Mégahôpital: des médecins de l’Hôtel-Dieu sonnent l’alarme

L'Hôtel-Dieu de Québec
Photo: Alex Bruchez / CC L'Hôtel-Dieu de Québec

Malgré l’avancement du projet de mégahôpital à Québec, l’opposition ne se dément pas à l’Hôtel-Dieu. Plus d’une centaine d’employés, des médecins pour la plupart, ont signé une nouvelle déclaration contre la fusion avec l’hôpital de l’Enfant-Jésus.

La déclaration obtenue par Le Devoir avance que « le projet a été imposé par des dirigeants sans études de gains cliniques au préalable ». On ajoute que le regroupement entraîne « une dilution néfaste des expertises », que l’hôpital fusionné sera « trop grand » et que « les malades de l’Hôtel-Dieu risquent fort d’être pénalisés ».

Au moins 125 personnes ont signé le document depuis la fin janvier. Les concepteurs de la déclaration avaient recueilli les coordonnées des signataires pour permettre éventuellement à des journalistes de les contacter. Toutefois, Le Devoir a dû s’engager à ne pas diffuser leur identité.

La déclaration avance que « la direction du CHU laisse entendre que les opposants au projet de déménagement risquent d’être pénalisés »,voire que les services où ils travaillent pourraient en « souffrir » dans le futur projet.

Le Devoir a contacté plusieurs signataires au hasard. Aucun d’entre eux ne s’est dit personnellement muselé, mais le scepticisme à l’endroit de la fusion était patent.

« Je ne suis pas contre pour être contre, mais on nous ment sur les coûts », affirme un médecin préoccupé notamment par la taille de l’hôpital.

Optimisation à tout prix

Le mégahôpital qui sera construit sur le site de l’Enfant-Jésus devrait contenir près de 800 lits et beaucoup d’opposants craignent que cela le rende dysfonctionnel. À titre de comparaison, le CHUM et le CUSM doivent respectivement en contenir 772 et 832.

Le médecin cité plus haut précise qu’il risque d’être à la retraite quand le mégahôpital ouvrira ses portes en 2025. « Mais je paye des impôts, par exemple », ajoute-t-il, découragé.

Un autre médecin plus jeune dit avoir l’impression que la direction leur vend un portrait irréaliste. La direction donnée s’inscrit « dans une volonté politique » et on a « escamoté » une partie de la discussion. « Il y a une telle volonté d’optimiser. On dit même qu’on risque d’avoir besoin de moins de lits ! Or, on parle de deux hôpitaux qui fonctionnent à plein régime. » Un scénario impensable à ses yeux avec le vieillissement de la population.

Une autre signataire trouve que la dernière mouture du projet est arrivée vite et « comme un cheveu sur la soupe ». « Ça me semble très peu réfléchi. Tous les points négatifs ont été ignorés », déplore-t-elle. « On dirait que l’idée, c’est de fusionner à tout prix et que les patients, c’est secondaire. »

L’opposition semble être concentrée à l’Hôtel-Dieu. Selon nos informations, le groupe de médecins à l’origine de la déclaration a tenté sans succès de chercher des appuis du côté du personnel de l’Enfant-Jésus.

Pendant ce temps, le projet avance. La direction du CHU à la tête des deux hôpitaux a déjà remis ses plans cliniques au ministère en vue du futur hôpital. Des rencontres de type « kaizen » (sur l’optimisation des processus) ont eu lieu tout l’automne pour mobiliser le personnel et concevoir en groupe des trajectoires de patients dans le nouveau complexe.

Le CHU travaille avec un objectif de 2,1 milliards de dollars de budget, mais le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a aussi commandé en janvier une nouvelle étude de 30 millions de dollars pour évaluer les coûts du projet.

4 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 5 mars 2015 08 h 42

    Que ceux qui signent

    le fassent debout et à nom dégagé et engagé.

    • Sylvain Auclair - Abonné 5 mars 2015 12 h 27

      Vous voulez qu'ils perdent leur job, maintenant que Barrette s'est donné tous les pouvoirs?

    • Andrée-Anne Marcoux - Abonnée 5 mars 2015 18 h 42

      Ils ont peur des représailles.

  • Robert Beauchamp - Abonné 5 mars 2015 14 h 33

    Les mégas

    Tout est méga au Québec. Le stade olympique à coup de milliards. 2 mégas hôpitaux et un 3e endevenir à coup de milliards, des tramways à coup de milliards, sans compter les millions dépensés en campagnes électorales, sans compter les parachutes dorés accordés aux dirigeants d'organismes d'état exerçant pourtant des monopoles ex: Hydro. Selon Lafontaine, «La grenouille voulant se faire aussi grosse que le boeuf...» (Est-ce l'austérité avant d'éclater?)
    Robert Beauchamp