Le CSF à nouveau forcé de se justifier

Le ministre Gaétan Barrette a salué le «courage» du CSF et levé «son chapeau à Mme Miville-Dechêne» pour sa prise de position.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre Gaétan Barrette a salué le «courage» du CSF et levé «son chapeau à Mme Miville-Dechêne» pour sa prise de position.

Accusé à nouveau de pénaliser les clientèles vulnérables et les femmes médecins par son appui au projet de loi 20, et plus particulièrement aux pénalités salariales pour les médecins ne respectant pas les quotas de patients demandés, le Conseil du statut de la Femme (CSF) a précisé jeudi que ces quotas seront adaptés selon la complexité des cas.

Dans une correspondance par courriel avec Le Devoir jeudi, la présidente du CSF, Julie Miville-Dechêne, a précisé que «dans la commission parlementaire, il était clair que le règlement à venir contiendrait une pondération».

Les clients « plus complexes et vulnérables » compteraient pour plus de « points » que ceux en santé. « Un médecin qui a une clientèle lourde pourra avoir moins de patients, puisque chaque patient vulnérable ou plus malade pourrait valoir théoriquement 10 patients en santé », a donné comme exemple la présidente, qui ne connaît toutefois pas encore les barèmes.

« La pondération, si elle est bien faite, poursuit-elle, incitera les médecins à prendre des patients dont l’état est plus complexe. C’est pour cela que j’ai écrit [mercredi] que le CSF ne signe pas un chèque en blanc au gouvernement. Cette pondération est au cœur de la réforme. »

Craintes face aux quotas

Différentes craintes ont été formulées en raison du flou qui entoure les quotas avec pénalités du projet de loi 20. « Ces quotas ne doivent pas nuire aux médecins qui font des soins qui exigent un peu plus de temps. Dans ma circonscription, beaucoup des médecins traitent le VIH/sida et les maladies transmises sexuellement ; des clients toxicomanes itinérants. Si le commun des mortels a prévu une visite par année, eux c’est de quatre à huit fois ! », a indiqué Manon Massé, députée de Québec solidaire.

Harold Lebel, député du Parti québécois, a pour sa part critiqué le « manque de transparence » du ministre de la Santé, Gaétan Barrette. « M. Barrette donne l’information au compte-gouttes. J’ai participé à la commission sur la loi 10, je sais comment il fonctionne. »

Dans une lettre envoyée au CSF, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) critique vivement la prise de position du CSF, qui « laisse tomber » les femmes médecins. Aux yeux de l’organisation, ces dernières seront les principales touchées par les pénalités salariales liées au non-respect de quotas, en raison de la conciliation travail-famille et du type de pratique qu’elles choisissent.

« Vous avez clairement […] pris position pour un projet de gouvernement qui s’attaque inévitablement aux droits des femmes en majorité », peut-on lire dans la lettre de la Fédération.

Mercredi, des médecins de famille et la présidente du Syndicat de la fonction publique du Québec et membre du CSF, Lucie Martineau, ont eux aussi dénoncé sa prise de position.

Barrette à la défense du CSF

En point de presse jeudi, le ministre de la santé, Gaétan Barrette, a levé «[s]on chapeau à Mme Miville‑Dechêne». «Avec le projet de loi 20, on va faire ce pour quoi on a été élus […] ; défendre l’intérêt des huit millions de personnes, hommes et femmes, qui attendent pour des services. Nous choisissons les femmes qui sont dans cette dernière catégorie.» Le ministre de la Santé a critiqué les « femmes médecins » envoyées « au combat » pour lire « la cassette de la FMOQ ».

Le projet de loi 20 a pour but de favoriser « l’accès aux services de santé » et modifie diverses dispositions législatives en matière de procréation assistée.