablir le système de santé depuis qu'il met de la pression; les idées viennent de partout. À la fin... on aura l'embarras du choix; nous qui n’y voyions aucune porte de sortie pendant des années. Il faut constater que de brasser la cage, ça donne des résultats. Ce ne sera peut-être pas nécessairement ce que le ministre veut imposer, ni ce que les médecins demandent, mais un jour plus ou moins lointain, nous auront, ceux qui y mettent 50 cents par dollars dedans, ce que nous méritons. N’étant plus des «patients» (qui commencent à perdre patience) mais maintenant des «clients», peut-être serons-nous traités avec le respect que la clientèle s’attend à recevoir aux portes d’entrée autant qu’à l’intérieur.

    J’apprécierais aussi que ça se fasse à «coût moindre» et non à «coût nul»… Une idée comme ça. Car «coût nul» ne fait pas «baisser» les dépenses. Serrer, augmenter les tarifs et tous les autres trucs comptables, si ce n’est que pour arriver à «coût nul», ça ne vaut pas le dérangement et les frais supplémentaires d'organisation qu'il cause.

    PL

    • Pierre Bernier - Abonné 23 mars 2015 10 h 02

      Constat analytique très juste !

      En matière de "services publics" le citoyen doit constamment être considéré dans sa globalité par les autorités et les agents chargés d'en assurer la production et la prestation.

      Titulaire de droits, il est à la fois :

      - "acquéreur de services" (plus précisément, "usager" ou "prestataire" de biens ou services si sa condition le justifie),

      - "contribuable" (obligé)

      - ... et électeur (s'il a la "chance" d'évoluer en régime démocratique) !

      Aucune technocratie, fut-elle médicale, ne peut occulter cette réalité.

    • Hélène Paulette - Abonnée 23 mars 2015 10 h 38

      Je n'ai jamais, mais jamais eu de problème avec notre service de Santé! Au-delà des cas montés en épingles par des médias sensationalistes, le seul problème est celui du coût.... Allô la généreuse augmentation aux spécialistes que Marois voulait abolir... Pour le reste de la ''réingénierie'' de Barrette, ce ne sont que des coupures à l'aveugle qui affecteront les services... Bonne chance à tous et restez en bonne santé!!!

  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 23 mars 2015 09 h 24

    Le dernier droit!

    C'est interessant de noter le bel empressement de ces professionnels se preocupant tout a coup de l'acces aux soins... Voila une bonne chose que notre Ministre a su eveiller... j'ai hate de voir leurs propositions...
    Peut etre vont ils proposer leur renumeration bassee sur un salaire convenable avec une description de tache, et donc des comptes a rendre? Plutot que continuer a nous en envoyer ( des comptes)

    • Hélène Paulette - Abonnée 23 mars 2015 10 h 39

      Avez-vous déjà eu des problèmes d'accès aux soins monsieur de Ruelle? Vraiment?

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 mars 2015 12 h 18

      Il faudrait peut-être dégraisser la machine Madame, car comme toute bureaucratie elle a tendance à s'auto-gonfler par inertie. Des porteurs de doctorats médicaux assis dans des bureaux fermés au public, ça en prend combien pour brasser des dossiers de gens qu’ils n’ont jamais vu ? Nous n'en savons rien puisque nous ne les voyons jamais. Comme vous dites, ce ne sont pas des problèmes d'accès aux soins qui forment problème, c'est cette fortune qui est dépensée on ne sais où et pour quelle raison.

      PL

    • Hélène Paulette - Abonnée 23 mars 2015 17 h 43

      On le sait pourquoi,monsieur Lefebvre. C'est pour s'assurer que les servise sont bien rendus, que les vieux sont bien traités, que les protocoles sont suivis et pour les mettre sur pied ces protocoles. Vous pensez vraiment que ça se fait tout seul? Je ne sais pas quel âge vous avez mais moi je suis vieille et je m'en fout un peu. Si vous êtes jeune, vous allez sûrement regretter d'avoir démantelé à l'aveuglette un système qu'on avait mis des décennies à mettre sur pied... Allez, bonne chance.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 24 mars 2015 09 h 53

      Malgré mes 68 printemps bien sonnés, je ne me considère pas comme vieux, vu que la vieillesse est dans l'esprit. Y en encore et toujours ce petit réactionnaire qui s’agite en moi. Bonne chance à vous aussi dans votre état (d’esprit).

      Le dernier Hôpital dont je suis sorti, c’est parce que j’avais fini de le bâtir. Dans celui-ci comme dans les autres que j'ai construit, j'ai toujours trouvé qu'il y avait beaucoup trop de bureaux d'administration comparativement aux salles d'opérations. Mais, je ne suis pas «docteur», alors, qu’est-ce que j’y connais ? Seulement ce que j’ai remarqué toute ma vie : Les chantiers avec plus d’architectes que d’ouvriers ne fonctionnent pas aussi bien que le contraire. Mais, encore là, ce n’est que 42 ans d’expérience de travail qui parlent; qu’est-ce que ça vaut ? La paperasse n'est pas ma tasse de thé, ni mon champs d'expertise. Moi, «j'opérais»;)))

      Comme vous dites : Allez, bonne chance.

      PL

  • Colette Pagé - Inscrite 23 mars 2015 10 h 07

    Pour réussir le changement il faut y mettre autant de temps pour le préparer que pour le réaliser !

    Manifestement le bon docteur Barrette n'a pas adopté cette recette, préférant fidèle à son habitude agir comme un rouleau compresseur. Si les changements en santé avaent été précédé d'une vaste consultation à l'exemple de celle réalisée par l'ex PM Lucien Bouchard pour l'atteinte du déficit zéro il est raisonnable de penser que la confrontation aurait pu être évitée. Mais il n'est pas trop tard . Le PM devrait saisir au bon la main tendue par les médecins et présidé cette rencontre. Car dans toute cette mécanique du projet de Loi 20 le patient se sent comme un orphelin oublié.

    Quant à l'enthousiasme exprimé par le Dr Barrette face à la prise de position de la présidente du Conseil du statut de la femme cela laisse un goût amer. Cette complicité entre ces deux personnes enlève toute crédibilité au CSF. Car lorsqu'un organisme dont le rôle est de défendre les femmes, elle doit défendre toutes les femmes aussi bien les patientes que les femmes médecins avec leurs besoins de rechercher l'équlibre travail-famille. Une occasion manquée.

  • Lucette Dussault - Abonnée 23 mars 2015 13 h 10

    La solution spontanée des intéressés!

    Je suis très sceptique lorsque je lis les commentaires proposant une solution par concensus avec les parties intéressées. Il y a des lunes que le problème d'accès aux soins est posé et les premiers intéressés ont gardé le silence. Ils ont empoché des millions sans livrer la marchandise à hauteur des besoins de la société. Et maintenant, ils ont une solution efficace et efficiente sur le bout des lèvres! On peut être sceptique et rire à en pleurer! Le temps de commedia dell'arte a assez duré; il faut des résultats!