Les omnipraticiens veulent négocier en privé

Le Dr Louis Godin est persuadé que les solutions proposées par les médecins de famille seront entendues à Québec, au cabinet du ministre Barrette.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le Dr Louis Godin est persuadé que les solutions proposées par les médecins de famille seront entendues à Québec, au cabinet du ministre Barrette.

Au-delà du spectacle de la commission parlementaire, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) souhaite négocier en privé une réorganisation du travail qui permettra de remédier au problème d’accès en remplacement du projet de loi 20.

« J’ai sollicité une rencontre avec le ministre Barrette pour déposer officiellement notre plan d’action, a affirmé le président de la FMOQ, Dr Louis Godin. J’espère le rencontrer au cours des prochains jours. Je serais surpris qu’il n’accepte pas de me rencontrer, mais s’il n’accepte pas, ça laisserait planer un fort doute sur les objectifs réels de ce projet de loi. »

Le Dr Godin est persuadé que les solutions proposées par les médecins de famille seront entendues à Québec. « Le ministre a toujours dit : si les médecins m’amènent des solutions et garantissent des résultats, il n’y aura pas de projet de loi. Le premier ministre Couillard a dit : on verra [s’il est nécessaire de légiférer]. À partir de ce moment-là, je ne verrais pas comment le ministre Barrette pourrait faire la sourde oreille à la proposition que l’on fait là. »

Au cabinet du ministre, l’attachée de presse, Joanne Beauvais, reste évasive sur une éventuelle rencontre entre les deux parties. « Si le Dr Godin souhaite rencontrer le ministre hors de la commission, on évitera de faire la négociation sur la place publique. Nous avons toujours gardé la porte ouverte pour échanger avec les fédérations médicales. »

En février, au moment où le ministre de la Santé Gaétan Barrette lançait les consultations sur le projet de loi 20, le premier ministre Philippe Couillard évoquait la possibilité que la réorganisation des soins de santé ne passe pas par une loi, mais par des négociations. « Est-ce que c’est nécessaire de légiférer ? On verra. On va voir la commission parlementaire. On se donne rendez-vous dans quelques semaines là-dessus. »

Le ministre lui-même a soutenu à maintes reprises être à l’écoute. « Qu’on me propose des choses qui sont faisables et qui donnent des garanties de résultat, et je vais les considérer avec le plus grand des plaisirs », affirmait-il à la reprise des audiences mardi.

Nombreuses propositions

Des garanties, c’est justement ce que le Dr Godin propose. « Contrairement à l’approche du projet de loi 20, qui est l’approche de la coercition et de l’autorité qui n’a jamais fonctionné, nous avons ici des pistes de solution qui répondent aux objectifs et pour lesquels on a des garanties de succès compte tenu de l’engagement des médecins de famille à les réaliser. »

La FMOQ, qui présentera son mémoire en commission parlementaire jeudi, mise sur six solutions. La plus significative est l’abolition graduelle des activités médicales particulières (AMP), une mesure mise en place au tournant des années 1990 pour obliger les médecins à faire un nombre d’heures minimum en centre hospitalier. Cette proposition, révélée en début de semaine par TVA, a créé bien des remous à Québec. Le ministre disait craindre que l’on « déshabille » les hôpitaux. « C’est pour répondre à ces craintes-là que nous y allons par étapes, répond le Dr Godin. Sur un horizon de 12 ou 18 mois, on va être capable de faire la démonstration qu’on n’aura plus besoin des AMP. Les simples règles du marché permettraient de faire comme partout ailleurs, soit que nos médecins puissent s’installer selon leurs champs d’intérêt. »

La FMOQ propose également un accès adapté, soit un réaménagement de l’agenda des médecins de famille pour laisser des plages horaires libres afin de répondre aux demandes de leurs patients qui ont besoin de les voir rapidement. On mise aussi sur la collaboration interprofessionnelle, les supercliniques et l’informatisation des dossiers médicaux. La FMOQ s’engage enfin à prendre davantage de patients, comme demandé par le ministre. « C’est sûr que pour la fédération, c’est un contrat qu’on a devant nous, cependant, on se dit qu’on est probablement mieux de faire ça que de laisser le gâchis s’installer avec le projet de loi 20. »

3 commentaires
  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 19 mars 2015 01 h 31

    Déshabiller Paul pour habiller Pierre...

    AU lieu de nous faire attendre davantage dans les urgences pour améliorer le sort des cliniques, pourquoi ne pas aller chercher ce temps supplémentaire en brisant le vieux mythe selon lequel un examen annuel est nécessaire pour la santé de chaque individu?

    J'ai écrit il y a environ 1 mois, un commentaire intitulé " Mieux vaut aller au moulin qu'au médecin", qui disait en gros que si les gens en santé ne se présentaient pas chez leur médecin, ça leur laisserait beaucoup plus de temps pour traiter les maladies.

    Et bien, aujourd'hui à RDI, j'apprends une Révélation Choc du Docteur Barrette. Il a dit aux journalistes que les examens annuels étaient inutiles. Je me suis dit:ah non, pas un autre qui lit mes commentaires et prend ça au sérieux. Et j'étais toute gênée d'avoir publiquement proposé une idée " à la BArrette", mais RDI a dit:" à-t-il raison? Vérification faite, Oui!"

    Les chiffres et les études ont prouvé que les examens annuels pratiqués sur les gens en Santé n'aidaient absolument rien à prévenir.

    Si les usagers en santé font leur part et esperent moins de services superflus de la part de leur médecin, les usagers malades auront un meilleur accès à des soins.

    Si depuis plus de 20 ans, on cherche en vain des solutions alors qu'on consacre au Système de Santé 50% de notre budget et que ça ne fait qu'empirer, et si on ne désire pas privatiser notre Magnifique Création, peut-être le peuple devrait cesser d'esperer que la solution nous vienne d'en haut et nous-même envisager que simplement changer notre rapport a la Médecine pourrait sans l'intervention d'aucun gouvernement optimiser miraculeusement l'acces aux soins pour tous ceux en ayant d'une quelque façon réellement besoin.

    Comme je l'ai dite avant lui, je n'ai plus le droit de critiquer l'idée révolutionnaire de Barrette. J'ai l'air " libérale" encore. Si j'avais su, j'aurais gardé cette " idée nouvelle" pour moi et laissé Barrette se faire traiter d'Amateur à ma place!

  • François Dugal - Inscrit 19 mars 2015 07 h 43

    Enrichissons notre vocabulaire

    Privilège :
    (Du latin "Privata lex", loi exclusive) : avantage particulier.

  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 19 mars 2015 15 h 50

    L'action emmene des recompenses.

    Une des bonnes facons d'ameliorer notre sante et de faire des exercices, soigner son alimentation.
    Besoin de sources de financement equitables?
    Taxons les boissons gazeuses, les fast food, la malbouffe, les plats prepares, les alcools, les cigarettes, le double, bref toute les cochonneries que l'on consomme allegrement au triple de leur taux actuel.
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