Julie Miville-Dechêne nie tout conflit d’intérêts

Julie Miville-Dechêne affirme qu’elle doit défendre les femmes utilisatrices du système de santé.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Julie Miville-Dechêne affirme qu’elle doit défendre les femmes utilisatrices du système de santé.

La présidente du Conseil du statut de la femme (CSF), Julie Miville-Dechêne, « réfute avec vigueur » tout conflit d’intérêts causé par l’intervention de sa soeur auprès du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, lors de la préparation du projet de loi 20.

Comme le révélait Le Devoir vendredi, Geneviève Dechêne, une spécialiste des soins palliatifs, a conseillé l’équipe du ministre de la Santé pour établir les quotas de patients à imposer aux médecins dans le cadre du projet de loi 20. Des documents indiquent qu’elle a pu échanger sur cette question directement avec M. Barrette pendant au moins une heure et demie. Or, Julie Miville-Dechêne a causé la surprise fin février en appuyant le projet de loi au nom du CSF en commission parlementaire.

Des membres du conseil d’administration de l’organisme de promotion et de défense des droits des femmes y ont vu une « apparence de conflit d’intérêts », ce que nie catégoriquement la principale intéressée.

Dans une lettre publiée vendredi sur le site Internet du CSF, Julie Miville-Dechêne admet que les faits présentés soulèvent des questions, mais dit vouloir dissiper les doutes. « À titre de présidente du Conseil du statut de la femme, c’est mon rôle de prendre la défense des femmes utilisatrices du système de santé. Je ne m’empêcherai pas de le faire parce que j’ai une soeur médecin qui, par ailleurs, est active pour défendre une pratique bien précise, celle des soins palliatifs à domicile », écrit-elle.

À la défense de sa soeur

L’ancienne journaliste de Radio-Canada reconnaît qu’au fil des ans, sa soeur a obtenu des rendez-vous avec de nombreux hauts fonctionnaires, en plus de l’ancien ministre de la Santé Réjean Hébert et de l’actuel titulaire du poste.

Sa soeur n’est pas une lobbyiste défendant des intérêts privés et ne s’est jamais prononcée sur le projet de loi 20, soutient-elle. « Depuis des années, elle est présente dans les médias et les débats sur la pratique des soins à domicile. Elle cherche à revaloriser ce type de pratique, car peu de médecins s’y intéressent », explique-t-elle.

En appuyant le projet de loi 20 et par le fait même l’imposition de quotas de patients aux médecins, Mme Miville-Dechêne a affirmé vouloir défendre « les patientes vulnérables plutôt qu’un petit groupe de femmes qui disposent d’un revenu élevé ». Dans sa déclaration officielle diffusée vendredi, elle souligne que ce sont avant tout les femmes qui tireront profit d’un meilleur accès aux soins. « Pas moi ni ma soeur », conclut-elle.

Cette prise de position a néanmoins causé des dégâts en interne. L’avocate Julie Latour a claqué la porte du CSF la semaine dernière en dénonçant l’« asphyxie matérielle » et le « musellement intellectuel » au sein de l’organisme. Elle a notamment reproché à Mme Miville-Dechêne d’avoir rédigé en catimini le mémoire du CSF appuyant le projet de loi 20.



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